LES PRECURSEURS DE FREDERIC II
Le chapitre précédent a retracé les modestes commencements de la monarchie prussienne, en poursuivant à travers la seconde moitié du moyen âge et la première période des temps modernes les progrès territoriaux de la maison de HohenzoUern. On a vu comment, tandis qu'une ligne aînée se continuait obscurément au fond de la Souabe, berceau de la famille, la ligne cadette s'établissait successivement en Franconie, dans la Marche et en Prusse, acquérait la dignité électorale, et réunissait entre ses mains de nombreux territoires, disséminés depuis le Rhin jusqu'au Niémen. A l'exception des principautés d'Anspach et de Raireuth constituées en apanage pour un rameau secondaire, toutes les possessions des HohenzoUern franconiens, l'éleclorat de Rrandebourg avec ses dépendances et annexes, le duché de Prusse et la part brandebourgeoise de la succession de Juliers, Glèves et Rerg, formaient, grâce aux sages dispositions de la loi domestique de l'électeur Albert l'Achille, le domaine indivisible de la branche principale de la famille. Mais ces territoires de provenance si diverse, qui étaient séparés les uns des autres par de grandes distances, compris pour moitié dans l'empire et pour moitié dans la république polonaise, en partie du moins complètement auto-
nomes quant à leur administration intérieure, n'étaient encore au milieu du xvn*^ siècle unis entre eux que par le seul lien dynastique : ce fut l'œuvre d'une nouvelle période historique, à l'examen de laquelle nous passons maintenant, de constituer avec ces éléments dissemblables un véritable État, dans le sens moderne du mot. Les trois princes qui la remplissent et dont les règnes couvrent exactement l'espace d'un siècle (1640-1740), sont tous les trois, quoique à des titres différents, les précurseurs de Frédéric II; leurs diverses aptitudes ont également concouru à préparer la voie au fondateur définitif de la monarchie prussienne. Ils ont, en même temps qu'ils acquéraient de nouvelles provinces dans l'empire, assuré à leur dynastie la souveraineté d'abord, le titre royal ensuite dans les possessions sécularisées de l'ordre Teulonique; ils ont solidement établi leur autorité absolue sur leurs sujets et développé, presque outre mesure, l'armée et les finances, ces deux grands éléments de la puissance politique. Déjà aussi ils aspirent à un rôle moins secondaire dans les affaires de l'empire et de l'Europe; ils sont mêlés activement à toutes les guerres et à toutes les négociations européennes; vis-à-vis de rois de Suède diminués, d'électeurs de Saxe devenus catholiques, ils commencent à se poser en protecteurs du protestantisme allemand, entre les deux communions duquel les placent leur propre confession calviniste et la confession luthérienne de leurs sujets. Par un point seulement ils se distinguent essentiellement de leur grand successeur : tous les trois ils professent la subordination à l'empereur et la dévotion à la maison de Habsbourg; Frédéric II le premier osera rompre avec cetle tradition de famille et hardiment faire de la jeune Prusse la rivale redoutée de la vieille monarchie autrichienne.
L'électeur George-Guillaume, de triste mémoire, mourut le !*"■ décembre 1640. Son fils et successeur Frédéric-Guillaume P', plus connu dans l'histoire sous le nom bien mérité de grand-électeur, n'avait que vingt ans à ce moment; mais