VII. — Adverbes, conjonctions et prépositions
La langue du seizième siècle offre, dans cetle classe de mots, d*assez nombreux vestiges de la langue du moyen âge. J'en ai déjà indiqué quelques-uns dans le courant de cet ouvrage, j*en ajouterai ici quelques autres.
La terminaison féminine de l'adjectif se montrait dans des adverbes en ment qui ont aujourd'hui perdu celte trace étymologique de la formation des adverbes, comme hardiement. (Mont., t. V, p. 56.)
L'emploi vicieux de Y s à la fin des prépositions (a), non-seulement s'appliquait ù avecques, oncques, mais il s'étendait jusqu'à presques.
Et la septiesme année Estoit praques entière en ses pas retournée.
Roxs., t. I, p. 648.
La mesure du vers a pu être ici pour quelque chose dans cet emploi de 1'^, hérité et exagéré de Vs des particules au moyen Age.
{a) [Et des adverbes; oticques n'est pas une préposition. Cf. sur cet emploi de l'« la note (a) de la p. 219.]
Du reste, on voit comment avecque a perdu, par élision. devant un mol commençant par une voyelle, Ye muet qu'on lui avait improprement ajouté.
Et vescu pour quelque temps assez à mon ayse ovec^'eux.
AvTOT, Th. et CA., p. 9.
Jà pour déjà :
Pour ce qu'il estoit jà près midy.
Ahtot, Daphn, et Ud., p. 59, verso.
A Vheure pour àUyrs. A Vheure, employé pour alors^ montre bien Torigine de celui-ci ; à l*ore {allora).
Autres et prez et vous forests, à Vheure, Pleurans mon mal, ne me dédaignez pas.
Ro?c8., Âm,, 1. 1, p. 72.
Mesmement à Vheure qu'il estoit tout & l'entour enferme.
Amtot, Th. et Ch.f p. 18.
Mais pour plutôt :
0 prince, tnais 6 Dieu !
RoNs., t. m, p. 257.
Ains pour mais :
Pan n*y estoit point oublié, ains estoit assis sur une roche, jouant de sa fluste.
.iHTOT, Dapfui. et CM., p. 65.
Dmd OU dont pour d'où :
Qui es-tu? Dond es-tu?
Rab., t. II, p. 34.
Dont vient que les plus seiches régions... portent le plus et de meilleures espiceries.
AxTOT, Vie des hom. Ht., t. II, p. I40.
Très, venant de trans, ne se séparait pas plus des adjectiiis que des verbes. On disait tresbon d*un seul mol comnu'
tresiuer OU treluire (translucere) (Rons., 1. 1, p. 102), comme on dit aujourd'hui transpirer; trèsgrande iniquité, trèsgrand argument. (Calvin, InsL, p. 2 et 3.) On faisait plus, on ne séparait pas très d'un substantif qui le suivait : trèshomme de bien. (Mont., Essais^ t. VII, p. 199.) Mot à mot trans hominem probum, au delà d*un homme de bien. Voici décomposé :
Voy le cy.
Rab., t. II, p. 93.
Voyez-le-dy voyez-là, pour voici, voilà :
Voyez le cyt voyez là vostre argent. •
Rab., t. Il, p. 03, 38.
Emmy :
Paissant emmy les champs.
AmoT, Daphn, et CM., p. 62, verso.
Ne pour ni; dans Tcxemple suivant on les trouve tous les deux :
Je ne suis, rcspondit-il, neGrœc ny esiranger,
Amtot, Th. e/C/<.,p. 30. .
Pourtant avait encore, au seizième siècle, le sens de d'autant, en conséquence y d* après cela, ce qui est le contraire de son sens actuel, cependant, néanmoins; il exprimait une conséquence et il exprime une opposition.
Je TOUS adverty que, pour accommoder ma maison, j'ay délibéré dedans buictaine démolir icelluy Ûguier : pourtant, quiconque de vous autres et de toute la Tille aura à se pendre s'en despesche promptement.
Rab., t. II, p. 10.
Sus pour sur :
Sus ung passaige du pérc Rippocrates.
IUb., t. II, p. S.
Sus .rinstant qu'il ne s'en doubtoyt mie.
Ibid,. 140.
D'aisle douteose vola Longtemps «i» eux la fortune.
RoKs., t. n, p. 140.
Trop pour beaucoup :
Aimer trop mieux son ennemy que soy.
Roxs., t. I, p. 2G.
Et dict un Al talus en Sénëque, que la mémoire de dos amis perdus aggrée comme l'amer au vin trop vieux.
HoNT., Essais f t. V, p. 152.
Les mots qui maintenant ne se rencontrent que composés, se trouvent dans les écrivains du seizième siècle à l'état de décomposition :
Je suis, mon Belleau, celuy
Qui veux vivre ce jour dhmj. •
Ro!(8., t. II, p. G36-G37.
lendemain (ro inde mané) ne s'est pas encore changé par une absorption de l'article dans le corps du mot, en le lendemain»
S'ils ont prins en haine un advocat, Vendemain il leur devient inéloquent.
HoKT., Essais, t. TU, p. 209.
Dorénavant s'écrit encore dores en avant.
Si bien que nostre mescompte ne pourroit tTores en avant excéder vingt et quatre heures.
lIoxT., Essais, t. VII, p. S37.