IMPARFAIT
Singulier.
Pr entière personne.
Le valaque, si dépouillé au présent des caractéristiques latines, ne conserve à l'imparfait que celle de la première personne, lauclaa-m, tacea-m, audia-m; en outre, il perd à toutes les personnes le b qui indique l'imparfait dans laudabam. L'italien, au contraire, conserve le signe indicatif du temps (le b, qu'il change en v) et perd Y m final , signe de la première personne; amava, legeva, udiva. Le roumanche est dans le même cas ; l'espagnol, le portugais et le provençal conservent le v seulement dans la première conjugaison. L'espagnol fait voir à quel point le v, dans les quatre idiomes, est identique au b latin , car il écrit cantaba, comme les Latins écrivaient cantabam, et prononce cantava, comme les Italiens. Dans les autres conjugaisons, l'espagnol, le portugais et le provençal s'écartent davantage du type latin, et forment la première personne de l'imparfait en ia (ténia, sentia, au lieu de teneva sentiva). Cet ia a peut-être son point de départ dans le ie de sentiebam; en supprimant Y m final, comme dans la première conjugaison, et le b, comme en valaque, on arrive à sentiea, d'où sentia. Enfin, dans l'ancien français, on trouve, pour la première conjugaison seulement, la terminaison eve, chanteve1, analogue à l'italien, cantava, et beaucoup plus souvent la terminaison oue pour ove.
1 Cette forme est rare; M. Orelli, Altfr. Gramm., p. 100, en cite plusieurs exemples fort anciens. Dans le patois des environs de Lyon on dit amave, chantave; mais comme ce patois relève plutôt du provençal que du français, il vaut mieux citer, comme l'a fait M. Diez, le wallon qui remplace le v par /, dans stopef (je bouchais), recuvef (je recevais). Diez, Gram. rom. spr.,t. II, p. 186. Voy. aussi la conjugaison wallonne; Dictionnaire wallon- français, par L. Remacle, p. 18 et 23. — [La terminaison eve est surtout bourguignonne.]
L'histoire de la formation de l'imparfait peut éclairer, au moins sous le rapport étymologique, la question souvent controversée de ce qu'on appelle l'orthographe à la Voltaire.
La terminaison oie des deux dernières conjugaisons a fini par remplacer la terminaison oue de la première 1 et par dominer exclusivement. Au seizième siècle, on a supprimé Ye muet, et on a écrit oy avec un y que rien ne motivait (festoy), mais l'y était alors à la mode dans l'orthographe française ; on l'écrivait dans roy, rôyne, loy, Yialie, sans aucune raison2. Peut-être l'épithète ajoutée à cette lettre lui prêtait-elle un charme pour les hommes de ce siècle érudit, et F employait-on si fréquemment, pour V amour du grec. Puis on a rejeté cet y ridicule, et on a mis à la fin du mot ïs, qu'on a mis aussi à la première personne du présent, ainsi on est arrivé à la forme faimois, contre laquelle s'est élevé Voltaire.
L'ai, qu'il a proposé de substituer à Yoi, a l'inconvénient de ne pas être étymologique. D'après ce qui précède, on a vu que Y a ne figure à aucune époque dans la terminaison de l'imparfait français. La forme de ce temps la plus semblable au latin, la forme en eve elle-même, a remplacé Va d'abam, par une. Va ne paraît pas non plus dans les autres terminaisons oue, oiey eie. L'étymologie ne l'indique donc en aucune façon.
L'imparfait en eve s'est changé de bonne heure en oue3. Le passage a dû se faire par ove ; parleve, parlote, parloue.
1 J'ai déjà parlé du passage de ia en oie, qui est très-naturel [via, veie, voie]; quant à celui à! oue en oie, il peut étonner davantage, cependant il n'est pas sais analogue. Le nom de Voie était oue ; de là la rue aux-owes, dont on a fait la rue aux Ours.
2 Cette manie, dont la langue française a conservé longtemps et n'a pas encore effacé toutes les traces, existait déjà au moyen âge. L'auteur de YYstoire de li Sonnant, écrit Ythaîie; Voltaire, le novateur en orthographe, signait, gentilhomme de la chambre du roy; nous écrivons : envoyer, dévoyer.
