‹ Histoire de la formation de la langue française pour servir de complément à l'Histoire littéraire de la FranceChapitre 16 sur 71 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La déclinaison des adjectifs suit, dans la plupart des langues, la déclinaison des substantifs.

Il en fut ainsi dans l'ancienne langue française. Les adjectifs furent soumis aux règles de la déclinaison à deux cas, et distinguèrent le nominatif du régime par des procédés semblables à ceux qu'employaient les substantifs. Le plus général fut la présence ou la suppression de l's, dont M. Raynouard rapporte des exemples nombreux et bien choisis1.

De même que pour les substantifs, Ys final supprime quelquefois la dernière consonne du radical ; exemple : vis\ mors, pour vifs, morts. De même aussi que dans les substantifs cette consonne reparait quand Ys est supprimé.

Renars est mors, Renars est vis.

Chamaille, B.om. du lien., Supplcm., p. 51. Renart est mort, Renart est vivant.

1 Grammaire comparée, p. 132 et suiv.; Observations sur le Homa?i de Rou, p. 61 et suiv.

2 II en résulte parfois une confusion au nominatif, vis se trouve pom vtf vivus), pour vil vilis), et même pour vuide. (F. et C., I, p. 80. Mais là forme régulière de vil, au nominatif, est vils. Renars est viîs, rime avec le vers cité dans le texte, ce qui donne lieu de penser que Ys, s'il se prononçait, était du moins articulé bien faiblement.

Gomme les substantifs, les adjectifs en als, els, ois, ont leur nominatif en aux, eux (a), ox ou os. Au lieu de royal, on trouve royaux ;, au lieu de mortel, morteux ; au lieu de fols, fox, etc. Cette forme a triomphé dans l'adjectif moderne vieux, pour viels (de vetulus). La forme en el reparaît au féminin vieille, et dans les dérivés, vieillesse, vieillir, vieillard. < Mais la présence ou la suppression de Y s final ne fut pas plus, pour les adjectifs que pour les substantifs, Tunique moyen de distinguer le nominatif du cas régime.

De même on employa, pour désigner ce dernier au masculin, la désinence on, en souvenir de l'accusatif latin um (b). Du nominatif fels, on forma le cas régime félon, comme de bers (c) , baron ; et de même on se servit de cette désinence en on pour désigner le nominatif pluriel. Guyot dit en parlant des princes, qu'ils sont :

E dur, e \i\em, e félon.

Bible Guyot, v. 256.

Et durs, et vilains, et félons.

La terminaison ant fut naturellement celle du cas régime pour les adjectifs en ans et en eus ; exemple : constant, prudent. Ici encore, la forme du cas indirect l'a emporté dans l'usage sur la forme du nominatif et pour les mêmes raisons1.

Le t se mit par analogie à la fin des mots terminés en an qui, en latin, ne prenaient le t à aucun cas, comme païsant

1 Voy. p. 69, et plus loin, Dérivation des substantifs.

[a] [Plus ordinairement en ans, eus.]

[b] [La désinence latine um n'est pour rien dans la formation des accusatifs en on : 1° parce que um, finale atone, disparaît en français , 2° parce que les accusatifs en on dérivent non de la seconde déclinaison latine, mais de la troisième : fel-felon, ber-baron étaient dans la basse latinité félofelônem, bdro-barônem.}

[c] [Il serait plus correct de dire fel, ber; dans les formes fels, bers Ys s'est introduit par assimilation aux mots dérivés de la seconde déclinaison latine. 1

(paganus[a]), et de ceux qui, ne venant point du latin, ne le prenaient pas davantage dans la déclinaison germanique, comme norniant. Au nominatif, ces mois avaient Y s final, li païsans, li normans. On trouve Cornet au cas régime singulier et au nominatif pluriel pour un homme de Cornouailles.

Vers un Cornot ou vers un Saisne.

Tristan, v. 5219.

Envers un homme de Cornouailles ou envers un Saxon.

Li Cornot sont reherceor.

Ib., v. 5-250.

Le? hommes de Cornouailles sont rapporteurs1.

