‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 126 sur 168 · LA RÉPUBLIQUE UNITAIRE · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE UNITAIRE

Tout autre était l'aspect de la Suisse occidentale : là, le canton de Berne couvrait à lui seul un tiers du territoire de la Confédération entière et s'étendait sans interruption, quoique avec de profondes échancrures, de la basse Aar au Léman et du Jura au massif du Saint-Gotliard ; il n'y avait en dehors de lui que trois cantons, Fribourg-, Soleure etBàle, dont le premier était presque une enclave du territoire bernois, tandis que les deux autres le continuaient au nord et au nord-ouest; en fait de dépendances communes à plusieurs cantons, on n'y rencontrait que les avoueries de Schwarzenhurg, de Morat, de Grandson et d'Orbe-Ëchallens, limitrophes des territoires de Berne et de Fribourg-, qui en étaient copropriétaires. Seuls les États alliés de cette seconde moitié de la Suisse n'étaient inférieurs ni en nombre ni en importance à ceux de la moitié orientale; comme leurs analogues du levant, ils arrondissaient le sol helvétique proprement dit, par le Valais au sud, par la principauté de jNeuchâtel, la ville de Bienne et la partie helvétique de Févèché de Bàle à l'ouest et au nord-ouest, et y ajoutaient en outre, par Genève et par Mulhouse, des annexes séparées du reste de la Confédération par des pays français ou savoisiens.

Telle était dans ses traits principaux la Confédération des treize cantons et de leurs alliés au moment où commença la Révolution française. Malg-ré les troubles et les hostilités qui ne tardèrent pas à éclater sur les frontières occidentales delà Suisse, sa neutralité fut d'abord respectée; lorsque la principauté do Porrentruy, en d'autres termes la partie d'empire de l'évèché de Bàle, se constitua avec l'aide de la République française en une république de Rauracie (novembre 1792), pour devenir bientôt après (mars 1793) le département du Mont-Terrible, lequel lui-même fut plus tard (1800) englobé dans le département du Haut-Rhin, la protection bernoise couvrit pour quelques années encore la partie de l'évèché alliée à la Suisse; Genève aussi, bien qu'on l'appelât à Paris un nid cV aristocrates, dut à son titre de ville

alliée à la Suisse de ne pas être immédiatement occupée par les troupes de la République française, et elle put ainsi se mettre en règle avec celle-ci par l'établissement d'un gouvernement ultra-révolutionnaire. Mais à partir de 1"96 commencèrent les envahissements fi-ançais, qui bientôt amenèrent une catastrophe complète. Le reste de l'évèché de Bàle, avec Bienne, fut occupé en cette année, et l'année suivante réuni au département français du Mont-Terrible (1797); presque en même temps ^octobre 1797). à l'autre extrémité de la Confédération, le général Bonaparte incorporait à la République cisalpine les bailliages italiens des Grisons, Yalteline. Bormio et Chiavenna, que, malgré les in-s-itations pressantes du général en chef français, les ligues grises avaient refusé d'admettre élans leur sein sur le pied de l'égalité politique et civile. Ce n'étaient encore que des préludes; le coup décisif fut porté au commencement de l'année 1798. lorsque, sous prétexte de dégager la parole de la France, qui en 1364 avait garanti les franchises vaudoises, le Directoire, endoctriné par César de Laharpe et d'autres réfugiés suisses, se décida à procéder par les armes contre le patriciat bernois. La Confédération était à ce moment plus agitée que jamais : les mouvements révolutionnaires, qui, depuis 1789. n'avaient fait que croître eu fréquence et en intensité, reprirent de tous cotés avec une violence nouvelle dès les premiers jours de 1798; ni les concessions tardives faites à leurs sujets par les gouvernements aristocratiques, ni le renouvellement des antiques serments d'alliance à la diète d'Aarau 25 janvier) ne parvinrent à rallier le peuple suisse autour de ses chefs, eux-mêmes démoralisés à l'avance: et pendant ce temps, l'insurrection du pays de Yaud et la proclamation à Lausanne d'une république lémannique (24 janvier» ouvraient le chemin de la Suisse intérieure aux deux armées françaises qui, sous Brune et sous Schauenburg, s'avançaient en promettant d'établir le règne de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Devant des forces trop supérieures, Soleure et Fribourg capitulèrent sans combat; Berne, qui ne s'était décidée à la lutte

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