5 Oue est quelquefois remplacé paroe. Yoy. Orelli, p. 103. Mais cette variation est de peu d'importance, puisque, dans la basse Normandie, quelques lieues suffisent pour établir la même différence entre le langage qu'on parle auprès de Yalognes et celui qu'on parle dans certaines parties du Yal-de-Serre. (Renseignement communiqué par M. de Gerville.)
M. Raynouard et M. Orelli n'ont point remarqué que cette forme d'imparfait en oue était particulière aux verbes de la première conjugaison néo-latine ; mais les exemples mêmes qu'ils citent prouvent qu'il en est ainsi1.
M. Raynouard, cite, comme ayant l'imparfait en oue, amoue, aoroue (adorabam), aloue (laudabam), desiroue, crioue, esperoue , esgardoue, esdreçoue, menjoue, mesdloue, osoue, parloue, encerchoue, pensoue, remembroue, purpensoue, guidoue, regardoue, parloue, cuveitoue, alouent, plorouent, contrariouent, errouent, resposouent, chantouent, amonestouent, rebotouent. Tous ces mots sont de la première conjugaison néolatine ; il en est de même de ceux que cite M. Orelli.
Dans les autres conjugaisons, celles qui, en portugais, en espagnol et en provençal, ont ia, au lieu (ïeva, iva, l'imparfait français a été en eie et oie, diphthongues qui, d'ordinaire, correspondent au son ia [via, veie, voie).
Il n'y a pas grand'chose à ajouter sur les différentes personnes de l'imparfait à ce qui a été dit à l'occasion du verbe avoir.
Passé2.
Plusieurs verbes des deux dernières conjugaisons dans l'ancienne langue, avaient leur passé moins contracté, et par là plus semblable au latin, que dans la nouvelle. On trouve pour il rit, maintenant semblable à la troisième personne du présent, risist (risit). On a dit successivement presistes, préistes, et pristes. (Voy. Orelli, Altfr. Gr. p. 253-5.)
Singulier.
Première personne.
Vi caractéristique final du passé en latin s'est maintenu dans le valaque, laudai, batui, audii; dans l'italien, cantei,
1 Voy. Raynouard, Gramm. comp., p. 244 etsuiv., et Orelli, p. 103-4.
2 Le roumanche n'a point de passé simple.
vendei, partit; dans le provençal, amei, iei; terni, ei senti; enfin, dans le français, f aimai, je vendis, je sentis. Dans l'ancienne langue, le passé des deux dernières conjugaisons était s aussi bien que celui de la première.
E jo meismes le vi.
Chr. de J. Fantosme, v. 1775.
Dans la première conjugaison, Yai s'est prononcé e. Ce son s'est écrit en espagnol par un é; mais le portugais laisse encore voir l'i, dans cantéi.
Vi de la première personne se conservait dans plusieurs verbes français qui l'ont perdu; comme on disait fui pour je fus, on disait je reçui pour je reçus, je soi pour je sus.
Oncques mais ne soi que amo-rs fil.
Barb., Fabl. et Contes, t. IV, p. 154.
Je ne sus jamais ce qu'était qu'amour.
Deuxième personne.
L'italien reproduit intégralement la désinence de la seconde personne latine, dans la troisième conjugaison (venisti); la forme contractée usitée en latin dans la première (amasti), et la forme latine légèrement altérée dans la seconde legesti (lat. legisti) .
Aucun autre dialecte n'est en cette circonstance aussi semblable au latin. L'espagnol, le portugais, sont, après l'italien, ceux qui s'en rapprochent le plus ; ils ont aste, este, iste, pour asti, esti, isti. C'est la même terminaison , en changeant la voyelle finale. Le provençal, aimest, iest; temist, est; sentist, ne change pas, il supprime la voyelle ; mais le corps, pour ainsi dire, de la terminaison latine, st subsiste.
Il subsiste encore dans l'ancien français, mais seulement dans la première conjugaison, tombast ; et Là même, il a été remplacé par un s, tu tombas. Dans les autres conjugaisons, le
t a disparu à l'origine, tu mordis, tu sortis. Le t de la première, dans tombast, a cessé bientôt d'être prononcé, et enfin il a cessé totalement d'être écrit.