Le /, marque du cas régime, est plus rare dans les adjectifs que dans les substantifs. Je ne compte pas fort, mort, de fors, mors, parce que le t qui termine ces mois est celui du nominatif latin, fortis, mortuus, que Vs avait effacé, et qu'en tombant il laisse reparaître ; mais on peut citer petit de petis; Guillot lepetis (Théâtre fr. au moyen âge, p. 56), corserve dans le nom propre Petis de la Croix, à moins qu ■ l'étymologie de ce mot ne montre un second t dans le radical, ce qui aurait lieu, par exemple, s'il provenait, comme le veut Le Buchat, de petiium. Mais cette étymologie me semble peu probable2. Le t reparaissait au nominatif pluriel.

Aux armes courent li gran£ et li petiï.

Garin Je Loherain, t. II, p. 224.

Les grands et les petits courent aux armes.

1 Mot à mot : sont des gens qui répètent, de l'anglais rehearse. Cornet fournit un exemple du cas régime en et. qui se retrouve dans des nomspropres, comme Guyot de Guis, Emmelot d'Emtnelos Rom. franc., p. 2$^ et dans d'autres mots encore.

3 M. Diez y a recours (t. II, p. 501 pour se rendre compte du t de petit; mais si le t n'était pas inhérent au mot, et n'était qu'un signe de flexion, on n'aurait pas besoin, pour l'expliquer, d'avoir recours à une étymologie invraisemblable. — [Le fait est qu'on ignore l'étymologie du mot petit; celle qui le dérive de petit u m n'est que spirituelle; toutefois il est trèsprobable que le t final est étymologique. Voy. Diez, Etym. Wœrt.. au mot pito. Petitseraït donc dans le même cas que fort et mort]

a {Faisant ne vient pas de paganus qui donne païen; c'est un mot dérivé à Laide d'un suffixe de pais qui lui-même vient de pagense.]

Quant aux genres, les féminins en a remplacèrent celte désinence par un e muet, comme le firent les noms : gloriosa1 fit gloriose, comme rosa fit rose.

La terminaison ose (d'où euse) fut appliquée par confusion h des adjectifs qui, en latin, n'avaient point la terminaison osus, comme pieuse de pia. C'est, étymologiquement parlant, un véritable barbarisme, car piosa n'est pas latin. Aussi trouve-t-on la vraie forme du féminin de pieux dans piûe :

La piûe Virgene2,

et dansée que nous a conservé l'expression œuvre pie (à).

En général, les dérivés des adjectifs qui, en latin, avaient le masculin semblable au féminin, et ne distinguaient point les deux genres; grand, fort, etc., furent des deux genres. Ceci rend compte d'une anomalie apparente de l'ancienne langue, dans laquelle on disait : grand femme, fort tour, etc. ; j'y reviendrai tout à l'heure.

Cependant il y avait des exceptions; les adjectifs terminés par un f, prenaient au féminin un v ; il en est ainsi aujourd'hui dans beaucoup de mots : vif, vive; sauf, sauve; mais la règle était plus constante dans l'ancienne langue. Nous disons grave et suave pour les deux genres ; on disait grief* et grieve, soef et soeve (b).

1 L'ancienne terminaison française ous, os s'est conservée dans ces deux vers du God save the kiug.

Send him glorious Happy, and victorious.

Prononcez glorios, victorios.

2 Orelli, Altfr. gram., p. 30.

5 L'ancienne forme de l'adjectif s'est conservée dans le substantif un grief, c'est-à-dire une chose qui afflige ; ce substantif est un véritable neutre.

(a) [La vraie forme du féminin de pieux est pieuse et non pas pie. Pi vient de pia, et pour rendre compte de pieux, pieuse, il faut supposer le dérivé latin piosus, piosa.]

[b) [grave et suave sont des formes savantes calquées sur le latin; la

Ici, contre l'ordinaire, la langue moderne s'est rapprochée du latin, et, par là, a perdu une distinction que l'ancienne langue avait établie.

De même, en anglais, les adjectifs fi ançais en f ont pris aux deux genres la terminaison en ve : récréative, inoffensive.

