‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 119 sur 168 · LA SCISSION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA SCISSION RELIGIEUSE

ne put être extirpé dans le Rheinthal proprement dit, en Thurgovie et dans le Tog-genburg-, mais il disparut dans tous les autres bailliages communs.

Quelque courte qu'eût été la guerre, elle laissa des doux «ôtés des traces profondes dans les esprits : les confédérés des deux confessions se surveillèrent dès lors avec une jalousie peu déguisée, et il fallut plus d'une fois les efforts de citoyens patriotes des deux partis pour empêcber la rupture complète de l'alliance éternelle, surtout depuis que la ligue d'or ou ligue horroméenne conclue en I086 à Lucerne sous l'invocation de saint Charles Borromée, eut constitué les sept cantons catholiques en une alliance particulière que dirigeaient le nonce pontifical et les jésuites. Néanmoins la Suisse sut se préserver de la guerre de Trente Ans ; ce ne fut que huit ans après la conclusion de la paix de Westphalie qu'éclata en 1656 une nouvelle guerre de religion, où pour la seconde fois Zurich et Berne s'attaquèrent aux cinq vieux cantons catholiques de Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden et Zug, sous prétexte de protéger dans la liberté de leur conscience quelques familles protestantes du canton de Schwitz. Les deux cantons réformés disposaient d'une supériorité de forces écrasante; la mauvaise discipline de leurs troupes les fit battre, celles de Berne à Villmergen en Argovie, celles de Zurich devant les murs de Rapperschwyl; et la paix de Bâle ratifia le vieux principe du droit public helvétique, qui laissait à chaque canton le droit exclusif de régler à sa guise ses affaires intérieures.

Enfin une troisième prise d'armes, la dernière qui, non seulement en Suisse, mais dans l'Europe entière, ait eu lieu pour cause de religion, donna en 1712 à Zuricli et à Berne une revanche éclatante pour leurs défaites passées. A propos du Toggenburg, que l'abbé de Saint-Gall voulait dépouiller de ses franchises séculaires pour y restaurer plus facilement le catholicisme, les deux vieux cantons protestants reprirent leur querelle avec les cinq vieux cantons catholiques, et après la grande victoire remportée le 23 juillet 1712 par les

Bernois au même endroit de Villmerg-en où ils avaient été battus un demi-siècle auparavant, ils leur dictèrent la paix d'Aarau, par laquelle Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden et Zug- cédaient aux deux cantons vainqueurs tous leurs droits sur Rapperschwvl, sur Badcn, sur les bailliages-libres inférieurs ou septentrionaux (avec Villmerg'en), sur Bremgarten et sur Mellingen, et admettaient Berne dans la copropriété de la Thurgovie, du Rheintbal, de Sargans et des bailliages-libres supérieurs ou méridionaux (avec Mûri). Glaris qui, en sa qualité de canton mixte, avait observé la neutralité dans cette troisième guerre de religion comme dans les deux précédentes, conserva ses droits séculaires sur les avoueries communes abandonnées à Zurich et à Berne, à savoir un quart de propriété à Rapperschwvl, un septième dans les bailliageslibres inférieurs, à Bremgarten et à Mellingen, et un huitième dans le comté de Baden; quant au Toggenburg, comme les deux cantons citadins ne se souciaient pas de créer un nouveau canton de paysans libres, ils le restituèrent quelques années plus tard, par la paix de Baden de 1718, à l'abbé de Saint-Gall, en se réservant la garantie des droits du pays.

Les cantons catholiques n'en appelèrent pas de la sentence d'Aarau; elle garda force de loi jusqu'à la fin de la vieille Confédération, et constata militairement et politiquement aussi la supériorité des deux grands cantons de plaine protestants sur les petites républiques catholiques de la montagne, laquelle territorialement et financièrement avait existé de tout temps. Les vieilles antipathies confessionnelles ne disparurent pas pour cela, mais elles perdirent beaucoup de leur importance politique (sauf à renaître plus vives que jamais en ce siècle-ci) et furent pour longtemps reléguées au second plan par des dissensions d'autre nature; le grand ferment de discorde de la Confédération des treize cantons pendant le dernier siècle de son existence, ce n'est plus la question religieuse, c'est la question politique et sociale, posée depuis des siècles, mais qui devient de plus en plus brûlante à mesure

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