‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 117 sur 168 · DROIT PUBLIC DU CORPS HELVÉTIQUE · texte numérisé non relu

DROIT PUBLIC DU CORPS HELVÉTIQUE

toujours aux vieilles ligues particulières et à ccrtaines^ mesures législatives ou couventions politiques communes, qui remontaient au xiv" et au xv" siècle. Telles étaient d'un côté le Pfaffenbrief ou code des prêtres de 1370, qui avait proclamé l'autorité de la justice cantonale en face des prétentions cléricales et étrangères, et le Sempacherbi'ief ou covenant de Sempacli de 1393, qui était une espèce de code militaire; de l'autre, la convention de Stanz de 1481, qui, à propos des querelles soulevées par l'introduction de Fribourg et de Soleure dans la Confédération, avait fixé une ébauchede droit fédéral, en défendant les alliances au dehors contre des confédérés et en soumettant à l'arbitrage des États désintéressés les points litigieux entre deux cantons ou entre les ressortissants d'un même canton. Ces dernières stipulations font honneur à l'esprit politique de leur principal instigateur, Hans AValdmann de Zurich, celui-là même que son desjiotisme conduisit quelques années plus tard à léchafaud (1489); mais trop souvent elles n'empêchèrent ni alliances antifédérales ni g-uerres civiles entre les cantons, et l'arbitrage à exercer dans les affaires intérieures d'un canton se traduisit habituellement par une assurance mutuelle des gouvernants contre leurs concitoyens ou leurs sujets mécontents. Chaque canton, chaque pays associé ou allié formait donc un État particulier, complètement maître de sa politique intérieure; aussi, nous l'avons dit et redit, mais il faut le répéter encore, rien de plus divers que les constitutions des différents membres du corps helvétique. Pour ne parler que des cantons eux-mêmes, les pays alpestres d'Uri, de Schwitz, d'Unterwalden, de Zag, de Claris et d'Appenzell, où le peuple entier se réunissait annuellement en Landsgemeinde pour choisir ses magistrats et contrôler leur gestion, doivent être appelés strictement démocratiques, bien que l'influence du clergé, dans quelques-uns aussi celle de quelques grandes familles (des Reding à Schwitz ou des Zurlauben à Zug par exemple), s'y fit fortement sentir; dans tous les cantons de villes au contraire, qu'on les appelât aristocratiques, comme

Zurich, Bàle, Soleure et Schaffhoiise, ou oligarchiques, comme Berne, Lucerne et Fribourg, prévalaient des principes politiques diamétralement opposés : la ville était tout, le reste du territoire rien; les citadins monopolisaient entre leurs mains les professions libérales, le plus souvent même le commerce et l'industrie; mais ils étaient loin de prendre une part égale au gouvernement de la république cantonale; presque partout un petit nombre de familles patriciennes concentraient de plus en plus dans leurs mains l'autorité soustraite à l'ensemble de la bourgeoisie, jusqu'à exercer une vraie souveraineté; nous ne nommerons que les d'AfTry et les Diesbach à Fribourg-, les Pfyffer à Lucerne, les Erlach, les VVattenwyl, les Mullinen, les Graffenried, les Steiger à Berne. Sur un point cependant, républicains démocrates et républicains aristocrates ou oligarques étaient parfaitement d'accord : après s'être jadis révoltés les uns et les autres contre l'oppression princière, nobiliaire et cléricale, ils trouvaient tout naturel d'avoir à leur tour des sujets et de maintenir sous le dur gouvernement de leurs baillis ou avoyers les comtés et les seigneuries qu'ils avaient conquis, achetés ou annexés par un accord volontaire; plus âpres et moins nécessiteux que les mailres dont ils avaient pris la place, ils n'accordaient pas à leurs sujets la faculté de se racheter, et bien au contraire empiétaient continuellement sur leurs chartes de franchises et sur les libertés que leur avaient garanties leurs pactes de soumission.

Nous reviendrons plus loin sur les suites désastreuses de cette inique organisation politique et sociale, qui depuis la période des grandes conquêtes suisses a lentement miné les forces vives de la Confédération, pour en faire finalement la proie facile de la Révolution française; auparavant il nous faut considérer les résultats non moins fâcheux, mais plus immédiats, qu'eut pour la République helvétique la scission religieuse, fruit de la Réforme.

Les nouvelles doctrines qu'Ulric Zwingle commença à

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