Troisième personne.
Dans la terminaison de la troisième personne, amavit, le v a disparu partout. Le t final a disparu également du valaque, de l'italien, de l'espagnol, du portugais. Il est resté dans le provençal, chantât, temet, sentit; mais ici le t commence à chanceler : on trouve senti ço\xx sentit, et même, selon M. Raynouard, terni pour temet.
Le français actuel a conservé le t dans la deuxième et la troisième conjugaison, il vendit, il avertit ; il l'a perdu dans la première , il aima. L'ancienne langue disait il aimât ou il aimad.
Et à Anne sa muiller, que il tendrement amad, une partie clunad.
Les Rois, p. 2.
Et à Anne sa femme, qu'il aima tendrement, il donna une part.
D'autre part, on trouve sans cesse, contrairement à ce qui se fait aujourd'hui et à l'étymoiogie, la troisième personne de la seconde et de la troisième conjugaison sans t. Exemple :
En une nuit fuilli e fluri.
Les Rois. p. 2.
En une nuit il produisit des feuilles et des fleurs.
Pluriel.
Première personne.
Il en est à peu près de la première personne du pluriel au passé comme au présent ; les idiomes dans lesquels la désinence latine, imus, est le moins oblitérée, sont l'espagnol , le portugais, en amos, emos, imos; et l'ancien français, asmes et
ismes. L'a long de Y âmes moderne, comme celui d'amoSj provient d'une crase produite par la suppression du v, placé entre orna et imus, clans ama-v-imm (ci). C'est probablement aussi à la suppression du v que lient l'intercalation de Ys entre l'a et Ym. Cet s est employé là pour indiquer qu'il y a eu un retranchement, comme dans basme , de balsamum. Cet s, intercalé et étranger au type latin, a été supprimé avec raison par l'orthographe moderne (b), qui a indiqué cependant par un accent circonflexe la place qu'il avait antérieurement occupée.
Dans le valaque, l'italien et le provençal, Ys final de la première personne du pluriel manque au passé, aussi bien qu'au présent.
Deuxième personne.
Ici encore l'espagnol, le portugais et le français , à son état ancien, reproduisent plus fidèlement qu'aucun autre dialecte néo-latin la physionomie de la désinence latine. De cantâstis (pour cantavistis) , l'espagnol fait cantasteis ; le portugais, cantastes. De vendidistis, les Espagnols ont fait vendisteis ; les Portugais, vendistes. L'ancien français écrivait , et a prononcé dans le principe, vouschantastes, vous vendistes.
Quant à deus cent assemblastes à mil.
Garin le Loà.y t. II, p. 125.
Quand avec deux cents hommes vous voulûtes tenir tête à mille.
Le français était alors plus près de l'origine latine que le provençal, avec ses terminaisons etz, itz, dans lesquelles le st d'amavistis, legistis, est converti en tzy et Y s final est supprimé.
[a) [Non pas du v à'amavimus, mais de Ys d'amasmes.]
(b) [Cet s a été supprimé avec raison par l'orthographe moderne, parce qu'il a cessé d'être prononcé, mais son existence est parfaitement justifiée par l'étymologie, aussi bien d&ns basme [balsamus] où il existe d'origine, que dans la terminaison asmes où il est la corruption d'unt», cantavimus, cantav'mes, cantasmes.]
L'italien aste, este, iste, offre du moins le st latin, s'il a perdu Ys final. Le valaque arati, erati, irati, urati, n'offre ni l'un ni l'autre.
Troisième personne.
Seul, le français n'a pas perdu le t final de la troisième per-^ sonne; ils aimèrent, ils lurent, ils dirent, le montrent encore aujourd'hui, non articulé, il est vrai ; l'ancienne langue possédait une forme rare, mais bien plus semblable au latin. J'emprunterai une citation à M. Orelli l, car cette citation est curieuse :
CombdiUei'oimt (ils combattirent) e iuerount (tuèrent.) plus que 2,000 gens d'armes... Les ennemis se ^OYierount moult noblement (a).
Pour la première conjugaison, la troisième personne du pluriel se terminait quelquefois en arent, au lieu d'erent ; ils amarent (amârant). Cette forme , qui était plus près du latin, a été conservée par les paysans.
