LES PAYS-BAS JUSQU'A LEUR RÉUNION PAR CHARLES-QUINT
La République helvétique a derrière elle une existence autonome cinq ou six fois séculaire; les deux Etats secondaires qui, à Tautre extrémité du bassin du Rhin, s'interposent comme elle entre la France et l'Allemag-ne, sont, sous leur forme contemporaine du moins, de création beaucoup plus récente : il n'y a que trois cents ans que fut fondée la République des Sept Provinces-Unies, dont le royaume des Pays-Bas tient la place, et le royaume de Belgique ne date même que du siècle présent. Par leurs communes origines cependant, les deux royaumes qui se partagent les bas pays situés sur l'Escaut, sur la Meuse et sur le Rhin inférieurs, remontent à peu près à la même époque que la république alpestre; les commencements de la Confédération suisse sont des premières années du xiv^ siècle; c'est à la fin du même siècle que les ducs de Bourgogne de la maison de Valois préludèrent, par l'acquisition de la Flandre, à la réunion des Pays-Bas en un seul et même ensemble d'Etats. Des deux cotés aussi le développement territorial était à peu près achevé au milieu du xvi*^ siècle; mais, tandis qu'à partir de ce moment le corps
helvétique n'a plus subi que des chang-ements insigriifiants quant à ses limites extérieures, les Pays-Bas bourguignons, ■devenus les Pavs-Bas habsbourgeois, étaient, au lendemain même de leur réunion complète, déchirés en deux moitiés, dont la plus septentrionale seule conquérait son individualité nationale ; l'autre restait l'annexe de la monarchie castillane d'abord, des États autrichiens ensuite, et ne devenait de nos jours un État particulier qu'après avoir été successivement incorporée à la France par droit de conquête, et adjointe aux provinces septentrionales du fait de la diplomatie européenne. Ces indications préliminaires, quelque succinctes qu'elles soient, suffiront, je pense, pour justifier la marche que nous entendons suivre, en exposant l'histoire de la formation territoriale des deux Etats néerlandais. Les provinces du nord, qui forment aujourd'hui le royaume des Pays-Bas ou de Hollande, et celles du sud, auxquelles correspond actuellement la Belgique, ont de tout temps, sans même parler de leur réunion sous le même sceptre au xv'^, au xvi^ et au XIX® siècle, eu entre elles des rapports trop intimes d'antagonisme ou d'alliance, pour qu'il nous ait paru possible de séparer l'examen de leurs vicissitudes géographiques; nous les raconterons donc parallèlement, tout en tâchant de faire ressortir les caractères différents qui, à partir de la fin du XVI® siècle , distinguent les deux moitiés de l'héritage bourguignon. D'autre part, nous remonterons dans notre récit jusqu'aux débuts du travail d'agglomération par lequel, du XIV® au XVI® siècle, la maison de Bourgogne et ses premiers successeurs de la maison d'Autriche ont, de fiefs français et allemands, fait une unité dynastique, territoriale et politique, à peu près également étrangère aux deux grandes nationalités voisines, et d'où sont finalement sortis les deux royaumes néerlandais modernes; nous commencerons même par rappeler en peu de mots quelques faits empruntés aux périodes antérieures de l'histoire des Pays-Bas, dont l'intluence se retrouve plus tard, en partie même jusqu'à notre temps.
Les conquérants romains de la Gaule rencontrèrent au sud du bas Rhin les Belges, qui étaient des Gaulois mélangés de Germains ; sur le fleuve et plus au nord, les Bataves et les Frisons, qui appartenaient à la pure souche germanique. Gomme partout où ils portèrent leurs armes, ils signalèrent leur présence sur les bords de la mer du Nord par des travaux utiles, en traçant des routes, en construisant des villes, en endiguant les fleuves; néanmoins ces pays couverts de forêts et de marécages furent loin d'être portés par eux au même degré de civilisation que la Gaule méridionale et centrale. Parmi leurs fondations urbaines aux Pays-Bas, les plus connues sont Leyde [Lugduuum Datarorum) , Utrecht [Trajectum] , Nimègue [Nomomagus) , Tongres (Aduaca Tungrorum) et Tournai [Turnacum)\ plusieurs des bras d'embouchure actuels du Rhin doivent leur origine à leurs travaux de canalisation.
La substitution de la domination franque à la domination romaine dans la Gaule Belgique entraîna à sa suite la germanisation définitive des contrées gauloises voisines du Rhin et de la mer du Nord; jusqu'aujourd'hui on parle des dialectes tudesques, non seulement dans la Hollande entière, mais, encore dans une forte moitié de la Belgique. Elle fut également fatale au christianisme à peine introduit dans la partie septentrionale de la Gaule; mais l'éclipsé de celui-ci ne fut que passagère : les Francs, non contents de se convertir pour leur propre compte, devinrent d'ardents propagateurs de la foi chrétienne, et ils l'imposèrent, avec leur domination, aux Frisons aussi, qui occupaient désormais toute la lisière maritime depuis l'embouchure de l'Escaut jusqu'à celle du Weser. Le nombre des sièges épiscopaux resta cependant extrêmement restreint tant à droite qu'à gauche du Rhin inférieur; des deux seuls évêchés établis à l'époque romaine dans les limites actuelles des deux royaumes néerlandais, l'un, celui de Tournai, disparut du vi" au xn^ siècle par sa réunion à l'église cathédrale de Noyon; à l'autre qui, fixé primitivement à Tongres, émigra successivement à Maastricht T. II. 30
et à Liège, ne vint s'ajouter que le siège épiscopal d'Utrecht, fondé au vii'^ siècle pour la conversion des Frisons.
