CHAPITRE I
Après avoir successivement exposé l'histoire territoriale des trois grands Etats ou groupes d'États de l'Europe centrale, Autriche, Prusse et Petite-Allemagne, nous passons à celle des Etats secondaires, Suisse, Pays-Bas, Belgique et Luxembourg-, que nous avons cru devoir placer, à côté d'eux, dans la région centrale de notre continent. Physiquement il est vrai, et même ethnographiquement, ils sont plus ou moins douteux entre l'Europe centrale et l'Europe occidentale; mais leur développement historique les rattache plutôt à l'Europe du centre. Les contrées voisines des sources et des embouchures du Rhin, dont ils se composent, ont, en effet, en majeure partie, sinon en totalité, appartenu pendant de longs siècles à l'empire d'Allemagne; officiellement la République helvétique et celle des Sept Provinces-Unies ont été des membres du saint-empire jusqu'à la paix de Westphalie ; les Pays-Bas habsbourgeois n'en ont même été définitivement détachés que par la Révolution française. Dès la fin du moyen âge cependant, les liens qui reliaient au corps germanique tant les cantons helvétiques que les provinces néerlandaises étaient singulièrement relâchés; dans les vallées alpestres comme
sur les bords de la mer du Xord étaient nées et avaient grandi des formes politiques particulières, qui depuis ont de plus en plus accentué leur caractère individuel; et ainsi se sont constituées, entre l'Allemagne et la France, avec des éléments empruntés aux deux races tudesque et néo-latine, les petits États, à nationalité en partie du moins fort vivace, dont il nous reste à parler.
La Confédération helvétique, qui a été la première à s'élever au rang- d'État autonome, et dont la liberté n'a, depuis le XIV* siècle, subi aucune éclipse, grâce à la fois à la vaillance de ses habitants, à la défense naturelle de ses montagnes et à la jalousie mutuelle de ses puissants voisins, couvre aujourd'hui, depuis le lac de Genève jusqu'au lac de Constance et depuis le Doubs jusqu'au lac Majeur et au haut Inn, la partie occidentale des Alpes centrales et du plateau qui s'y adosse au nord. Fondée dans les hautes vallées de la Suisse alpestre par des populations de pâtres et de paysans, elle s'est prog-ressivement étendue sur les contrées plus riches, plus peuplées, plus industrieuses de la Suisse antérieure, comparativement plane, qui s'étend entre les Alpes et le Jura, et elle a dès lors interposé son territoire neutre entre les grandes puissances européennes des siècles passés, la France et l'Autriche, auxquelles se sont ajoutés récemment le nouveau royaume d'Italie et le nouvel empire allemand : de là l'intérêt politique qui s'est de tout temps concentré sur ce petit pays, depuis qu'il y a une politique européenne. D'autre part, comme la République helvétique comprend dans ses étroites limites des cantons de quatre nationalités différentes, c'est un problème des plus intéressants à étudier que celui des causes de cet assemblage bizarre de populations allemandes, françaises, italiennes et romanes en une seule et mémo union fédérative : création purement historique, la Suisse a droit à une attention toute particulière de la part de l'historien.
Nous résumerons en peu de mots l'histoire ancienne du territoire suisse. Les premières populations qui y aient laissé trace sont les habitants des constructions sur pilotis, dont on