‹ Histoire de la formation de la langue française pour servir de complément à l'Histoire littéraire de la FranceChapitre 43 sur 71 · Dérivation des noms propres · texte numérisé non relu

Dérivation des noms propres

L'origine des noms propres français se rapporte à l'état de la société au moyen âge, et représente les différentes classes entre lesquelles elle était partagée.

La société du moyen âge était avant tout chrétienne, et le nom par excellence était le nom chrétien.

En Norwége, les paysans n'ont pour ainsi dire que celui-là. Chacun ajoute au nom de baptême de son père la syllabe sen, qui veut dire fils ; ainsi le fils de Pierre s'appelle Jean Petersen, son fils, Eric Johansen, etc.

En italien, ce que nous appelons le nom propre s'appelle encore aujourd'hui le surnom, cognome. Le nome c'est le nom du patron.

Beaucoup de noms propres portés maintenant ne sont que des noms de baptême qui sont devenus des noms de famille: Thomas, Robert, André, Thibaut, etc.

Au nom debaptême, les nobles ajoutaient le nom de la terre dont ils étaient seigneurs ; les roturiers y joignaient un sobriquet ou le nom de leur profession.

Les gens de la campagne étaient souvent désignés par la localité qu'ils habitaient : Deschamps, Dubois, Dupré, Duval, Dumont, Delaunay (de Vaunaie), etc.

Ainsi se sont formés presque tous les noms propres français :

Du nom de la terre, les noms aristocratiques;

Du nom d'une profession, les noms bourgeois ;

D'un sobriquet, les noms populaires ;

Du nom d'une localité, les noms rustiques.

Il va sans dire que les trois dernières classes de noms se mêlent comme se confondaient les classes d'hommes auxquelles ils appartiennent, et qui ne faisaient au fond qu'une classe : il n'y avait au moyen âge que des nobles et des roturiers ; il n'y avait aussi que des noms nobles et des noms roturiers.

Les sobriquets populaires étaient souvent très-grotesques ; on y sent le mépris et l'abjection des classes inférieures.

Poile-vilain, Heurt-au-pot, Tourne-bœuf, Courte-paye, Brise-miche1.

On voit parfaitement comment se sont formés les noms propres qui dérivent d'une profession, dans le livre de la Taille de Pains. Les noms des bourgeois de Paris y sont énumérés avec leurs domiciles. Très-souvent il n'y a que le nom de baptême, suivi de l'indication du métier : Pierre le bouvier, Robert le pelletier, Gautier Fescrivain2. Ce nom de métier, qui est ici une simple indication jointe au nom de baptême, est devenu avec le temps un vrai nom, un nom de famille : Lebouvier, Lepelletier, Lécrivain.

Souvent aussi les individus portés sur le livre de la Taille sont désignés par le pays d'où ils sont originaires : Jean le Picart, Guillaume le Normant, Alain le Breton. Ces désignations, tirées de la patrie, sont devenues également des noms propres.

Dans les noms propres, ce qui intéresse particulièrement

1 Les derniers sont indiqués par Meigret, Traité de la Grammaire française, p 21.

2 Paris sous Philippe le Bel... D'après les documents originaux, et notamment d'après un manuscrit contenant le livre de la taille imposée sur les habitants de Paris en 1292, publié pour la première fois par H. Geraud, 1837, p. 5. Voy. aussi la Taille de Paris en 1515, publiée par M. Buchon, t. IX des Chroniques nationales.

l'historien de la langue française, ce sont les formes grammaticales de l'ancien français, qu'ils ont souvent conservées.

J'ai montré que les principales formes du cas régime roman étaient on, in, en, et et ot.

Ces formes, qui ont prévalu dans un certain nombre de substantifs et d'adjectifs français, et se sont substituées à l'ancien nominatif en s, je les retrouve dans les noms propres à leur état ancien, et, ce qui est plus remarquable, à leur état moderne.

C'est que les noms propres, immuables de leur nature, parce que ceux qui les portent tiennent à les conserver dans leur intégrité, transmis d'ailleurs par la signature qui ne doit pas varier, sont plus fidèles qu'aucune autre sorte de mots à l'ancienne constitution de la langue.

