HISTOIRE ANCIENNE DU TERRITOIRE SUISSE
par les Bourgondes et par les Allemans; celles qui restèrent aux Bourgondes, un des peuples germaniques qui se romanisèrent le plus promptement, ont donné la Suisse romande ou française; les Allemans ont germanisé la majeure partie de Tancienne Helvétie et de l'ancienne Rliélie, en étendant leurs établissements, aux dépens des Bourg'ondes, dans la majeure partie du bassin de TAar et jusque dans la baute vallée du Rliône.
La défaite des Allemans par Clovis, la destruction du royaume bourgonde par ses fds et la cbute du royaume ostrogolbique sous les coups des généraux de Justinien le Grand permirent aux rois mérovingiens d'incorporer la Suisse entière au royaume franc. Elle en fit partie jusqu'à la dissolution de l'empire carlovingien. Ce qu'il y a de plusimportant à noter dans cette nouvelle période historique, c'est la seconde conversion au christianisme du pays entier, laquelle s'opéra sous le patronage des rois francs. Les six évèchés romains que nous avons énumérés plus haut furent tous rétablis, quoique en partie dans des sièg'es nouveaux, substitués à des cités détruites ou diminuées : Sion prit la place de Martigny; Lausanne, Bàle et Constance remplacèrent Avenclies, Augst et Windisch. En même temps de nombreux monastères étaient fondés jusque dans les vallées les plus reculées des Alpes et du Jura, et richement dotés par les rois et les seigneurs. Parmi eux, celui de Saint-Maurice en Valais était déjà célèbre au vi" siècle ; au vu' s'élevèrent celui de Sœckingen sur le Rhin, celui de Saint-Gall au milieu des forêts vierges au sud du lac de Constance, celui de Dissentis dans la vallée du Rhin antérieur, et dans le Jura celui de Moutier-Grand-Val sur les bords de la Birse supérieure; au vni" et au ix'= vinrent s'y ajouter les couvents de Reichenau dans une île du lac de Constance, de Pfœffers à l'entrée de la gorge sauvage de la Tamina, du Fraumunsler ou Moutier-Notre-Dame à Zurich, et d'Einsiedeln ou Notre- Dame-dcs-Ermites dans la vallée de la Sihl, entre les lacs de Zurich et de Lucerne. Toutes ces fondations religieuses
furent autant de centres de civilisation et devinrent avec le temps des chefs-lieux de petites principautés : sous l'un comme sous l'autre rapport, la première place est tenue par Saint-Gall, qui a été, pendant les siècles les plus obscurs du moyen âge, la métropole intellectuelle de tout le pays allemannique, et dont les princes-abbés sont restés jusqu'à la Révolution française les plus grands seigneurs terriens ecclésiastiques de la Suisse,
Lorsque en 888, à la mort de Charles le Gros, l'empire fondé par Charlemagne s'écroula définitivement, les pays alpestres helvétiques et rhétiens qui depuis ont formé la Suisse, furent de nouveau attribués à des maîtres différents : une ligne de démarcation, laquelle a varié dans le détail, mais sans s'écarter sensiblement du méridien qui du Saint- Gothard va au Rbin, en passant par le lac de Lucerne et par l'Albis, les partagea en deux moitiés à peu près égales. La partie orientale, qui comprenait les pays rhétiens et le vaste Thurigau, resta incorporée au royaume de Germanie, et plus particulièrement au duché d'AUemannie ou de Souabe; la partie occidentale, la Petite-Bourgogne, comme on ne tarda pas à l'appeler, forma le fond principal du nouveau royaume de Bourgogne transjurane, dont les souverains, de souche guelfe, dit-on, résidaient de préférence à Strsettlingen sur le lac de Thun et à Payerne sur la Broyé. Cinquante ans plus tard, en 933, lorsque le fils de Rodolphe Welf eut acquis la Bourgogne cisjurane aussi, la Suisse occidentale fit partie du royaume des Deux-Bourgognes ou d'Arles; puis au bout de cent autres années, à l'extinction de la dynastie indigène (1032), elle passa, avec la couronne de ce royaume, au roi de Germanie Conrad II et se trouva de la sorte replacée sous le même sceptre que la Suisse orientale.
A ce moment le morcellement féodal avait commencé depuis longtemps tant dans la Suisse allemannique que dans la Suisse bourguignonne; il fit de nouveaux progrès pendant les deux siècles suivants, et triompha complètement, en 1218, après l'extinction de la puissante maison de Zadiringen,