LA SUCCESSION DE JULIERS, CLÈVES ET BERG
sommes d'argent et au prix des plus dures conditions consenties vis-à-vis de la république polonaise et des états prussiens, en 1611 rinvestiture éventuelle du duché par la puissance suzeraine, et en 1612 le serment de fidélité des états; par contre, il succéda sans aucune difficulté à son beaupère, quand la mort vint enfin frapper Albert-Frédéric en 1618. L'acquisition du duché de Prusse par Jean-Sigismond doubla environ ses États ; elle a posé les premiers fondements, bien faibles encore, de la monarchie prussienne moderne, dont l'édifice entier repose sur l'union à la marche de Brandebourg des possessions sécularisées de l'ordre Teutonique.
Déjà quelques années auparavant le même électeur Jean- Sigismond, qui le premier des Hohenzollern a régné à la fois dans les bassins de l'Elbe, de l'Oder, de la Vistule, du Prégel et du Niémen, avait, par suite d'un autre héritage, pris pied dans les contrées du Weser et du Rhin; la part qui lui revint dans la succession de Juliers, Clèves et Berg- lui attribua, en effet, dans l'Allemagne occidentale, un certain nombre de cantons riches, peuplés, industrieux, autour desquels se sont agrégés depuis de vastes territoires.
Parmi les dynasties princières de l'Allemagne du xvi° siècle, il y en avait peu qui, pour l'étendue et la richesse de leurs Etats, pussent rivaliser avec la maison de la Mark, qui avait successivement absorbé les domaines d'une foule de familles féodales, grandement établies depuis le xf et le xn" siècle dans la basse Allemagne et dans la Lorraine inférieure. Jean III le Pacifique, qui de son chef était duc de Clèves, comte de la Mark et seigneur de Ravenstein, avait épousé en lolO Marie de Juliers, l'unique héritière des duchés de Juliers et de Berg et du comté de Ravensberg; leur fils unique Guillaume le Riche n'avait pas réussi à se maintenir en possession de la Gueldre et du pays de Zutphen, qui lui revenaient de droit, contre Charles-Quint, son trop puissant voisin néerlandais; il n'en avait pas moins laissé en héritage
à son fils Jean-Guillaume trois duchés, deux comtés et une seigneurie d'empire. Or, le 2o mars 1609, ce fils, qu'on appelait le Bon ou le Simple parce que, comme son père, il était sujet à des accès de folie, vint à décéder sans laisser de postérité, et aussitôt autour de celte splendide succession s'agitèrent des prétendants sans nombre.
Les uns n'en réclamaient qu'une partie, les autres revendiquaient le tout; d'un côté on invoquait la commune origine ou la parenté par les femmes, de l'autre des inféodations et des expectatives; et chacun de s'empresser pour produire ses titres et pour chercher des alliés qui l'aidassent à les faire valoir. Parmi tous ces compétiteurs, le moins fondé en droit n'était pas l'électeur de Brandebourg Jean-Sigismond, dont la femme Anne était la seule fille survivante issue du mariage du duc de Prusse Albert-Frédéric avec Marie-Éléonore de Glèves, la sœur aînée du feu duc, la seule aussi qui n'eût pas renoncé à ses droits de succession. Mais on lui opposait, d'une part, au nom de la ligne palatine de Neubourg, de l'autre au nom de la maison de Saxe dans ses deux branches, électorale et ducale, des titres qui eux aussi avaient une grande valeur juridique. Tandis que Marie- Eléonore était morte l'année précédente, sa sœur cadette Anne de Clèves, mariée au duc de Neubourg Philippe-Louis, était vivante, capable par conséquent de saisir par elle-même l'héritage fraternel, pour peu qu'on fît abstraction de son acte de renonciation plus ou moins forcé; de plus, son fils, le prince palatin Wolfgang- Guillaume, était le propre neveu du feu duc, alors que l'électeur n'en était que le neveu par alliance. Quant aux ducs de Saxe, ils s'appuyaient sur le principe que les femmes ne pouvaient ni avoir, ni transmettre aucun droit sur des fiefs d'empire, soumis à la loi salique, et forts d'une inféodation éventuelle, qui datait de l'an 4483 et avait été solennellement renouvelée en 1544, ils réclamaient la succession entière, au nom du droit féodal et des constitutions de l'empire.
Au milieu de tant de prétentions, toutes plus ou moins