Le plus-que-parfait simple n'existe qu'en valaque; par une confusion bizarre, il a usurpé la forme du subjonctif passé, laudasem (laudassem) , j'avais loué(b) .
Parfait composé.
L'auxiliaire avoir se met souvent après le verbe, de manière à former comme un seul mot, surtout à la troisième personne.
1 Orelli, Altfr. Gramm., p. 107, cite plusieurs phrases de la lettre de Robert d'Avesbury (Froissart de Buchon, t. II, p 377-8) dans lesquelles cette forme singulière se reproduit huit fois.
(a) [C'est du français corrompu par un scribe anglais.] \b) [Le plus-que-parfait de l'indic. latin s'est continué en français avec le sens du prétérit défini ; au moins en trouve-t-on quelques traces dans nos plus anciens textes, ainsi dans Sainte Eulalie : avret, pouret, far et. Il s'est même conservé dans certains patois, notamment dans celui de la Franche-Comté.]
Salunc tûtes les ovres que (ait unt fecer-unt). Les Rois, p. 27.
Suivant toutes les œuvres qu'ils ont faites.
Futur.
M. Raynouard , après l'abbé Régnier et Sainte-Palaye, a énoncé une opinion1 quia été adoptée par M. Diez. Elle consiste à voir, dans le futur du provençal, du français et des autres idiomes néo-lalins , une forme composée du radical et de l'auxiliaire avoir, placée après ce radical. Amar-ai , j 'aimerai, pour ai à amer, j'ai à aimer (habeo amare comme habeo amandum). Ce qui appuie cette opinion, c'est que dans chaque idiome néo-latin ayant un futur simple, la désinence de ce futur se modèle exactement sur la forme du verbe avoir dans cet idiome.
Ho, en italien, canter-o.
Hé, en espagnol, cantav-ê.
Hey, en portugais, cantcr-ey.
Ai, en provençal, cantar-ai.
Ai, en français, chanter-ai1,
et que partout, sauf en italien, c'est la forme infinitive dans toute sa pureté qui semble précéder l'auxiliaire (cantar, chantar, chanter).
De plus, M. Raynouard a ingénieusement remarqué qu'en provençal on trouve quelquefois ce futur, pour ainsi dire, décomposé ; c'est-à-dire l'auxiliaire et l'infinitif radical séparés par d'autres mots, et cependant formant toujours un sens analogue à celui du futur5. Exemples : tornar Tan pour lo tornar-an; (à) tourner Vont pour ils le tourneront ; pregar vos ai pour pregar-ai vos ; (à) prier vous ai pour je vous prierai.
1 Voy. Orelli , Altfr. Gramm,, p. 109; Schlegel, Observations sur la littérature et la langue provençale, et Raynouard. Gramm. romane, p. 221.
2 Le valaque et le roumanche n'ont pas de futur simple.
5 M. Diez applique à deux autres temps ce que M. Renouard avait avancé du futur. Grammatik cler rom. Sprachcn, t. II, p. 99 et 100.
Enfin M. Diez allègue le futur du verbe esse , dans le dialecte sarde, qui se forme en plaçant appu (j'ai) devant essi l.
Cette origine du futur néo-latin n'a rien d'invraisemblable; l'auxiliaire se serait placé après le radical et plus tard se serait fondu avec lui. 11 serait arrivé là à une époque récente, quand se sont reformés les dialectes néo-latins, ce qui est certainement arrivé à une époque reculée, quand s'est formée la conjugaison grecque et latine2.
Ce qui s'est passé à l'origine des langues antiques a pu, à la rigueur, se passer à l'origine des dialectes modernes, quoique ceux-ci soient nés en général sous l'influence d'un principe différent et beaucoup plus analytique. Mais j'avoue que je ne vois pas la nécessité d'admettre, pour rendre raison du futur des langues néo-latines, autre chose qu'une transformation de la forme contractée de la première conjugaison, amâro pour amavero(a). Selon moi, amav-ero est plus probablement composé à'amare et d'ero que amer~o ou aimer-ai, ne le sont en italien et en français, à'amar ou aimer, et du verbe ho ou ai.
