‹ Histoire de la formation de la langue françaiseChapitre 9 sur 77 · PRÉFACE. XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXI

aussi des personnages placés dans une haute position sociale qui menaient volontairement et gratuitement la vie de troubadour, pour qui elle était un délassement et non un état. De là résultait pour les troubadours véritables une sorte d'égalité avec les plus grands personnages du temps, égalité illusoire et qui ne les empêchait pas toujours d'avoir le sentiment de leur infériorité et de leur dépendance, comme on le voit par leurs plaintes. Du reste, leur vie était assez uniforme ; et ce cachet fatal d'uniformité et de monotoniequi s'imprime à leurs œuvres, se rencontre encore ici. Presque tous les troubadours mènent une vie à peu près pareille ; ils s'attachent à un grand seigneur et font la cour à une grande dame ; ils vont de château en château ; et, après un certain nombre d'aventures qui se ressemblent, la plupart d'entre eux finissent par entrer dans un couvent. Cependant la destinée met bien entre eux quelque diffërence. D'abord la naissance les distingue les uns des autres; il y a des troubadours de toutes les conditions; les uns sont empereurs, rois, princes ; d'autres naissent dans les rangs inférieurs de la société, bourgeois, artisans, serviteurs. Outre ces diversités de la naissance, plusieurs offrent un caractère d'individua-. lité très-tranché. Tel est, par exemple, Bertrand de Born, ce grand agitateur de l'Aquitaine, qu'on pourrait appeler un troubadour héroïque; tel est Pierre Vidal, qu'on pourrait appeler un troubadour grotesque, Pierre Vidal, dont les fanfaronnades rappellent Scudéry, et qui, par les mystifications perpétuelles dont il est l'objet, fait penser à Poinsinet; Pierre Vidal à qui l'on parvint à persuader qu'il avait des droits à l'empire de Constantinople, et qui destinait ses économies à équiper une

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