Je citerai comme exemple des noms propres qui avaient au moyen âge les diverses formes que j'ai indiquées pour le cas régime des substantifs un certain nombre de noms tirés du livre de la taille et du travail approfondi de M. Fallot sur les noms propres1.

En on. En in. En ant, ent.

Yvon, p. 20. Aubertin, 5. Hélisent, 5.

Climençon, 25. Guillemin, 6. L'Aleraant, 21.

Raolin, ib. Rolant, 23.

Thomassin,15. Hermant, ib.

Oudin, 15.

En et.

Henriet, 6,8.

Huguet, 8.

Symonnet, ib.

Raolet, 18.

Andriet, 25.

Michelet, 25.

Jaquet, 33.

En o/2.

Perrot, 6.

Johannot, 6.

Bourgot, 2.

Guyot, 8.

Estevenot, 22.

Adenot, 23.

Pkeiipot,28(«).

1 Fallot, Recherches sur la langue fr., p. 175.

2 La terminaison ot a été remplacée souvent dans l'écriture moderne para*/; de là Pereau pour Perot, Johanneau pour Johannot, Phelipeau pour Phelipot. — [Eau et ot sont deux suffixes d'origine distincte ; le premier répond au latin ellus, le second est, ainsi que les suffixes at et et (tel. atto, etto, otto, voy. Diez, Gram., II, 545), propre aux langues romanes, le valaque excepté ; il n;a pas son type en latin.]

(a) [Les noms que renferme cette liste présentent à la vérité plusieurs mots dont la forme est celle du cas régime (Yvon, Hélisent, LAlemant, Rolant, etc.); mais un plus grand nombre sont des diminutifs: Climenson (de Clément), Aubertin [à'Aubert), Guillemin (de Guillaume), Raolin et Raolet (de Raoul), etc.]

Les noms propres qui présentent ces formes de cas régime avaient la terminaison s au nominatif : Yves, Clemens, Aubers, Guillaumes, Raouls, Thomas, Eudes, Eelisens, UAlemans, Rolans, Hermans, Henris, Rugîtes, Simons, Andrieux, Michels, Jacques, Pierres, Jehans, Bourgeois, Guys, Estiennes, Adenez, Phelipes.

Dans la liste des noms propres du moyen âge due à M. Fallot, je trouve des exemples des mêmes formes du cas régime.

on. in. ant, eut. t. et1. ot.

Huon,p.483.Waultrin, 187. Roland, 189. Hanrit, 180. Raulet, 189. Pierot,183. Eudon, ib. Jaquerain, Î88. Renant, ib. Thierrit, ib. Thieriet, ib. Gillot, 187. Pieron, ib. Jennin, iZ>. Agolant, ib. Emmelot202.

Coenon, 186. Fellippin, ib.

Gillon, ib. Audain, 202.

Huon, ib. Catherinain,?'Z>.

Guyon, ib.

Guillon, ib.

M. Fallot rapporte avec raison ces formes au nominatif: Hues, Eudes, Pieres, Coenes, Gilles, Hues, Guis, Wattiers, Jacques, Jehans, Phelipes, Aude, Catherine, Piolans, Renaus, Henris, Thieris, Raouls, Emme (ou plutôt Emmelos; voyez Rom. français, p. 28) ; mais il a tort, selon moi, de ne pas rapprocher ces suffixes des diverses désinences du cas ré gime des substantifs avec lesquels elles ont une analogie évidente.

Si maintenant on passe de l'ancienne langue à la nouvelle, on y trouvera une immense quantité de noms propres affectés des mêmes terminaisons, c'est-à-dire portant encore la marque de la déclinaison romane.

Voici une partie de ceux qu'offre à la première vue Y Aimanach des vingt-cinq mille adresses.

J'indiquerai d'abord ceux que, dans ce recueil de vingt-

1 M. Fallot cite plusieurs exemples d'une forme dans laquelle at a remplacé et ; c'est une variante de dialecte ; ex. : Guyat de Guys, p. 87; Eenriat de Henris, ib.; Jenat de Jeans, 188; Lowiat de Lowis, ib.; Thierriat de Thierris » ib .

