‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 113 sur 168 · ACCROISSEMENT DES HUIT ANCIENS GANTONS · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENT DES HUIT ANCIENS GANTONS

en amont du Léman; deux ans plus tard, en 1336, elle s'en appropriait la plus belle portion, en enlevant le pays de Vaud au duc de Savoie Charles III. Cette guerre de 1336, la dernière guerre de conquête qu'aient faite les Suisses, fut entreprise par les Bernois sous prétexte de protéger Genève, et singulièrement facilitée par les hostilités que François I" engageait simultanément contre le malheureux prince savoisien. Le pays de Yaud entier, et avec lui les possessions de l'évêque de Lausanne, furent occupés presque sans résistance, soit par eux, soit par les Fribourgeois, accourus pour prendre leur part de la curée. Les autorités savoisiennes disparurent sans retour; l'évêque resta à Fribourg, où il s'était réfugié; Lausanne et Avenches (Wifflisburg), Payerne (Peterlingen), Yverdon (IfTerten), Moudon (Milden), Vevey (Yivis), Morges (Morsée), Nyon (Neus) et Gex devinrent des villes bernoises; dans tout le pays au nord du lac de Genève furent établis des baillis bernois; soûle la ville de Lausanne conserva ses vieilles institutions municipales. La conquête bernoise dépassa même le lac, et s'étendit momentanément sur la moitié occidentale du Ghablais (avec Thonon) et sur quelques parties du Genevois; mais le traité de Lausanne de 1364, négocié par la France, fit restituer au duc Emmanuel-Philibert ses possessions au sud du Léman, ainsi que le pays de Gex; il stipula, de plus, le maintien des libertés vaudoises, clause importante à noter, parce qu'en 1798 elle servit de prétexte à l'invasion de la Suisse par les armées de la République française.

Cette légère diminution de territoire était d'ailleurs déjà plus que compensée par la part que messieurs de Berne s'étaient attribuée en 1333 dans la liquidation des biens de la maison ruinée de Gruyères; pour se payer de leurs créances, ils avaient en effet mis la main sur Oron, Saanen (Gessenay) et le Haut-Simmenthal (avec Zweisimmen). Comme d'autre part ils avaient profité de la Réforme pour séculariser, avec tous les autres monastères de leurs pays, tant allemands que français, celui d'interlaken, les vastes dépendances de l'ab-

baye, à savoir Grindelwald, Lauterbrunnen et Brienz, avaient été également incorporées au domaine, et par suite, dès le milieu du xvr siècle, la frontière du canton se trouvait reportée à la ligne de faîte des Alpes bernoises sur toute leur extension. Elle n'a plus changé, depuis lors jusqu'à la Révolution française, ni de ce côté, ni d'aucun autre.

Après cette longue énumération des acquisitions faites depuis le xiv" jusqu'au xvi" siècle par les huit vieux cantons helvétiques, nous passons à l'histoire de l'origine, des progrès et de l'admission dans la ligue perpétuelle des cinq nouveaux confédérés, Fribourg, Soleure, Bàle, Schaiïhouse et Appenzell. De même que les vieux cantons, ils appartenaient, par leur situation géographique comme par leur constitution sociale et politique, à deux catégories fort différentes : les quatre premiers, qui furent agrégés à la ligue, deux par deux, en 1481 et en loûi, étaient des républiques naunicipales depuis longtemps indépendantes, de vieille date aussi alliées aux Suisses, et avaient bravement combattu avec eux contre leurs ennemis communs, les princes et les nobles ; le seul Appenzell , qui n'entra dans l'alliance qu'en lyl3, était une communauté de pâtres alpestres, qui avec l'aide des confédérés avait conquis son indépendance.

Les deux premiers admis des quatre nouveaux cantons de villes, P'ri bourg et Soleure, appartenaient à la Suisse occidentale, comme celui de Berne, avec l'histoire duquel la leur offre de nombreuses analogies. Soleure, située sur l'Aar dans la partie de son cours où, au nord de Berne, elle coule du couchant au levant, était d'origine fort ancienne, probablement romaine; placée immédiatement sous l'empire en 1218, à l'extinction des Za^hringen, elle avait, principalement grâce à l'alliance bernoise, maintenu son autonomie à travers de longues guerres avec la noblesse avoisinante, et, au moment de son accession à la Confédération, elle avait déjà réuni sous sa domination un territoire notable, peu agrandi

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