ACCROISSEMENT DES HUIT ANCIENS CANTONS
et Bulacli, au sud-ouest sur le hailliage-libre de Knonau ; mais, tandis que la ville de la Reuss était dès 1415 arrêtée brusquement dans son développement territorial par la nécessité de respecter les limites de ses alliés, celle de la Limmat put continuer pendant tout le xv'' siècle sa marche envahissante et amplement compenser la cession à Schwitz des métairies du lac de Zurich, en gagnant la Thur par Andelfingen, le Rhin par Eglisau, en dépouillant l'Autriche du vaste comté de Kybourg- et en mettant sous sa souveraineté, avec la qualification de villes libres, les deux villes de AVinterthur, que lui céda l'archiduc Sig-ismond, et de Stein sur le Rhin, qui se donna volontairement à elle. A partir du xvi*^ siècle, Zurich à son tour ne fit plus guère de nouveaux progrès; nous passons sous silence quelques arrondissements d'importance médiocre, et ne citons que l'achat fait en 1613 de la lointaine seig-neurerie de Sax (avec Salez), séparée du corps du canton par le Toggenburg- et par l'Appenzell, et perdue fort loin à l'est au milieu des bailliages communs du Rheinthal.
L'histoire territoriale de Berne, le plus grand et le plus populeux des cantons suisses, remonte plus haut, descend plus bas que celle de Zurich et de Lucorne. Messieurs de Berne ont commencé de fort bonne heure à faire des achats et des conquêtes ; ils les ont continués avec ardeur jusqu'à la fin du xvi'' siècle. Ce sont eux qui ont fait les guerres helvétiques les plus fructueuses, tant contre la maison de Habsbourg- que contre la maison de Savoie; eux aussi qui ont dépossédé le plus de dynasties féodales : pendant trois cents ans, ils ont incessamment arboré dans de nouveaux comtés, dans de nouvelles seigneuries, dans de nouvelles vallées, leur ours, armoiries parlantes du canton. La situation exceptionnelle de la ville de l'Aar, qui était assez écartée des autres cantons pour ne pas être gênée dans ses vues ambitieuses par la proximité de leurs frontières, assez rapprochée cependant pour trouver chez eux de prompts secours en cas de danger, a été pour beaucoup dans cette fortune plus
grande; la vaillance des Bernois, leur politique peu scrupuleuse, leur esprit pratique et économe ont fait le reste.
Gomme toutes les villes libres, celle de Berne dut commencer par s'assurer de sa banlieue, de ses bailliages intérieurs, comme on dit plus tard; mais dès la première moitié du xiv*^ siècle elle étendit le rayon de ses acquisitions, fonda solidement sa puissance du côté de la jonction de l'Aar et de la Sarine par la prise de possession de Laupen et d'Aarberg-, et préluda à ses acquisitions alpestres en recevant la soumission conditionnelle de la vallée de Hasli ou pays de Meiringen, aux sources de l'Aar. La fin du xiv'' et les premières années duxv" siècle virent des progrès beaucoup plus rapides et plus considérables; Thun et Unterséen lui assurèrent de nouveaux points d'appui sur l'Aar supérieure, Buren et Wangen sur l'Aar inférieure, Nidau sur le lac de Bienne, Burgdorf ou Berthoud sur la Grande-Emme, en même temps qu'elle pénétrait par Frutigen dans les vallées alpestres au sud du lac de Tbun, et bordait la frontière lucernoise par l'Emmenthal et Huttwyl. Puis vint en 1415 la rapide conquête de la plus belle partie de l'Argovie autrichienne, que nous avons racontée plus haut; elle valut à Berne Aarbourg, Aarau, Brugg, Zofingen, Lenzbourg, et porta la frontière septentrionale du canton jusqu'à une faible distance du Rhin. Le reste du xv® siècle fut moins riche en agrandissements notables; il y a à signaler cependant l'acquisition d'Aarwangen sur l'Aar, et de Wimmis avec le Bas-Simmenthal, et à rappeler la conquête d'Erlach, de Morat, de Grandson, d'Orbe et d'Echallens, faite, sauf pour la première, en commun avec Fribourg; déjà les deux villes possédaient en commun le bailliage de Schwarzenburg sur la Singine, acheté cinquante ans auparavant à la maison de Savoie.
Par les conquêtes de 1475, Berne avait mis le pied dans la Suisse romande, en poussant les avancées de son territoire jusqu'à mi-chemin des lacs de Neuchâlel et de Genève; elle y pénétra d'un autre côté en 1534, par l'acquisition d'Aigle ou Aelen et de Bex, qui lui donna la rive droite du Rhône