‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 118 sur 168 · LA SCISSION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA SCISSION RELIGIEUSE

prêcher à Zurich le 1"' janvier 1519 se répandirent ra[)idemcntà travers la majeure partie de la Suisse, mais elles trouvèrent aussi, et cela principalement parmi les plus anciens membres de la Confédération, une résistance obstinée. Nous n'avons pas à raconter l'histoire de leurs progrès et de leurs échecs; ce qui nous intéresse, c'est le résultat final, que voici. Des treize cantons, il y en eut six, à savoir Uri, Schwitz, Unterwalden, Zug-, Lucerne et Fribourg-, qui ne se laissèrent même pas entamer par l'hérésie; à Soleure, le catholicisme, nn instant battu en brèche, resta bientôt maître du terrain; Ghiris et Appenzell se partagèrent entre les deux confessions, de telle sorte cependant qu'ils devinrent en forte majorité protestants; Zurich, Berne, Bàle et Schaffhouse enfin se séparèrent complètement de l'Eglise romaine, après déUbération de leurs bourgeoisies souveraines. Parmi les alliés, les villes de Saint-Gall, de Mulhouse, de Bienne et de Genève, ainsi que la partie helvétique de l'évêché de Bâle et la principauté de Neuchàtel, embrassèrent la Réforme; l'abbé de Saint-Gall et la république du Valais restèrent fidèles à l'ancien culte; les vallées des ligues grises se partagèrent entre les deux confessions, mais à l'avantage du protestantisme. En somme, la plus grande portion du territoire suisse, la plus peuplée et la plus riche aussi, devint protestante; mais le catholicisme resta la religion de la majorité des cantons.

Dans la presque totahté des petits États helvétiques, la révolution religieuse n'entraîna pas à sa suite grande effusion de sang-, parce que, sauf en Glaris, Appenzell et Grisons, la communauté entière se rangea avec plus ou moins de docilité à l'opinion de la majorité, que les Glaronois eurent le bon esprit, rare dans l'Europe du xvi" siècle, de continuer à se traiter en concitoyens tout en étant de confession difTércnte, et que les gens d'Appenzell, s'ils ne parvinrent pas à se tolérer mutuellement, surent du moins mettre fin à leurs troubles religieux en attribuant en lo97 aux catholiques les rhodes [Rollen, cohortes) intérieures (avec Appenzell), aux protestants les rhodes extérieures (avec Urna;sch, Hérisau et Trogen);

seuls en fin de compte les Grisons, où, dans les trois ligues et sans acception de nationalité, les mêmes vallées contenaient des villages catholiques, des villages protestants et des villages mixtes, connurent toutes les abominations des guerres de religion, avec leur accompagnement de massacres sacrés, dont le plus célèbre est celui de la Yalteline (juillet 1620). Mais si, à cette exception près, la Réforme ne troubla pas bien sérieusement la paix publique à l'intérieur des cantons et des pays alliés, la Confédération entière fut immédiatement partagée par elle en deux ligues opposées, auxquelles la question des bailliages communs ne tarda pas à mettre les armes à la main, dans la première guerre de religion qu'ait vue l'Europe du xvi" siècle. D'après la théorie généralement acceptée alors, qui faisait de la religion une affaire d'autorité, les sujets devaient naturellement suivre la confession de leurs maîtres, et à ce titre les cantons catholiques ne trouvaient rien à redire à ce que le gouvernement bernois proscrivît la messe dans toute l'étendue de son vaste canton; mais par contre ils prétendaient aussi avoir le droit de maintenir le catholicisme dans les pays sujets de l'Argovie, de la Thurgovie et du Rhcinthal, que leurs baillis gouvernaient alternativement avec ceux de Zurich et partiellement de Berne, ainsi que dans le comté de Toggenburg, où l'abbé de Saint-Gall les appelait à son aide contre les progrès de la nouvelle doctrine parmi ses sujets. Les deux grands cantons prolestants, invoqués par leurs coreligionnaires persécutés, négocièrent, menacèrent, finalement déclarèrent la guerre; mais ils se laissèrent gagner de vitesse par les hommes de Lucerne, Uri, Schw^itz, Unterwalden et Zug : à Cappel sur l'Albis, le 11 octobre 1331, l'élite des Zuricois, à sa tète le réformateur Zwingle, resta sur le champ de bataille; l'armée bernoise battit en retraite sans avoir combattu; et la paix conclue à Tennikon dans le pays de Zug et à Aarau, quoique fort modérée dans ses termes, car elle ne stipulait que l'exercice paritaire du catholicisme dans les territoires en question, consolida la victoire du parti catholique; le protestantisme

Page 1