‹ Histoire de la formation de la langue françaiseChapitre 8 sur 77 · XXX PREFACE · texte numérisé non relu

XXX PREFACE

des troubadours. Ainsi les guerres des princes de la maison d*Anjou et des derniers rejetons de la famille de Souabe, en Sicile, passionnèrent naturellement les Provençaux qui maudissaient dans Charles d'Anjou Thérîtier, et pour eux l'usurpateur du comté de Provence^ et qui par là étaient conduits à favoriser de leurs vœux et de leurs chants ses ennemis Conradin ou Manfred.

Enfin, l'espèce de sirvenles qui a plus spécialement reçu ce nom, auquel cependant elle n*a pas un droit exclusif, la satire, a fourni aux troubadours un grand nombre d'inspirations très-vives et très-ardentes. Il faut remarquer avant tout la satire qu'ils dirigèrent contre ce qui forme l'objet de leur croyance poétique, contre les sentiments qui leur sont les plus sacrés, contre le code et le culte de Tamour chevaleresque ; il y eut dès le principe une opposition à ce code, une rébellion contre ce culte, une hérésie dans cette religion. On voit déjà Marcabrus, le plus ancien peut-être, et le comte de Poitiers, certainement l'un des plus anciens parmi les troubadours, élever, pour ainsi dire, Tétendard de la révolte contre la suzeraineté de l'amour chevaleresque.

L'Eglise fut aussi l'objet des attaques les plus véhémentes. Certainement les sectes dissidentes et les philosophes du dix-huitième siècle n'ont jamais égalé en violence les imprécations lancées contre Rome par Guillaume de Figuières, imprécations qui respirent toutes les passions et toutes les haines de ce troubadour populaire, à la fois bourgeois de Toulouse, albigeois et gibelin.

Si l'on examine les troubadours dans leur existence, dans leur genre de vie, on reconnaîtra que leur art était bien une profession, qu'on en vivait ; mais il y avait

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