‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 102 sur 168 · FRANCPORT-SUR-LE-MEIN · texte numérisé non relu

FRANCPORT-SUR-LE-MEIN

bourg et Brème, les deux résidences successives des métropolitains de la Germanie septentrionale, se rattachent au groupe des villes libres d'origine épiscopale.

Avant d'examiner le passé des trois villes libres encore existantes, consacrons quelques mots à celui de Francfortsur-le-Mein, qui jusqu'en 1866 jouissait de lamême autonomie. Francfort, c'est-à-dire le gué des Francs, est une vieille villa carlovingienne, que sa position extrêmement favorable au croisement des grandes routes naturelles de l'iVllemagne occidentale ne tarda pas à changer en une ville florissante; princes et marchands en firent un lieu de réunion habituel; ses grandes foires, encore célèbres quoique bien déchues de leur ancienne splendeur, remontent en plein moyen âge, et après avoir été, dès 1152, l'endroit où fut élu Frédéric I" Barberousse, elle devint officiellement la ville de l'élection impériale par les prescriptions de la Bulle d'or (1336). Successivement dotée de nombreux privilèges par les rois de Germanie, appelée ville impériale depuis le xui" siècle, elle reflète fidèlement dans son histoire particulière les destinées communes des grandes républiques municipales de la vallée du Rhin, au premier rang desquelles elle figurait avec Cologne et Strasbourg; à défaut d'évêque, elle eut à combattre la noblesse d'alentour; elle fut souvent bouleversée par les querelles des patriciens et des corps de métier; elle devint protestante au xvi" siècle, et elle ne fit que décliner depuis lors. Sauvegardée de la médiatisation en 1803, elle fut moins heureuse en 1806 : l'acte de la Confédération du Rhin du 12 juillet 1806 la donna au prince-primat, Cbarles- Théodore baron de Dalberg, qui y prit sa résidence, et qui changea, le 16 février 1810, son titre ecclésiastique contre celui de grand-duc de Francfort, avec Eugène Beauharnais comme prince héréditaire. Rétablie comme ville libre par les traités de 1815, Francfort devint même la capitale politique officielle de l'Allemagne; la diète germanique y siégea de 1816 à 1866, et c'est dans ses murs aussi que se réunit la

première assemblée nationale allemande en 1848. Mais la petite république qui, au recensement de 1864, comptait, sur 100 kilomètres carrés, 91 000 habitants, fut entraînée dans la chute de la Confédération germanique ; elle avait vivement pris parti contre la Prusse; elle en fut punie par son annexion à la monarchie prussienne (1866).

Les trois villes qui, jusqu'à ces derniers temps, partageaient avec elle le titre de républiques au milieu des Etats monarchiques de l'Allemagne, et qui l'ont conservé après sa disparition comme État autonome, ont joué un rôle beaucoup plus elTacé qu'elle dans l'histoire tant générale que municipale de l'ancien rovaume de Germanie. Même Lubeck ne saurait lui être comparée au point de vue de la participation constante aux affaires de l'empire, bien qu'elle fût, comme ville impériale, d'une antiquité plus haute; la ville du golfe wagrien, recolonisée en 1143 par les comtes de Holstein à la place d'une bourgade slave, puis cédée par eux à leur suzerain, le duc de Saxe Henri le Lion (1158), fut, en effet, après la chute de ce puissant protecteur (1180), mise directement sous l'empire par Frédéric P', qui conlirma et étendit ses libertés, et c'est pour elle que Frédéric II a, pour la première fois, dans un diplôme de mai 1226, employé le terme de ville d'empire [civitas imperii); mais, éloignée du centre du royaume, absorbée par ses intérêts dans le Nord, elle s'est en général tenue à l'écart des querelles de tout genre qui à la fin du moyen âge préoccupaient si vivement ses sœurs rhénanes et souabes. Quant à Hambourg et à Brème, les deux fondations ecclésiastiques de l'époque carlovingienne, elles ne sont arrivées que fort tard à la position incontestée de villes libres d'empire; leur commun archevêque d'abord, plus tard les princes laïques voisins, leur en ont longtemps disputé le nom et les privilèges. A Hambourg, les rois de Danemark, en leur qualité de comtes de Holstein, ne renoncèrent à peu près complètement à leurs vieilles prétentions que par l'accord de 1736, et la ville ne reprit sa voix en diète

