LE BRANDEBOURG PENDANT LA GUERRE DE TRENTE ANS
de la guerre entre les Suédois et les Polonais; même en l'abandonnant pour porter la guerre en Allemagne, Gustave- Adolphe maintint des garnisons suédoises dans Pillau et Mémel, les deux principaux ports de son beau-frère l'électeur, qui ne put s'en débarrasser qu'en IGSo; et de son côté le roi de Pologne fit durement sentir à son malheureux vassal le poids de sa suzeraineté. Mais ce furent les Marches surtout qui souffrirent horriblement : pillées d'abord par le comte de Mansfeld, l'administrateur de Mag-debourg-, et les autres g-énéraux du roi de Danemark, dévastées ensuite par les troupes de Tilly et de Wallenstein, e.lles respirèrent quelque peu lorsque Gustave-Adolphe chassa les Impériaux de l'Allemagne du Nord ; mais les Suédois, qui avaient fait de Spandau une de leurs principales places d'armes, se montrèrent à leur tour des ennemis impitoyables quand l'électeur eut, en 1633, signé à Prague sa paix avec l'Empereur, et comme les régiments impériaux et électoraux ne se conduisaient guère mieux que les leurs, le pays finit, la peste aidant, par ressembler à un désert; la capitale, Berlin, ne comptait plus en 1G40 que 6 000 habitants.
Au point de vue territorial aussi, le règne de George-Guillaume ne fut marqué que par des échecs. Ses États électoraux ne furent pas diminués, il est vrai, mais les Suédois ne lui permirent pas d'y ajouter la Poméranie, qui en 1637 lui revenait de droit par l'extinction de sa vieille dynastie slave, et d'autre part deux de ses oncles furent chassés, par suite des péripéties de la première moitié de la guerre de Trente Ans, de pays que le droit de succession ou une jouissance plus que séculaire paraissaient avoir acquis pour toujours à la maison de Hohenzollern. Il a été question plus haut de l'apanage constitué en 1603 au profit du margrave Jean-George, le second fils de l'électeur Joachim-Frédéric, au moyen du duché de Jaegerndorf et des seigneuries d'Oderberg et de Beuthen, recueillis dans Ihéritage des margraves d'Anspach; or la naissance princière de ce cadet de Brandebourg n'avait pas tardé à faire de lui le chef des proies-
tants silésiens, tout comme précédemment elle lui avait valu d'être pendant une douzaine d'années (1592 à 1604), de par le choix des chanoines luthériens de Strasbourg-, administrateur de ce riche évèché; il prit en cette qualité une part active à l'élévation au trône de Bohême de l'électeur palatin Frédéric Y, fut par suite entraîné dans sa chute, proscrit et dépouillé (1621); et, malgré les bons rapports qui existaient à ce moment entre l'électeur George-Guillaume et l'empereur Ferdinand II, les fiefs confisqués sur lui ne furent, ni avant, ni après sa mort arrivée en 1624, restitués à la maison de Brandebourg. Une perte beaucoup plus sensible encore fut celle de l'archevêché de Magdebourg, qui depuis l'année 1513 était pour ainsi dire inféodé à la dynastie brandebourgeoisc, grâce à une suite non interrompue d'archevêques et d'administrateurs pris dans son sein ; là ce fut le contre-coup des victoires de Tilly et de Wallenstein dans la basse Allemagne qui coûta sa situation de prince d'empire à l'administrateur Christian-Guillaume, autre oncle de l'électeur; pour avoir suivi la fortune du roi de Danemark Christian IV, il fut déposé en 1628 après une possession de trente ans, et l'archevêché, que les Hohenzollern détenaient depuis cent quinze ans, fut adjugé à la dynastie électorale voisine et rivale, dans la personne du prince Auguste de Saxe.
Cette double humiliation infligée à sa maison par Ferdinand II victorieux ne fut pas capable de pousser George- Guillaume franchement dans le camp adverse; il maintint jusqu'au bout sa politique de ménagements et de tergiversations, et prépara ainsi lui-même l'état d'avilissement profond dans lequel, nous l'avons vu, s'ouvrit sa succession. Par bonheur pour la maison de Hohenzollern, il la laissait à un fils dont les talents supérieurs surent non seulement sauver le Brandebourg d'une ruine complète, mais encore lui assurer la première place parmi les États de l'empire, et le faire compter pour la première fois au nombre des puissances européennes.