Le neutre, qui, en français, a entièrement disparu du substantif, a laissé une trace dans l'adjectif. Pis de pejns, peut être considéré comme le neutre de l'adjectif dont pire, de pejor, est le masculin. Voilà pourquoi on dit : il esi pire; et, c'est bien pis.

Nous disons : le faux, le vrai, le beau, le laid; ce sont de véritables adjectifs neutres devenus des substantifs absolus, comme il arrive en grec, en latin et en allemand. Ce qui a lieu pour quelques adjectifs dans le français moderne, était beaucoup plus général dans l'ancienne langue. On disait : U doux, li amers, pour la douceur , V amertume, etc. (a).

L'adjectif élait pris aussi adverbialement dans l'ancien français, comme en latin : dulce loquentem, Hor., et en provençal : gent esgardar, gentiment regarder i. Nous disons

forme ancienne de ces mêmes mots est grief et souef pour les deux genres, comme^ra»^ et fort cités plus haut. On trouve, il est vrai, grieve et soeve, mais au temps où on rencontre aussi grande et forte, en général après le treizième siècle .]

1 Raynouard, Gramm. romane, p. tiO. Voici un charmant exemple de cet emploi adverbial de l'adjectif en italien :

Chi non sa corne dolce il cor si fur a, Corne dolce s'obblia ogni martire, Corne dolce s'acqueta ogni désire.

Rime di Madonna Gaspara Stampa. Ven., 1757, p. 16.

[a] [Ai doux, U amers sont des adjectifs pris substantivement, mais ils sont masculins et non pas neutres. Il y a dans l'ancienne langue, au >*ord comme au Midi, des exemples d'adjectifs neutres. Ce qui les caractérise, c'est qu'ils n'ont pas de terminaisons casuelles; ainsi, en provençal, dans les locutions mal m'es, greu m'es, etc., mal, gren sont neutres et ont été considérés comme tels parles anciens grammairiens. ( Voir Guessard, Grammaire prov., p. 6, et Littré, Hist. de la langue fr., 11, 451-2.) Le même fait s'observe en français.]

encore : sentir bon, mais nous ne disons plus : sentir doux; nous disons : aller vite, mais nous ne disons plus : aller lent. Dans l'ancien français on disait : soef flairant, soef nourri, soef emblant.

La jument fait aler plus lent.

Fabl. et Cont , t. I, p. 97.

Il fait aller la jument plus lentement.

Nus n'en partout si cruelment, Si laid ne si vilainement.

Benoît, Chron. de Norm., t. III, p. 33. Nul n'en parlait si cruellement, si laidement, ni si vilainement.

Dans certaines locutions encore usitées, on est frappé de l'association d'un adjectif masculin avec un substantif féminin.

Ainsi on dit encore, grand pitie\ grand peine, grand salle, grand mère, grand rue, et Perrault, dans le Petit Chaperon, a dit mère grand ; on dit, en style de palais, lettres royaux; on dit fonts baptismaux ; or, fonts (pour fontaines) était féminin, comme le prouvent Belle-font, nom propre, et Chaudesfonts, nom de lieu.

D'où vient cette apparente anomalie ? Les grammairiens prétendent que dans grand mère, grand pitié, etc., Ye muet est élidé l, et ils placent une apostrophe après grand. Cela prouve que les grammairiens ne savent pas l'histoire de la langue ; il ne faut point d'apostrophe, car il n'y a rien d: élidé.

L'ancienne langue rend raison de cette infraction à la loi d'après laquelle l'adjectif s'accorde avec le substantif; elle en rend raison par une autre loi fondée sur l'étymologie. M. Raynouard, qui a mis en lumière le fait du désaccord de ces adjectifs avec leur substantif, ne me paraît pas, non plus que MM.Diez et Orelli, en avoir connu la raison.

M. Raynouard énumère 2 plusieurs classes d'adjectifs qui,

1 La vaux, Difficultés de la langue franc., p. 360.

2 Gramm comparée, p. 100 et suiv.

dans l'ancienne langue, étaient invariables au masculin et au féminin, et ne prenaient point le genre du substantif auquel ils se rapportaient.