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qu'en 1769, quoique dès 1G18 la chambre impériale lui eût donné gain de cause à cet égard. Brème parut en diète dès 1640, mais le Hanovre qui, en enlevant à la couronne de Suède le duché de Brème, avait du même coup hérité des droits des anciens archevêques, beaucoup plus considérables dans leur résidence habituelle qu'ils ne l'étaient à Hambourg, ne consentit qu'en 1731 à ne plus attaquer l'immédiateté de la ville; ce ne fut même que le recez de 1803 qui stipula l'abrogation complète de ces droits, et par suite l'autonomie absolue de la république urbaine. Aussi n'est-ce pas tant comme villes libres d'empire qu'en leur qualité de membres prépondérants et de seuls représentants modernes de la célèbre Hanse teutonique, que les trois villes hanséatiques, comme on continue à les appeler communément, provoquent l'intérêt de l'historien. Elles ont eu leur part glorieuse de la domination mercantile et militaire des marchands allemands dans les mers du Nord pendant les derniers siècles du moyen âge; elles n'ont jamais cessé d'être de grandes cités commerçantes, et leurs vaisseaux sillonnent aujourd'hui toutes les mers du globe.

L'association ou hanse teutonique a eu dès ses débuts, et a toujours conservé, un caractère essentiellement mercantile; son but principal a été de tout temps de faciliter le grand commerce extérieur allemand, par l'union, en face de l'étranger, des villes de la basse Allemagne. Elle a, pendant des siècles, négocié et combattu, armé des flottes et levé des armées, créé et déposé des rois, mais elle n'a jamais été une véritable institution politique. Composée indistinctement de villes libres, de villes impériales et de villes seigneuriales plus ou moins privilégiées, elle n'a jamais eu de lois fixes, ni pour le nombre de ses membres, ni pour leurs rapports entre eux sur la terre allemande; née à l'étranger, c'est à l'étranger qu'elle a joué son grand rôle historique, et, à l'époque même où elle tenait le Nord entier sous sa tutelle, elle n'est jamais intervenue, en tant que ligue hanséatique, dans les alTaires intérieures de l'empire. Son nom déjà

indique suffisamment la nature avant tout commerciale de l'association; on le rencontre en effet aux Pays-Bas, en Ang-leterre, en France, pour désigner des corporations de marchands; mais aucune des hanses de ces pays n'a eu, il s'en faut de beaucoup, une importance comparable à celle qu'acquit promptement la grande hanse teutonique, fondée dans le cours du xni^ siècle par l'ensemble des négociants allemands qui trafiquaient dans les mers du Nord.

On trouve presque au même moment des traces de hanses allemandes à Novog-orod en Russie, à Wisbv en Goltland et dans la capitale de l'Angleterre : c'est cette dernière cependant qui a été le vrai point de départ de l'association définitive. L'honneur d'avoir établi à Londres une première hanse de nationalité germanique appartient à la ville rhénane de Cologne, qui, à cette époque, trafiquait encore directement avec la Tamise; le GildhaU des Colonais est mentionné avant le milieu du xni° siècle dans la haute-rue de la Tamise, près du pont de Londres. Bientôt d'autres marchands appartenant aux villes de la basse Saxe, comme Brème, Hambourg, lîrunswick, s'associèrent aux Colonais; on dit alors le GildhaU des Allemands. Enfin, quand les Lnbeckois et les négociants des autres villes de la Baltique eurent, à la fin du xm^ siècle, forcé l'entrée de la communauté, la hanse commune, la hanse teutonique par excellence, se trouva constituée pour l'Angleterre.

Parallèlement à cette organisation du commun marchand cdlemand sur les bords de la Tamise, qui, il est bon de le répéter, avait ses analogues dans l'île de Gottland, centre du commerce de la Baltique, et sur les rives de la Wolchow, à Novogorod, les cités originaires des associés se rapprochaient en Allemagne par des traités, destinés à protéger leurs ressortissants contre le brigandage noble du temps, par une espèce d'assurance mutuelle; le premier acte d'union conclu dans ce but, entre Hambourg et Lubeck, est peut-être déjà de 1210; en tout cas, les deux villes signèrent des alliances de ce genre en 1241 et en 12oo, et les désordres du

