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contact perpétuel avec les Arabes ; elles demeurèrent toujours purement romaines, et jamais la barbarie germanique ne put les soumettre et se les assimiler complètement ; enfin elles formèrent, durant bien des siècles, un pays entièrement séparé de la France. C'est ce pays que le moyen âge appela souvent la Provence^ en comprenant sous cette dénomination un espace bien plus vaste que la Provence actuelle.
Le midi et le nord de la France étaient donc deux États entièrement distincts. Dans la France proprement dite, la culture scientifique était certainement supérieure : le bras puissant de Charlemagne avait fait couler de ce côté le fleuve de la civilisation. 11 n'y eut en Provence rien de comparable à l'école du Bec en Normandie ; il n'y eut jamais un théologien, un philosophe égal à saint Anselme, de qui date le réveil de la pensée moderne; mais, en revanche, si la Provence était moins savante que la France du Nord, elle était plus polie, ses mœurs étaient plus douces, plus raffinées; il s'y était toujoure conservé quelque chose des habitudes et des recherches de la civilisation romaine.
Ainsi, les qualités du Midi et du Nord étaient entièrement différentes et même opposées ; de là l'antipathie des deux peuples, de là les injures qu'ils s'adressaient et dans lesquelles, à travers les exagérations de la haine, on peut retrouver leurs caractères respectifs. Les Francs, plus vaillants, mais aussi plus barbares ; Tes hommes du Midi, plus ingénieux, plus amollis, et ne voyant dans leurs voisins d'outre-Loirôquedes brutaux, tandis que ceux-ci ne voyaient dans les Méridionaux que des bouffons.
Les trouvères ne sauraient être séparés des trouba-
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douTS leurs modèles; ce qu'ils ont produit de plus original peut-être, ce sont certaines romances narratives, assez semblables, par le tour et la physionomie, aux romances populaires de TEcosse, du Danemark, de la Suède, de l'Espagne, et qui ont été recueillies par M. P. Paris dans le Romancero français.
Les divers genres de la poésie lyrique des troubadours sont d'abord la chamony le chant d'amour; puis, par opposition, ce qu'on appelle le genre sirventesque. Ce genre n'est pas seulement satirique, comme on l'a dit trop souvent, il comprend encore le chant religieux, le ctiant guerrier, le chant politique ; tous sont désignés par ce nom commun qui indique leur infériorité. Même les chants religieux et guerriers étaient appelés sirventes tservitiUes)^ subalternes, par comparaison avec le grand c/tant, le chant d'amour, qui contenait la théorie de l'amour chevaleresque et en otTraitles principaux caraclères, l'exaltation et la délicatesse. Ce sentiment s'y montre dans toute sa pureté, dans toute son idéalité. Mais un pareil thème, si beau qu'il soit, est peu varié. Le grand défaut de la poésie des troubadours, c'est la monotonie, qui, à la longue, produit la froideur. Le mérite de cette poésie, c'est la délicatesse d'oreille et la délicatesse d'âme ; et ce mérite*esl d'autant plus grand qu'il apparaît le lendemain de la barbarie. Les autres défauts des troubadours sont la subtilité, l'obscurité voulue, les difiicultés inutiles de l'art, recherchées avec affectation pour le stérile plaisir de les vaincre : en un mot, dans celle jeune littérature, on trouve bien des prétentions et des travers qu'on croirait propres seulement aux littératures vieillies.
La tenson^ c'est encore la poésie amoureuse; ce qui
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rinspîrc, c'est l'amour chevaleresque, non plus se produisant comme effusion de l'âme, mais en plaidoyers, en dialogues, sous forme d'argumentations scolastiques. On sent bien, dans ces poèmes, où se débat ordinairement une thèse de casuistique amoureuse, le génie con- Iroversiste du moyen âge; tantôt c'est la lutte de deux opinions également suggérées par les théories de l'amour chevaleresque ; tantôt c'est l'opposition de cette doctrine idéale avec des sentiments très-inférieurs. Le point en litige est jugé d'ordinaire à la fin du morceau par un chevalier ou par une dame; quelquefois par plusieurs chevaliers et plusieurs dames réunis. Mais jamais il n'est déféré au jugement d'un tribunal, d'une cour d'amour, et cette circonstance peut à elle seule jeter du doute sur l'existence historique de ces tribunaux célèbres.
La religion n'était pas la muse favorite des troubadours; cependant on doit signaler çà et là dans leui^ œuvres quelques beaux élans d'imagination religieuse. Il faut surtout remarquer les chants adressés à Marie. Dans ces chants, qui forment une catégorie particulière, on retrouve les expressions et souvent toute la vivacité de l'amour terrestre .
Les poésies guerrières proprement dites doivent êlre distinguées des poésies chevaleresques. 11 ne s'agit pas ici de faits d'armes accomplis .pour plaire aux dames, mais de la guerre pour la guerre même, des joies du combat, gaiidia belli^ de ce sentiment qu'ont exprimé avec une énergie sauvage les scaldes et les bardes. C'est une poésie qui ressemble à la poésie des temps barbares; la guerre est le côté barbare des sociétés qui ne le sont plus.
La muse des troubadours a été une muse de circon-
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slance. Tous les grands faits, soit d'un intérêt européen, soit d'un intérêt local, ont trouvé place dans leurs chants, ef, d^abord, le plus grand fait du moyen âge, les croisades. Il y a des pièces de vers pour les croisades, d'autres contre ; quelques-unes sont à la fois pour et contre; on assiste à toutes les nuances de Tesprit du temps. Les uns prêchent la croisade au nom de rÉglise,et quelquefois traduisent dans leurs vers les lettres adressées en latin par le souverain pontife à la chrétienté ; les autres appellent à la croisade au nom de Famour et des dames; il en est qui sont incertains, flottants entre le partir et le rester. Enfin, lorsque Édesse tombe, que Jérusalem est prisé, il en est qui font entendre des accents de découragement, de désespoir,et accusent Dieu . ïne croisade d'un genre particulier, la croisade contre les Albigeois, fut en réalité la lutte du nord et du midi de la France. II est simple que les troubadours, produits et organes de la civilisation méridionale, aient pris énergiquement fait et cause pour cette lutte nationale. Aussi, un grand nombre d'entre eux célèbrent avec enthousiasme le comte de Toulouse et accablent d'invectives et cle malédictions les Français et les croisés de Montfort. Presque seul, Perdigon se plaça en dehors du sentiment national et mourut sous le poids de sa honte.
La grande querelle qui divisait TAUemagne et l'Italie, la querelle des Guelphes et des Gibelins, du sacerdoce et de l'empire, fut aussi représentée dans la poésie des troubadours. Il y a un grand nombre de troubadours gibelins, et quelques troubadours guelphes. Tous les événements qui, d'une manière ou d'une autre, concernaient le midi de la France, provoquèrent les chants