DERIVATION DES SUBSTANTIFS.

cinq mille noms, on trouve avec la forme du nominatif en s et diverses formes du cas régime ; ensuite ceux qui ne s'y présentent pas avec la forme du nominatif, mais qui offrent une ou plusieurs des formes du cas régime. Si l'on rassemblait les noms propres des trente millions de Français, ce tableau serait plus complet; certainement un très-grand nombre offrirait tous les cas de la déclinaison romane.

Noms propres modernes dans lesquels ont subsisté les formes du nominatif ou les formes du cas régime.

Andrieux.

Andrieu, Andrié, Andry, André.

Angles.

Armez.

Armet.

Arnoux.

Arnous [pour Arnoult-s).

Arnout.

Arthus (pour Arthur-s).

Arthur.

Augustins.

Augustin.

Auzoux.

Auzou.

Barroux.

Barret, Barrot.

Balez.

Ballet, Ballin, Ballon.

Bejeaux.

Bejot.

Benois.

Benoist, Benoiston.

Bon gars.

Bongard.

Beaumes.

Beaume.

Beaulieux.

Beaulieu.

Bidaux.

Bidaut, Bidault.

Bordas.

Bordât.

Bordes.

Bordet.

Brasseus (pour Brasseur- s]

Brasseur.

Brosses.

Brossin, Brosset, Brosson.

Bureaux.

Burel.

Cabannes.

Cabanne.

Camus.

Camu.

Cazeaux.

Cazot.

Charles.

Charle.

Chasles.

Chaslin.

Constans.

Constant.

Costes.

Coste.

Crouzas.

Crozat, Crozet.

Belahays.

Delahay-(e) *.

1 Pour l'addition de Yc muet, v. plus haut, p. 239, et plus loin, dans ce paragraphe.

Desains.

Dessint.

Dufeys.

Dufay, Dufey, Dufayet.

Dumetz.

Dumey, Dumet.

Duperreux.

Duperrey, Duperret, Duperron.

Duplès, Duplex.

Duplé.

Duplessys.

Duplessy.

Dupuis.

Dujpuy.

Ferrus.

Ferry .

Filhos.

Filhon.

Fortis.

Fortin.

Fouques.

Fouque, Fouquet.

Fourniaux, Fournex

Fournie, Fournet.

Gales.

Galay, Galet.

Gallais, Gallois, Galloz.

Gallet, Gallot.

Gelis.

Gelin.

Georges.

George.

Gerfaux.

Gerfaut.

Gignoux.

Gignou.

Gilles.

Giilet, Gillon, Gillot.

Giroux.

Giroud.

Gittaux.

Gittau.

Gouges.

Goujon, Goujet, Goujot.

Hallez.

Halle, Hallot.

Herbes.

Herbet, Herbiu.

Hervez, Hervieux.

Hervé, Hervey.

Hugues.

Hugon, Huguet, Hugot.

Jacques.

Jaquin, Jaquet, Jacquot, Jacot.

Jadious.

Jadin.

James.

Jamet, Jamin.

Joannes.

Joanne, Johannot.

Joffres.

Joffre, Gouffre.

Jollois.

Jolly, Jolliat1

Laboulays.

Laboulay.

Lalos.

Delalot -.

Lametz.

Lameth.

Lanceleux.

Lancelin, Lancelot.

Landrieux.

Landry, Landré.

Langlois, Langlais.

Lang!é.

Lassus, Lassis.

Lasson

Laurens.

Laurent, Laurencin, Laurençon.

1 Yoici, dans un nom moderne, un exemple de la désinence en at, variante de la désinence en et, signalée pour les noms propres du moyen âge, par M. Fallot, dans Henriat, Thiériat.

2 Lalos, au nominatif, régi par de, fait au cas régime Delalot.

DEIRYATION DES SUBSTANTIFS.

tamis.

Laury, Laurey.

Lavaux.

Lavault.

Leclercx.

Leclercq, Lcclerc,

Lemans.

Léman t.

Longchamps.

Longchampt.

Lubis.

Lubin.

Margoz.

Margue, Margouet, Margot in.

Mathias.

Mathieu, Mayeu.

Menars.