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grand interrègne multiplièrent de tout côté des ligues semblables entre les villes de la basse Allemagne, tout comme ils donnèrent naissance à l'association beaucoup plus épliémère des villes rhénanes. Gomme c'étaient les mêmes villes qui s'alliaient sur le continent et commerçaient en commun au loin, on leur donna tout naturellement le nom de villes hanséatiques, et les diètes où elles débattaient leurs intérêts généraux s'appelèrent des diètes de la hanse {Hansetagé). Ce ne fut cependant qu'entre les années 13G2 et 1368, à propos de leur grande guerre contre le roi de Danemark AValdemar IV, que les villes de l'Allemagne septentrionale organisèrent mieux leur confédération, qui prit dès lors officiellement le nom de Ligue lianséatique ou de commune Hanse leutonique; tous les privilèges obtenus soit par les villes isolées, soit par des alliances particulières de villes, en Angleterre, aux Pays-Bas, en France, en Scandinavie et en Russie, furent revendiqués pour la communauté; il n'aurait même tenu qu'à elle d'avoir pour chef l'empereur Charles IV lui-même; mais les bourgeois déclinèrent prudemment cet honneur et continuèrent à faire eux-mêmes leurs affaires, dans leurs diètes hanséatiques, réunies habituellement dans la grande salle de l'hôtel de ville de Lubeck. Lubeck, en effet, la grande fondation germanique en pays wende, dont le droit était devenu le droit commun de tout le pourtour méridional de la Baltique, où avait été transportée, dès la fin du xm*^ siècle, la cour d'appel [Oberhof), autrefois établie à Wisby pour les affaires de Novogorod, était sinon la capitale, du moins le chef-ville de la Hanse; jusqu'aujourd'hui ses vieilles maisons, sa place du marché surtout, avec les édifices gothiques de l'église Sainte-Marie et de l'hôtel de ville, rappellent vivement sa splendeur d'alors, qu'on a comparée non sans raison à celle de Venise.

A l'époque de son apogée, c'est-à-dire aux environs de l'an 1400, la Hanse teutonique comprenait à peu près toutes les villes importantes de la basse Allemagne, tant le long de la mer du Nord et de la mer Baltique que dans l'intérieur des-

terres, et ses quatre quartiers ou arrondissements comptaient ensemble bien près de cent cités, grandes et petites. Parmi les villes westrelines ou occidentales, nous signalerons Cologne. Duisbourg, Wesel, Eramericii, Nimègue, Roermonde, Dordrecht, Arnlieim, Amsterdam, Zutplien, Deventer, Zwolle, Kampen, Groeningue, Dortmund, Hamm, Soest, Paderborn, Munster, Osnabruck, Herford; parmi les villes saxonnes, Brunswick, Magdebourg, Ilalberstadt , Halle, Muhlhausen, Nordhausen, Goettingue, Eimbeck, Goslar, Ilildesheim , Hanovre, Hameln, Minden, Brème, Stade; les principales villes loendes étaient Lubeck, Hambourg, Lunebourg, Wismar, Rostock, Stralsund, Greifswald, Anclam, Stettin, Colberg, Wisby; enfin dans le quartier des villes ostrelines ou orientales, il faut mentionner surtout Danzick, Berlin, Francfort-sur-l'Oder, Brcslau, Thorn, Culm, Elbing, Braunsberg, Kœnigsberg, Riga, Dorpat, Réwel; en d'autres mots, la ligue lianséatique réunissait dans son soin toutes les cités commerçantes, tant maritimes que continentales, depuis le Zuiderzée jusqu'au golfe de Finlande, et depuis la basse Meuse jusqu'à la haute Oder.

Quant à son rayon commercial, il couvrait par terre toute l'Allemagne septentrionale, les Pays-Bas, la Pologne, la Lithuanie et la Russie; par mer, la Baltique, la mer du jXord, et même l'océan Atlantique jusqu'à Lisbonne. Bruges, Londres, Bergen et Novogorod étaient ses quatre comptoirs principaux : dans la première de ces villes se faisaient les échanges avec les négociants de l'Europe occidentale et méridionale, car les Hanséates n'allaient pas à Venise comme les marchands des cités danubiennes; à Londres, le Stahlliof ou Stilli/ard hanséate était la halle centrale de tout le commerce des lies Britanniques; Bergen, où les hommes du sud établis au Pont avaient réduit les indigènes à une servitude presque complète, était la grande bastille commerciale de la Scandinavie; enfin Novogorod, avec sa cour Saint-Pierre, où régnait une discipline toute monacale, formait le grand entrepôt du trafic russe. Les Hanséates, qui n'avaient que

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