1° Les adjectifs français en al ou el, dérivés des adjectifs latins enalis, comme royal, charnel, mortel.

2° L'adjectif grand, qu'on trouve jusque dans Marot et dans Du Bartas, joint à un substantif féminin sans en suivre le genre.

5° Les adjectifs en ant; exemple : verdissant.

4° Les adjectifs qui ont formé leur terminaison ar ou er, du latin aris; ex. : par (d'où pair)..

5° Les adjectifs qui ont formé leur terminaison el, du latin élis; ex. : cruel.

6° L'adjectif rem7 ou vert.

7° Les adjectifs en il, du latin Mis V; ex. : gentil.

Quelle est la cause de ce singulier phénomène grammatical? M. Raynouard ne l'a pas dit. Évidemment, c'est que dans tous ces adjectifs la terminaison latine du masculin était semblable à celle du féminin. Ce que le latin ne distinguait pas, l'ancienne langue française ne le distinguait pas non plus. Là où le latin disait aux deux genres.:

Regalis., Mortalis,

Grandis,

Virescens,

Par,

1 M. Raynouard a tort, ce me semble, de citer comme exemple de la forme invariable des adjectifs en il mis en construction avec un nom féminin, ces deux vers du testament de Jean de Mehung :

De néant fit réalité D'immobil mutabilité,

comme si immobil se rapportait à mutabilité. Tout au contraire, immobil est ici au sens absolu, comme néant dans le vers qui précède; immobil n'est pas féminin, il serait plutôt neutre. Il faut ponctuer le vers ainsi :

D'immobil, mutabilité.

Crudelis,

Viridis,

Gentilis,

l 'ancien français disait aux deux genres :

Royal,

Mortel,

Grand,

Verdissant,

Pair,

Cruel,

Verd,

Gentil.

Les adjectifs au contraire qui, en latin, distinguaient par une terminaison différente le masculin du féminin, distinguaient également les deux genres dans l'ancien français comme dans le moderne. On disait, comme aujourd'hui, bonne femme, chère fille, longue route, parce qu'en latin, bona différait de bonus ; cara, de carus ; longa, de longus1.

Le vers suivant offre l'exemple d'un adjectif qui s'accorde et d'un adjectif qui ne s'accorde pas avec un substantif.

La route ert longue et grans assez.

Fables et Contes, t. I, p. 196.

La route était très-longue et très- grande.

1 Cette règle, comme toutes les règles, et surtout celles de la grammaire française au moyen âge, est sujette à des exceptions. Dune part, quelques adjectifs qui avaient en latin le masculin semblable au féminin distinguaient, dans l'ancien français, les deux genres. Dulcis s'employait en latin pour le masculin et le féminin, mais dans l'ancien français on disait doulx amis eldouïce dame. D'autre part, on trouve saint Yglise (Vie de Thomas de Cantorbéry,n.Wè et passim); mais ces anomalies partielles ne détruisent point la réalité de la règle générale fondée sur une base étymologique. — [Saint est la leçon du manuscrit de Wolfenbùttel, publié par Bekker, mais il faut en ce cas imprimer saint' Yglise, car le manuscrit de Paris, qu'a édité M. Hippeau, porte aux mêmes endroits sainte.]

Plus tard on a étendu la même distinction du masculin et du féminin à tous les adjectifs, quelle que fût en latin la ressemblance ou la différence des genres 1 ; il y avait avantage à faire ainsi, puisqu'on donnait par là une terminaison distincte à deux genres distincts. On peut donc dire heureuse cette modification que l'ancien français a subie en passant au français moderne.

On ne saurait approuver de même le changement orthographique par lequel nous avons placé arbitrairement à la terminaison masculine de quelques adjectifs en il un e muet dont nul motif étymologique ne justifie la capricieuse adoption. Ainsi, tandis que nous écrivons, comme il est naturel :

ViZ de vilis, GentiZ de gentilis,

nous écrivons :

Servi le de scrvihs, Ferti/e de fertilis.

Au moyen âge, on écrivait

Servil, fert'rf,

et on avait bien raison.