Menard.

Michèle z.

Michelet, Michelin, Michelon, Mi-

cheloL Moraux.

Moreau, Morel.

Nicolas.

Psicolaï.

Noailles.

Noally.

Pailloux.

Paillet, Paillot.

Pecheux.

Pecqueur.

Pennes.

Penin, Penot.

Pérès.

Perey, Peret, Perin, Peron, Perot.

Peronaux.

Peronneau, Perronnet.

Phalipos.

Phalipon.

Pitois.

Pitoin, Piton.

Pons.

Pontet, Pontat

Prous.

Proust.

Pugeus, Pujos, Pujouls.

Pu gin, Pu jet.

Raoux.

Raoult.

Renoux.

Renoult.

Saint- Rom ans.

Saint -Roman, Saint-Romain.

Salés, Salis, Sales.

Salin.

Salles.

Salle.

Surgis.

Surget.

Thomas.

Thomassin, Thomassot.

Vallès.

Yallet, Vailin, Vallon, Vallot.

Ver nés, Yernois.

Vernet. Vernot, Verney, Verni.

Villars.

Villard.

Voisins.

Voisin.

Noms propres qui présentent une ou plusieurs des formes du cas régime

Amelin, Amelot.

Ancelin, Ancelot.

Audin, Audot.

Bachelet, Baehelot, Bachelu.

Bailiet, Baillot.

Bardet, Bardin, Bardou, Bardot.

Baudet, Baudin, Baudon, Baudot.

Bellet, Bellin, Bellon, Bellot.

Bertet, Bertin, Berton.

Brisset, Brisson, Brissot.

Callet, Callon, Gallot.

Calmet, Calmon.

Chardin, Chardon.

Chauvet, Chauvin, Chauvot.

Collet, Collin, Collot, Collaud.

Doucet, Doucin.

Evain.

Fayet, Fayot.

Gaudet, Gaudin, Gaudiot.

Gavet, Gavaut, Gavot, Gavoy.

Gibon. Gibot.

Goblet, Goblin, Goblain, Gobley.

Goyon, Goyet, Goy,

Grand in, Grandet.

Guillemin, Guillemot, Guillaume.

Guyot, Guyet, Guy.

Hennon, Hennin, ïïennet, Henot,

Henaut, Henu.

Hivert, Hiver.

Hochet, Hochon, Hoche.

Huet, Huin, Huon, Huol, Hue.

Hulin, Hulot.

Jeanin, Janin, Jouannin. Jeannet, Juston, Justin.

Lambin, Lambot.

Magnin, Magnien, Magné, Magny.

Massin, Masson, Masset, Massieu,

Masse, Macé.

3Iignet, Mignon, Mignot.

Millet, Millin, Millon, Miilot.

Mion, Miot.

Moisin, Moisant.

Morissot, Morisset» Morisse.

Naudet, Naudin, Naudot, Naudé.

Oudin, Oudot.

Papin, Papon.

Paquet, Paquin.

Pariset, Parisot. Parquet, Parquin.

Parret, Parron.

, Perret, Perrin, Perron, Perrot.

Peyron, Peyrot.

Pichon, Pichot.

Pierret, Pierrou, Pierot.

Pillet, Pillon, Pillot.

Piquet, Piquot.

Pouillet, Pouillot.

Ragon, Ragot.

Rolin, Rolet.

Thevenin, Thevenet, Thevenot.

Trouillet, Trouillon.

Truchon, Truchot.

Villet, Villot(a).

En outre certains noms propres en ant sont dérivés d'un mot en an, en, qui a pris le t du cas régime. J'en citerai pour exemple le plus illustre des noms contemporains : de brien (nom celtique) on a fait briard; de Château-brien (le château de Brien), on a fait Châteaubriant, exactement comme de château Moysen, on aurait fait le château Moysant (voy. p. 77). Guebriand est probablement dans le même cas ; de guébrian (le gué de Brian) ; jazerand àejazeran (a. fr.).

