‹ Histoire de la formation de la langue française pour servir de complément à l'Histoire littéraire de la FranceChapitre 42 sur 71 · Tome, tomber · texte numérisé non relu

Tome, tomber

Leere, voleur, a. fr. lierres.

Condamné, mérité, mesuré, pesé, abandonné. Condamner, mériter, mesurer, peser, abandonner.

(A peu près comme on prononce ces mots aujourd'hui en français.)

Mort.

Gragn, grand; a. fi* greignor, plus grand.

Treup, beaucoup, trop.

(Trop dans l'ancien français avait l'un et l'autre sens.)

II. — Comment les substantifs, dans le français moderne, dérivent de V ancien français.

Il en est des substantifs français et provençaux usités au-

* Hormayr, Geschichte der Gefursteten graffschaft Tirol, p. 150.

jourd'hui, par rapport à ceux de l'ancienne langue, comme des uns et des autres par rapport au latin.

Tantôt la forme actuelle du substantif est empruntée au nominatif roman, tantôt au cas régime. J'en ai déjà cité un exemple : trouvère est dérivé du nominatif français {trouvères); troubadour, du cas régime provençal (trobador).

La très-grande majorité des substantifs français dérive, non du nominatif, mais du cas régime. On le reconnaît à l'absence de Ys dans la terminaison.

Les noms propres en s, comme Jacques, Charles ; le petit nombre de substantifs, le nombre plus considérable d'adjectifs qui ont conservé Ys ou Yx du nominatif, comme un faucheux (a), amoureux, jaloux, telles sont les exceptions principales à la loi générale d'après laquelle le mot français s'est formé en général du cas régime roman.

La raison est la même que celle qui a fait, dans beaucoup de cas, prévaloir la forme latine des cas obliques sur la forme du nominatif dans les dérivés néo-latins. Le cas régime représentant quatre cas à lui seul se rencontrait quatre fois plus souvent que le nominatif. On conçoit qu'une forme si ordinaire soit devenue, quand s'est perdue la distinction des deux cas romans, la forme générale et unique des mots.

Ceci explique la forme de certains mots, dérivés du cas régime, et qui présentent ses diverses terminaisons en t», orr, anty et, oU

La terminaison du cas régime en in, ain, est devenue la terminaison de différents mots français. Les uns se trouvent au moyen âge avec l'a caractéristique du nominatif, comme saps, d'où sapin; d'autres ne paraissent dans la langue, même à ses époques les plus anciennes, qu'avec la terminaison du cas régime ; dès lors leur désinence a été fournie par l'accusatif latin, comme rien de rem, traversin de transversum cer-

[a) [Faucheux est une forme populaire pour faucheur.]

vical. C'est ainsi que lorum a fait lorein (vov. plus haut, p. 75)i.

Dans d'autres qui n'avaient point en latin d'accusatif en m, m'a été placé à la fin des mots, non par étymologie, mais par analogie, comme dans lapin de lepus 2.

Enfin, des mots d'origine germanique ont reçu la terminaison en in par une extension plus grande encore du principe d'analogie si puissant sur la langue ; l'allemand lente a fait butin.

On peut dire la même chose de certains mots en on. J'ai cité ailleurs baron de baronem, larron delatronem, rayon de radium, espion (par analogie) (a). On pourrait ajouter surgeon desurculum, sayon de sagnni, crayon, tayon, sauvageon (par analogie) ; enfin taon de tabanum, et peut-être paon de pavonem"°.

De certains mots en ant ou and : Normand, Allemand.

De certains mots en et, comme balet de balais (Rayn. , Lex . , t. II, p. 172).

De certains mots en ot et aut : sarot (voy. Richelet, Dict. des rimes), mis ipour sarau, qui était le mot germanique dans sa pureté 4; gerfaut de gerfalk.

1 Les adjectifs moyen, prochain, hautain (qui primitivement était synonyme de haut), viennent également de médium, proximum, altum. — [Ils viennent de dérivés en anus: medianus, proxïmianus, altanus. De même traversin et lorein, plus ordinairement lorain, viennent de dérivés latins en inum et anum.]

2 Lepus voulait dire lièvre, mais il y a plusieurs exemples de cette translation du nom d'un animal à un animal d'un genre voisin. Vulp-es, renard, paraît avoir la même racine que wolf, loup, en allemand, et welp, petit chien, en anglais, et poétiquement, les petits de plusieurs carnassiers. — [L'étymologie de lapin est encore incertaine, mais les lois de la permutation ne permettent pas de' le dériver de lepus. Voy. Diez, Etym. Wort., II. 345, et Littré au mot lapin.]

3 La forme allemande de ce mot dérive du nominatif pfau pour pav.

4 Ce mot se trouve dans le Combat d' Hildebr ant et d' Heribr ant. J. Grimm. Die beyde œlteste Denkmœler der deutschen Sprache, p. 5.

(a) [Sans doute barron, larron viennent de barônem latrônem, mais il ne se peut que radium ait produit rayon; il a produit rai. Voyez sur ce mode de formation la note a de la page 68.]

Les diverses désinences que nous avons reconnu caractériser le cas régime se trouvent donc appliquées à des mots rançais dont elles expliquent la formation, en même temps qu'elles montrent par là combien le système des flexions dont elles faisaient partie, la déclinaison romane, était profondément enraciné dans les habitudes et le génie de la langue, où sa trace paraît encore.

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