La similitude de la désinence du futur avec la forme du verbe avoir, dans chacun des idiomes néo-latins , peut tenir au hasard, ou bien à une loi d'analogie , en vertu de laquelle telle ou telle forme prévaut dans telle ou telle langue. Par exemple : la terminaison des substantifs par une voyelle en italien, ou par un e muet en français, etc.
Les exemples cités par M. Raynouard, qui montrent divisés les éléments du futur, et, par là, semblent établir son mode
1 IbicL, p. 100.
2 Dans çà-foca, amav-ero, et même mone-bo, on voit juxtaposé au radical, le futur du verbe auxiliaire être. Dans mone-bo, c'est la forme de ce verbe qui dérive du sanscrit bhu, et qui paraît aussi dans fu-i.
[a] [L'accent s'oppose à celte dérivation : dans l'italien amer à, qui se rapproche le plus, en apparence du moins, d'amavero, la finale est accentuée, et elle ne Test pas en latin. L'opinion de Uaynouard sur la composition du futur dans les langues romanes, est maintenant hors de toute contestation.]
de composition, ne sont pas une preuve absolue , car la tendance à former un temps verbal par la fusion d'un auxiliaire avec un radical, celte tendance qui est dans la nature des choses et qui a joué un si grand rôle dans la formation primitive des langues grecque et latine , cette tendance, dis-je, à une époque dans laquelle la synthèse avait beaucoup moins d'empire, a pu aller jusqu'à produire les locutions citées par M. Raynouard, et le futur sarde cité par M. Diez, formes dans lesquelles l'auxiliaire avoir est resté distinct et séparé du verbe, sans qu'il soit nécessaire d'en conclure que l'union, la fusion complète de l'auxiliaire et du verbe se soit faite dans amer-ô ou aimer-ai1.
Considérant donc le futur, aussi bien que les autres temps, comme dérivé de la forme latine , voyons jusqu'à quel point cette forme s'est altérée en passant dans les dialectes modernes. L'italien l'a conservée presque intacte, amer à (amâro). L'espagnol et le portugais ont modifié la désinence suivant leur génie, l'un en e, l'autre en éi. Le provençal et le français ont remplacé o par ai. Mais cela n'a pas besoin d'une explication particulière, et n'est pas plus extraordinaire que de voir la désinence du passé latin qui se conserve dans le provençal et le français ai (j'aimai) se changer dans l'italien en à (amô) (a).
Pour les autres personnes du futur, je renverrai à ce que j'ai dit d'avoir.
Je remarquerai seulement l'emploi du t ou cl à la troisième personne du singulier.
Un enfes naistrad del lignage David, si aurad num Josias.
1 M. Raynouard cite lui-même un exemple de daras pour dabis, dans la basse latinité; ce qui semble montrer déjà cette l'orme du futur en ro, d'où est sorti le futur en ro, re, rai, des langues néo-latines. Troubadours, t. I. Origine et formation de la langue romane, p. 71. — [Daras équivaut à dare habes.]
[à) [Ai est en français la terminaison de la première personne, d, en italien, est celle de la troisième. — Voyez la note a de la page précédente.!
Cil ces faz pruveires sur ces altels sacre fier ad et li ossement de la gent i arderad.
Les Rois, p. 286.
Un enfant naîlra du lignage de David, il aura nom Josias. Celui-ci sacrifiera sur l'autel ces faux prêtres, et y brûlera les os de leur race.
et la persistance de la terminaison latine de la troisième personne du pluriel dans le français, qui, seul, a gardé la nasale et la dentale ont, écrit quelquefois uni, et alors tout à fait semblable au latin.
Le futur se contractait outre mesure dans l'ancienne langue ; on disait :
Je donrai pour je donnerai.
Je gierrai pour je giserai.
J'orrai pour fouirai.
Je lairrai pour je laisserai (il est resté populaire) .
Ce fait esta noter, parce qu'il est contraire à cette loi générale du langage, d'après laquelle la contraction va toujours en augmentant. Ce principe souffre donc quelques exceptions en français; mais il est à croire que l'on a repris une orthographe et une prononciation plus développées à l'époque où le langage a subi les influences de la littérature savante, et a été rendu, à dessein, plus semblable au latin. L'usage, livré à lui-même, n'aurait pas diminué la tendance aux contractions; il l'eût augmentée.