(a) [Un des noms rapportés dans cette liste, Guy, a la forme du cas sujet le cas régime serait Guyon. Il en est probablement de même de Goy. Quant aux autres, ce sont pour la plupart des diminutifs. On peut cependant remarquer que les noms Baudin, Bertin, par exemple, sont purement germaniques ; on les trouve sous cette forme, et non pas comme diminutifs, dans de très-anciens textes. Voy. Forstemann, Altdeutsches Namenbuch, Sordliausen, 185G, 4°.]

DERIVATION DES SUBSTANTIFS. 273

Si Ton joint aux désinences in} on, et, ot, ant, la éfcésinence ier empruntée aux mots latins en arius, et la désinence art l qui s'employait aussi pour désigner le cas régime des noms propres, *

Del kostet de mi Picrart.

Fallût, p. 194.

Du côté de moi Pierre.

on aura la grande majorité des désinences qui encore aujourd'hui sont appliquées aux noms propres français, et qui dérivent, comme on voit, des diverses formes du cas régime qu'employait l'ancienne langue, dont elles gardent une trace précieuse (a).

Souvent aussi dans les noms propres Ye muet vient se placer après la consonne finale du radical.

Baud, Baude.

Brail, Braille.

Laboulay, Laboulaye.

Laurens, Laurence.

Lubis, Lubize.

11 en résulte parfois une réduplication de la consonne.

Cazot, Cazotte.

| Collet, Collette.

Courcel, Courcelle.

Lucot, Lucotte.

1 II va sans dire qu'il ne faut pas la confondre avec Yart ou ard des mots d'origine germanique, comme gérard, ehberard. Je parle des mots à radicaux non germaniques, comme jolivard, javard, maillard, mansard, mesnard, musard. Cette forme art se trouve dans les noms propres du français ancien : Haart de Hues, Phelippart de Philippe. Fallot, p. 187-8. — [ïl n'y a pas deux suffixes art ou ard. Pour avoir été adapté à des thèmes romans, ce suffixe n'en est pas moins, dans tous les cas, d'origine germanique. Yoy. Diez. Grammatik, II, 558-60.]

[a) [Il ne faut pas identifier la forme du suffixe avec la forme du régime. Et, ot, in, art, sont des suffixes, non des formes spéciales au cas régime. La règle est que Y s, caractéristique du sujet, fait disparaître le t du radical, et que ce t reparaît au cas régime. Ainsi Pieros et Pierot, Pierars, ou Pieras, et Picrart, etc.]

Morel, Morelle.

Mouret, Mourette.

Pinel, Pinelle.

Soleil, Soleille.

Valet, Valette.

Les noms propres ont encore cet avantage qu'ils nous montrent Irès-souvent la forme primitive du mot français, celle en général qui est le plus près du latin, soit par la prononciation, soit par l'orthographe.

Agnel (a. fr. d'agnellus) pour agneau.

Baillere [a), Bailleur.

Bergier (ortliog. du moyen âge).

Blez (orthog. du moyen âge).

Blondel, Blondeau.

Boissel, Boisseau.

Bousquet, Bosquet ou Bouquet.

Carpentier, Charpentier.

Castel, Château.

Ducauroy, Ducharoi.

Chargrasse, Chairgrasse.

Coulomb et Coulon (a. fr. pigeon)

Compeing (a. fr. compagnon).

Levieils, Levieux.

Lisfranc1, Le Franc.

Loisel, L'Oiseau.

Loys, Louis.

Montalembert, pour Mont de Lambert.

Dammartin, le seigneur Martin.

Dampierre, le sieur Pierre.

Decaisne, de Chêne [casnus, b. \vX.\.

Delaroque, de la Roche.

Desmarets, des Marais.

Dubos, du Bois.

Duhamel, du Hameau.

Duvergier. du Verger.

Dutil, du Tilleul.

1 L'article ancien li a ici Y s du nominatif, comme dans lis vermez, p. 91.

(a) [Baillere est la forme du sujet, d'où au rég. bailléor et en français moderne bailleur; de même pour compaing par rapport à campai gnon.]

DÉRIVATION DES SUBSTARTTFS. 275

De l'Espine, de l'Épine.

Fournel, Fourneau.

Jouvencel, Jouvenceau.

Laignel, L'Agneau.

Lefaucbeux, Lefaucheur.

Legier, Léger.

