AVOIR
Vh au commencement de la seconde et de la troisième personne du verbe avoir (a) :
Et pour ce que tu has opté et soubbaité médiocrité, tu has doresnavant de quoy te faire riche.
Rab., t. II, p. 20.
Dieu en louange Vha accomparé aulx preux, ïha fiaict grand en terreur des ennemys.
Rab., t. II, p. 5.
y avoit pour il y avait :
Au lien de vigne y avoit du lierre
Amtot, Daphn. et ChL, p. 82, verso.
Conjugaisons,
Les verbes n'étaient pas encore attribués rigoureusement aux différentes conjugaisons ; on trouve vesquil peur vécut, Rab., t. H, p. 50; eslite pour eslue, d'où a été formé le substantif élite, troupe d*élite, pour troupe de yent élite.
Si riche gemme en Orient eslUe.
Rows., t. I, p. 202.
Indicatif présent.
Point d'e à la première personno du présent de l'indicatif :
Je vous suppltjf ciel, air, vents, monts et plaines.
RoRS. , t* I, p. 76.
{ti} [(^eci n'est pas ancien; ce n'est qu'à la Renaissance qu'on eut l'idée ff placer Vh latin devant certaines forme du yerhe avoir,]
418 FORMATION DE Lk LANGUE FRANÇAISE.
Vs introduit par confusion au. moyen âge dans j> vienSt je tiens^ je prends^ je connais, allait disparaissant de Torthographe au temps de Peletier*. Il est peut-être heureux pour l'euphonie, mais il est fâcheux pour Tétyraologie» qu'on l'ait replacé à la fin de ces verbes. On trouve chez Ronsard, dans une même strophe :
Jà de^à j'entens la vois.
J'enten le bruit des cheyaux.
T. II, p. 57.
Passé indéfini.
Point d's à la première personne du singulier •
Par ce doux mal yathroy la beauté.
Qui me liant d'une humble cruauté Me desnoua des liens de l'ignorance.
Ro!n., t. I» p. 187.
Que sur le champ je luy rendy les armes.
RoKs.y t. I, p. SSl.
Troisième personne du pluriel. — On trouve au seizième siècle la forme arent plus semblable à ârant latin qu'èroil.
Les gays restarent victoneux.
Rai., t. II, p. 7.
Subjonctif.
L'e muet au subjonctif du verbe être :
Tu soyes le bien-venu.
Hist.duUon chevalier sans paour, e\c.,p. 542.
Remarquez qu'ici le seizième siècle, comme l'ancienne langue, peut supprimer le que.
Le subjonctif aujourd'hui perdu de je vais, que je voise *
Soyez content que je voyse en Gaule.
Amadis, feuillet 16.
• En 1550, p. 138.
Cette fonne que je voise pour que faille s* explique par Tindicatif, je m'en voys.
Nais je nCen vaya un peu bien à gauche de mon thème.
Mo!iT., l. V, p. 203.
T'embrassant en mon sein pour la dernière fois, Car là-bas, aux Enfers, Adonis, tu t'en vois,
RoKS., t. III, p. 616.
La troisième personne, indiquée par un e muet el par la suppression de la consonne radicale :
Or, allez de par Dieu,* qui vous conduye.
Rab., t. II, p. 279.
La troisième personne du singulier indiquée au contraire par la suppression de Ve muet :
Gens de bien, Dieu vous saulve et guardl
Rab., t. II, p. 12.
Dieu vous gard, messagers fîdelles Du printemps I...
Dieu vous gard\ belles pâquerettes I...
Dieu vous gard, troupe diaprée t
Roxs., t. Il, p. 632.
Par changement de la voyelle en diphthongue :
Dieu me le pardoint !
IUb., t. I, p. 15.
Certaines formes du subjonctif passé semblables à celles du moyen âge.
Je vous advertis que ce que il désiroit, ce estoit que le Tarcq deêcendenêt le plustôt que faire se pooit, afûn de empeschier le couronnement de Charles de Austrice, tousjours Auguste, et que il fiuist advertis que preste estoit son affaire que pour embarcquier, et que il tiensist la main par son effort que II peuêiti estrc le pape en Romme, comme il luy avoit promis.
Hiêi, de la maiê. de Bourgogne, p. 193.
420 rOllMATION DE LA LANGUE FRANÇAISE.
lie conditionnel en oie ou oye.
Taimeroye mieux.
Ahtot, Vie des hom. illusâres^ t. II, p. 144.
L^impératif sans s :
Ben moy mon cœur, rcn moy mon cœur, mignarde.
Ro5s., t. I, p. 201.
Muse, repren l'ayiron.
Roxs., t. n, p. 42.
Grand Jupiter, xCoubli les sacrifices.
