‹ Histoire de la formation de la langue française pour servir de complément à l'Histoire littéraire de la FranceChapitre 36 sur 71 · LABIALES · texte numérisé non relu

LABIALES

Le p subsiste en général au commencement des mots ; au milieu, il se change quelquefois en b, et beaucoup plus souvent en v. A la fin, ce v est fréquemment remplacé par un f.

B . — Apicula, abeille.

V. — Capillus, cheveu; episcopus, évêque ; lepus, lièvre; lupa, louve; opéra, œuvre; rapere, ravir ; sapor, saveur ; recipere, recevoir ; recuper are, recouvrer; coopertus, couvert; piper, poivre ; pauper, pauvre; ripa, rive.

F. — Chef de caput; anc. fr. tref de trabs.

Observation. — P reparaît dans capitaine, capillaire, dans insipide, dans recepte avec l'ancienne orthographe.

II est des mots qui ont perdu le v, et qui l'avaient dans l'ancien français : avette cour abeille, saive pour sage (savio, it.), chevetaigne pour capitaine, escouvette de scopa. En général, les règles de la permutation souffrent beaucoup moins d'exceptions, si l'on tient compte de l'ancienne langue.

B subsiste surtout au commencement des mots, et souvent est remplacé par v, comme il l'était déjà en latin dans certai-

nés formes de langage antiques ou inusitées : devitum pour débitum, acervus pour acerbus, etc. Exemples : habere, avoir; caballus, cheval ; debere, devoir; faba, fève; liber, livre.

Observation. — Le b reparaît dans débiteur, a. fr. debteur; libraire, a. fr. librairie pour bibliothèque, dans le sens anglais de library.

F se conserve presque toujours dans les mots français; il y a très-peu d'exemples dans notre langue du changement de f initial en h, comme dans l'espagnol hermoso de formosus, hierro de ferrum, et dans le latin lui-même hilum pour fûum, hariolus pour fariolus. Cependant on trouve dans l'ancienne langue harouce pour farouche.

Le changement du v en b est beaucoup moins fréquent en français que le changement inverse de b en v.

On peut citer cependant de vervex {mouton), brebis (anc. fr. et popul. berbis) ; de curvus, courbe.

Ce qui est beaucoup plus ordinaire en français, c'est le changement du v en un son qui paraît cependant moins voisin que le b, puisqu'il est d'un autre organe ; en la gutturale g, qui prend un u après elle : vadum, gué; vagina, gaine ; et en ancien français, de vulpes, goulpil ou goupil (d'où goupillon, une queue de renard).

Observation. — On passait de v à gu par iv . Ces deux derniers sons se permutaient également dans le passage des langues teutoniques et dans le passage du latin aux langues néolatines : ex. : Wilhelm, Guillaume ; werra, guerre, etc. , et wiquet, de vicus, d'où l'on a fait aussi guichet.

Le v ne peut rester à la fin des mots ; il se change en f, à moins qu'il ne soit suivi d'un e muet.

Partout où il y a maintenant un e muet après un v à la fin d'un mot, il y a eu autrefois unf sans e muet. Au lieu de grave, suave, on disait g rief, soef; on dit encore bref, chétif ; seulement Ye muet a ramené le v au féminin (brève, chétive), qui au moyen âge n'était pas distinct du masculin (voy. le chapitre de Y Adjectif) .

LT??i tient à Yn, comme nasale, et aux labiales, par son attraction pour le b et le p.

L'm se change en n dans rien de rem, daine de dama, nappe de mappa, natte de matta, nèfle de mespilum.

Il appelle à lui un b dans nombre de numerus, trembler de tremulare, remembrer de rememorare.

Enfin, il se change lui-même en b dans marbre de marmor.

Dans l'orthographe ancienne, en cela, contre sa coutume, peu fidèle à Tétymologie, on écrivait non pour nom, aconplir pour accomplir. On trouve encore dans les auteurs du seizième siècle, conter et compter, écrits l'un pour l'autre.

Observation. — La nasale (m et n) est à peine une consonne. En sanscrit, elle naît spontanément, dans certaines circonstances, à la fin d'un mot terminé par une voyelle, et disparaît dans d'autres circonstances. En latin, m s'élide comme une voyelle. Dans le français, n a disparu Ranima, âme, de trans, très.

Une loi bien constante dans le français appelle un i devant la nasale qui suit une autre voyelle.

Dans les mots dérivés du latin, devant m ou n, a se change en ai : amo,f aime; panis, pain; manns, main.

E se change en ei : frenum, frein; vena, veine; plenns, plein.

0 se change en oi : monachus, moine.

V se change en oi : cuneus, coin.

Et réciproquement Yi appelle la nasale.

lssi, a. fr,, a fait ainsi, et même ainsinc en vieux français. Dans ainsinc, cette attraction singulière de Vi pour la nasale se manifeste deux fois, au commencement et à la fin du mot; et la nasale finale, à son tour, appelle la gutturale c.

En Normandie, on dit encore ainchin pour ainsi, ichin pour ici.

C'est probablement pour cette raison qu'on a dit rabin pour rabi, mot hébreu qui veut dire maître1.

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