Le latin avait des formes simples et directes de comparaison, formosus -ior-issimus. Ces formes ont presque complètement disparu dans le français du moyen âge -. On employait alors, comme aujourd'hui, plus, pour exprimer le comparatif5, et le plus, pour exprimer le superlatif. "

1 Excepté au mot grand de grandis, masculin et féminin) dans les locutions citées plus haut : grand pitié, grand peine, etc.

2 Cependant on trouve au moyen âge quelques traces du comparatif en or. Voy. Diez, Qram. der. rom. Spr., t. IT, p. 59.

5 Le français, l'italien, le roumanche, se servent de plus, piu, pli; l'espagnol, le portugais, le valaque, emploient un mot dérivé de magis : mas. mais, mai. Le provençal employait plus et mais.

La première de ces deux formes était préparée par l'emploi en latin de plus, non pas, il est vrai, devant un adjectif, mais devant un verbe, plus facit, il fait plus. On trouve plus devant un adjectif déjà dans Némésien l.

Quant à le plus, ce n'est réellement qu'un comparatif emphatique. Le plus beau, c'est-à-dire celui qui est plus beau que tous les autres. L'inconvénient d'exprimer ainsi la superlativité, c'est de rappeler toujours un terme de comparaison, tandis que le propre du superlatif est d'exclure toute comparaison.

La forme du superlatif latin, issimus, est restée attachée par l'usage à quelques adjectifs exprimant une vénération profonde, révérendissime, sérénissime ; et, ce qui est plus remarquable, cette forme, bannie presque entièrement de l'adjectif où elle avait pris naissance, a trouvé asile dans quelques substantifs, généralissime2.

Dans l'ancien français, beaucoup plus d'adjectifs avaient gardé la forme du superlatif latin ; on disait saintisme, liaitisme, grandisme, pêsme (pessimus).

Quatre adjectifs, dont les formes comparatives sont, dans plusieurs langues, différentes de celles des autres adjectifs 3, savoir : bon, mauvais, grand, petit, eurent des comparatifs dans l'ancienne langue.

Bon. . . . Meillor.

Mieldre ou mieudre.

Mauvais [a], Pejor.

Pire.

1 Plus formosus. Ecl. IV, v. 72.

2 Plaute avait, dit en se jouant : Oculisslmus.

5 En grec ayaOoç, jSsArtwv., — p-iyaç, asi'Çwv, — //expos, s^arrwv, — /.y./.6çy Xeipuv. En latin bonus, melior, — malus, pejor, — parvus, minor. En anglais good, better, — bad, ivorse.

[a] [Mal vaudrait peut-être mieux ici que mauvais.]

Grand. . . Greignor*.

Major, Maire2.

Petit. . . . Bfinor,

Peindre [a).

De ces formes, sont restés seulement les comparatifs meilleur, pire et moindre. Grand a perdu tout comparatif simple : greignor n'est pas arrivé jusqu'à nous. Maire n'est plus que substantif; major se prend quelquefois avec son sens comparatif, mais c'est seulement dans certaines locutions consacrées : après un nom propre, pour désigner l'aîné de deux frères, ou dans des noms de charges ou de dignités, major, major-dome, tambour -major, etc.

1 Gragn. veut dire grand dans un dialecte de l'Italie septentrionale, qui a de singulières analogies avec le français. Hormayr, Gesch. des Tyr, p. 160.

2 Ce vers :

Qui moût est grande, et adès sera maire.

veut dire :

Qui est très-grande et bienlôt sera plus grande.

et ne prouve nullement, comme le dit M. Edelestand du Méril. que le titre de maire ait été donné à une femme dès le douzième siècle. Hlst. de la poésie Scandinave, p. 263.

[à) [Meillor, pejor, greignor, minor sont régimes, mieudre, pire, maire, meindre sont sujets. L'ancienne langue française possédait d'autres comparatifs encore : joindre-joveinor, pour jeune ; forçor, hahor, sordeor, bellizor, gencesor, que l'on ne connaît que sous la forme du rég. Nous avons encore sire et seigneur. Voy. Diez, Gramm.} II, 70, et Gaston Paris, Accent latin, p. 56-8.]

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