Lelus, Leloup.

On a pu remarquer qu'encore aujourd'hui ce sont des noms de terre, des noms de profession ou de localité qui forment la plus grande partie des noms propres français. Quant aux professions, observez que ce ne sont jamais les appellations modernes qui ont fourni des noms propres à la langue. Cordonnier est un nom propre rare ; mais Sabatier (de savetier) Ckaussier, Lesueur (de sutor) sont des plus communs. On trouve aussi Couturier , Lecouturier9 au lieu de Letailleur, et au lieu de Lemédecin, Lemire, Lemiere.

Il est intéressant de retrouver dans les noms propres certains vieux mots français perdus.

Agasse, Pie.

Bourgoing, Bourguignon,

Bray, Fange.

Desessarts, Essart, lieu défriché.

Goupil, Renard.

Jazerand, Jazeran, cotte de maille.

Jussieu, Juif.

Laborde, la cabane.

Lobrunie, la cuirasse.

Lequeux, le cuisinier [a).

Et l'application de certaines règles de l'ancienne grammaire française; celle qui supprime la particule de ou du :

Bois-Landry, le bois de Landry.

Bois-Milon, le bois de Milon.

[a] [Jussieu et La Cabane sont des formes provençales plutôt que françaises ; Labrunie ne peut être « la cuirasse, » brunie étant Ja notation normande du français broigne, et par conséquent accentué sur la première, ce qui n'est pas le cas du nom propre Labrunie.]

ïïù FORMATION DE LA LANGUE FRANÇAISE.

Bois-le-Comte, le bois da Comte.

Bois-Roger, le bois de Roger.

Champ-Robert, le champ de Robert. Château- Villard, le château de Villard.

La Ville-Gontier, la ferme de Gontier.

Celle qui rend certains adjectifs inflexibles :

Grandmaison»

Grandville.

Fierville.

Le même nom propre varie suivant le dialecte des localités; par exemple, Dupuys, Dupuy, dans le Nord, devient dans le Midi, Diipuig, Dupeuch, Delpech, et, en prenant Ye muet : Delpeche.

En généra], del au lieu de du indique le Midi, mais du n'indique pas nécessairement le Nord : Delrieu, Delmas, sont des noms du Midi ; Durieu, Dumas, sont aussi du Midi, parce que rieu et mas en sont :

De lo ou do lo au lieu de du ne saurait appartenir à la langue d'oïl : De LomesrÀl (au lieu de Duménil) est un nom limousin ; Dolomieu est un nom dauphinois i.

Des noms propres qui ont le même sens ont souvent une physionomie très-différente.

Ainsi, ces noms, qui, bien qu'appartenant à des familles fort distinctes, ont pour radical le même mot : Vern ou Vergn; Vernes, Y émet, Vergues, Laver gue, de Vernède, Vergniaud, Duverney, Duvernoy, sont les équivalents de Launay, Delauuay, Delaunoy (pour de VAiduaie), car veru est le nom de Yaulne dans le midi de la France.

1 Lo existe encore dans le patois moderne du Dauphiné :

Quand lo jour le réveille

Chanson contre les femmes, par Jean Millet.

Nouvelles recherches sur les patois ou idiomes vulgaires de la France, par J. J. Champollion-Figeac Paris, 1809, p. 159.

DERIVATION DES SUBSTANTIFS. 217

Metge(medicus) correspond, dans le Midi, à Lemire, dans le Nord (a).

Monge (monachus), à Lemoine.

Dubosc, à Dubois.

Le mot qui était écrit Duchesne, dans llsle de France, s'écrivit en Picardie, en Normandie et en Flandre, Duquesne ou Ducaisne.

Ainsi les noms propres ont conservé l'empreinte du dialecte qui les a vus naître.

Voilà pour la dérivation des substantifs. Quant à la dérivation des verbes, je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit, en parlant des trois conjugaisons néo-latines1.

Je vais passer à la dérivation des adverbes et des particules.

1 P. 155 et suiv.

(à) [Mire et metge, quoique ayant le même sens, l'un en français l'autre en provençal, sont cependant d'origine différente. Voy. Diez, Etym. Wôrt., II, 366.1

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