RoRs., t. H, p. 78.
E crcy, si tu ne viens me trouver à Amboise, Qu'entre nous adviendra une bien grande noise.
Vers de Charles IX. Ross., t. III, p. 217.
Infîuitif.
L*infiniUf, pris substantivement, a fourni beaucoup d expressions heureuses aux poètes et aux prosateurs du seizième siècle :
Là morts de trop aimer.
RoKs., t. I, p. 677.
Qa*un homme engressé de tnesdire,
RoKs., t. H, p. CO.
Afin que leur doux chanter.
RoNs., t. II, p. MO.
Pour avoir esté vaincue au chanter.
Amtot, Daphn, et Chl , p. 15.
Au partir de là.
AMTOT, Vie des hom, ilL, t. II, p. 155.
•Un infinitif est placé par opposition à un substantif dans cette phrase de Rabelais :
le voyage tant do l'a//er que du retour.
Un desmentir, Hont., Essais, t. Yli, p. 223; un desdire, tfr..» p. 224, conviennent certainement mieux pour le sens qu'un démenti, un dédit. Car le sens de tous deux est actif et présent, non passif et passé; évidemment la confusion de Tinflnitif et du participe passé s*est faite par Toblitération de IV ou même du re final dans la prononciation (a).
Participe présent.
Se déclinait au seizième siècle comme dans Tancienne langue.
Au cintiuiesme jour, jà comntenceans à tournoyer le pôle, peu à peu nous esloigtians de requiiioctial, debcoumsmes.
Ràb., t. H, p. 53.
Avecques la tapisserie contenente [h) la yie et gestes d'Achilles.
Rab., ih,
Ktlimans avoir procuré un bien universel à toute la Grèce, en nourrissant un pei'sonnage de telle nature.
AmoT, Vie des homm, tlL, t. I, p. 699 Ceux-là estons bien sages qui... ibid., note marg.
Verbes perdus.
Le Yerbe de certains substantifs, aujourd'hui perdu, existait encore.
Je sens portraits dedans ma souvenance Tes longs cheveux, et ta bouche, et tes yeux.
R02CS., t. I, p. 101.
(a) [II est difficile d'admettre que démerUùse soit* substitué à détnentu par suite de l'oblitération de IV final, et il est impossible que cett» oblitération se soit produite dans dédire. Les exemples rassemblés pu* H. Littré à l'historique des mots démenti et dédit montrent que le dernier de ces deux mots est ancien dans la langue, et que le second se rencontre au seiiième siècle à côté de démentir et du participe féminin démentie.] '
(b) fUans l'ancienne langue on eût dit contenant, car alors les participes présents, non plus que maintenant, n'avaient pas de féminin. En elfet, ils étaient dans le cas des adjectifs qui, en latin, n'ont qu'une seule tonne pour le masculin et le féminin, tels que/bft, grant, etc.]
422 FORMATION DZ LA LAKGUE FHAKÇAISE.
Un seul Janet, honneur de nostre France, De ses crayons ne les portrairoit mieux.
Ib.
Verbes réfléchis.
Plusieurs l'étaient au seizième siècle qui ont cessé de Tètre depuis, comme
S'apparaître pour apparaître :
0 prince, mab 6 dieu, dont la célesle face Ne s'appantsi jamais à nostre humaine race/
Bons., t. III, p. 257.
Se descendre pour descendre :
l\ fit descendre de cheval son escuyer, et $e descendit aussy luy-mesme.
AiTOT, TA. et Char, f p. 5, verso.
Se condescendre ^our condescendre :
Se co9ide$cendirent à le suyrre.
Amtot, Vie des hom. t/l., t.; I, p. 128.
Verbes en re.
Re au commencement des verbes, souvent insignifiant. Remarquer pour marquer :
Le nom» c'est une voix qui remarque et signifie la chose.
1I05T., Essais, t. T, p.5i.
Apeiisser pour rappeRsser :
Et apeiisser les moyens de son ennemy.
Alentir pour ralentir. Hont., Essais^ t. TII, p. 222. Eny séparé de /uîr, dans la locution s'enfuir :
Qui «'«If estoyenl /tiif .
Ahtot. Viedeshom. i7l., t. II, p. 143.
Le t euphonique ne se mettait pas encore entré le verbe et le pronom personnel de la troisième personne placé après lui :
Semble elle pas?
Mont., E$sai$, t. V, p. 259.
Toutes rois à Padventure, ne les a il pas essayées les plus cuisantes?
Ib,, p. 269.
BesU il icy, dist Panurge, ulle &mc moutonnière ?
RAB.,t. II, p. 40.
Adonc appella il CbIoé.
AiTOT, Daph. et C/il., p. 78, verso,