LA SUCCESSION DE JULIERS, CLÈVES ET BERG
légitimes, le plus sûr était de se mettre en possession d'abord, sauf à ester en justice plus tard; c'est ce que comprirent les conseillers brandebourg-eois et palatins, qui se hâtèrent de faire placarder, les uns au nord, les autres au sud des provinces litigieuses, les armoiries de leurs maîtres, puis signèrent à Dortmund, le 31 mai 1609, deux mois seulement après la mort du duc Jean-Guillaume, un accord provisoire, qui établissait un gouvernement commun au nom des deux 'princes possédants, l'électeur Jean-Sig-ismond et le comte palatin Wolfgang-Guillaume. Ainsi prévenue sur le terrain, la maison de Saxe porta ses réclamations devant l'empereur; Rodolphe II lui donna en etfet l'investiture à Prague et envoya l'archiduc Léopold, évêque de Strasbourg et de Passau, à la tête d'une armée, mettre sous séquestre les pays disputés. Mais les troupes impériales furent à peine entrées à Juliers, que Winion protestante intervint à son tour, en invoquant ses alliés, la France et les Sept Provinces Unies; et malgré l'assassinat de Henri IV, une armée française, obéissant à ses dernières instructions, reprit au nom des princes possédants le territoire envahi (septembre 1610), L'affaire paraissait dès lors pouvoir facilement s'arranger par un partage entre les deux cousins ; une alliance de famille, le mariage du prince palatin avec une fille de l'électeur, devait cimenter l'accord. Tout était à peu près conclu, lorsque à un banquet à Dusseldorf, après boire, Jean- Sigismond donna un soufflet à son futur gendre (1613) : cet incident grotesque retarda d'un demi-siècle la solution du litige et entraîna à sa suite les conséquences les plus fâcheuses. Tout d'abord les deux princes changèrent de religion, pour mieux s'assurer des protecteurs : Wolfgang- Guillaume se fît catholique par complaisance pour l'Espagne; J^an-Sigismond devint calviniste en vue de l'alliance hollandaise, et communia pour la première fois selon le rituel de Genève, à Berlin, le jour de Noël 1613, au grand scandale de ses sujets brandebourgeois et prussiens. Spinola et Maurice de Nassau ne se firent pas prier en effet pour amener T. n. 3
leurs troupes respectives dans des pays riches et fertiles; mais une fois établis dans les forteresses, ils se contentèrent de s'observer mutuellement, en vivant aux frais de leurs protégés. Ramenés par une dure expérience à une appréciation plus saine de leurs intérêts, l'électeur et le comte palatin reprirent les négociations, et dès l'année 1614 ils signèrent, sous la médiation anglo-française, un partage provisionnel à Xanten, en vertu duquel Juliers et Berg devaient revenir aux Neubourg, Clèves, la Mark, Ravensberg et Ravenstein aux Ilohenzollern. Malheureusement il était trop tard; leurs alliés refusèrent de vider le pays; le partage ne put être exécuté, et les deux compétiteurs restèrent en présence, comme copossesseurs en droit de l'héritage entier, qui, en réalité, était en majeure partie entre des mains étrangères. La querelle, plusieurs fois reprise, se compliqua davantage encore par suite de la guerre de Trente Ans et de la réouverture des hostilités entre l'Espagne et la Hollande; elle ne fut défmitivement réglée qu'en 1666 par le grand-électeur. C'est à cette date que nous examinerons l'accroissement de puissance territoriale que la succession de Clèves valut aux Ilohenzollern.
A-uparavant il nous faut insister sur le déplorable état auquel la guerre de Trente Ans réduisit les Etats de la maison de Brandebourg, qui tous eurent, tour à tour ou simultanément, à supporter les horreurs d'une dévastation sans pitié, malgré les efforts de l'électeur George- Guillaume (1619-16i0) et de son tout-puissant ministre, le comte Adam de Schwarzenberg, pour maintenir entre les belligérants une neutralité impossible. Nous venons de parler de la présence continue des troupes espagnoles et hollandaises dans les nouvelles provinces rhénanes, que ravageait en outre le passage périodique des armées catholiques et protestantes qui se disputaient l'Allemagne. A l'autre extrémité de la monarchie, la Prusse ducale fut pendant quatre années, de 1626 à 1629, le théâtre principal