Après avoir, sans exception, fait partie de la monarchie carlovingienne, les contrées qu'on a depuis appelées du nom commun de Pays-Bas furent, lors de la dissolution de l'empire de Charlemagne, partagées, d'une façon fort inégale d'ailleurs, entre les royaumes qui en sortirent. Le traité de Verdun attribua au royaume des Francs occidentaux la majeure partie du pays à l'ouest de l'Escaut ; tout le reste de la région néerlandaise fit partie du royaume de Lotharingie, lequel ne tarda pas à être absorbé par celui des Francs orientaux ou de Germanie. Comme cette délimitation politique était loin de correspondre à la délimitation ethnographique, il en résulta que pendant des siècles la Flandre, habitée en majeure partie par une population tudesque, fut un fief de la couronne de France, tandis que le Hainaut, le Namur, le Liégeois, le Brabant, le Limbourg et le Luxembourg étaient terres d'empire, tout en parlant, en totalité ou en partie, un dialecte français, le wallon.
Des deux côtés de la frontière, plus tôt du côté de la France, plus tard du côté de l'Allemagne, l'organisation politique et territoriale établie par Charlemagne fut bouleversée par la victoire du système féodal. Le comté de Flandre s'étendit sur les contrées de mouvance française comprises entre l'Escaut et la mer, et empiéta même sur les pays d'empire limitrophes; dans la moitié septentrionale de l'ancien royaume lotharingien, devenue le duché national de Basse-Lorraine, s'élevèrent, à côté des comtes de Louvain qui finirent par s'en approprier héréditairement le titre ducal fixé sur le Brabant, les principautés épiscopales de Liège et d'Utrecht et, pour ne pas parler de bien d'autres dynasties moins puissantes ou plus éphémères, les maisons comtales de Hainaut, de Namur, de Hollande, de Gueldre; de l'autre duché national lorrain, c'est-à-dire de la Haute-Lorraine, se démembra le comté de Luxembourg. Seuls les Frisons proprement dits, au nord-est des Pays-Bas actuels, surent
jusqu'à la fin du moyen âge maintenir leur vieille liberté contre leurs voisins ecclésiastiques et laïques.
Ce sont ces territoires féodaux, dont les noms servent encore à désigner les divisions administratives de la Belgique et de la Hollande contemporaines, qui ont été les éléments constitutifs des deux royaumes néerlandais, et à ce titre nous avons à les examiner de plus près. Non que nous puissions songer à suivre leurs seigneurs dans le détail de leurs interminables querelles, entre eux, avec leurs suzerains respectifs, avec leurs vassaux, avec leurs villes, ou dans celui de leurs alliances de famille, de leurs héritages, de leurs achats; mais quelques indications sur le lotissement territorial et sur les vicissitudes dynastiques des duchés, marquisats, comtés et seigneuries des Pays-Bas jusqu'à la fin du xi\^ siècle sont une introduction nécessaire à l'histoire de leur unification , opérée à partir de cette époque par les princes bourguig-nons et autrichiens.
Nous commençons notre revue par le grand et puissant comté de Flandre, qui fut la première acquisition des ducs de Bourgogne et qui resta toujours le joyau par excellence de leurs nombreux domaines. Sa dynastie primitive, dont Taïeul serait, au dire de la tradition, le grand-forestier du pays Baudouin Bras de-Fer, que Charles le Chauve en aurait investi en 863, après lui avoir pardonné l'enlèvement de sa lille Judith, ajouta dans le courant du xi' siècle de nombreuses dépendances dans l'empire à son fief français, qui de la mer du Nord s'étendait jusqu'à la bouche méridionale et au haut cours de l'Escaut : le pays d'Alost, entre l'Escaut et le Dender, et le pays de Waas, que circouscrit, au nord-est de Gand, le grand coude de l'Escaut inférieur, y restèrent incorporés ; Walcheren et les autres îles zéelandaises , au contraire, passèrent plus tard, après des guerres séculaires, aux comtes de Hollande. A la même époque, un mariage adjoignit une première fois le Hainaut à la Flandre (1067) ; mais cette réunion anticipée ne dura que quelques années, et un siècle plus tard le comte Philippe, de la maison d'Alsace, abandonna
même au roi Philippe-Auguste, sous le nom d'une dot assignée à sa nièce Isabelle de Hainaut, la partie méridionale du pays flamand primitif, que depuis on a appelée l'Artois (1180). Le retour, par mariage aussi, de la Flandre à la dynastie légitime des Baudouin, qu'une usurpation de famille avait pour cent vingt années reléguée dans le Hainaut, motiva en 1191 une nouvelle réunion des deux comtés, et de plus celle du pays de Namur, que venait d'acquérir le comte Baudouin V (le Baudouin VllI de la série des comtes de Flandre) ; mais le marquisat de Namur fut dès 1195 attribué à ses enfants cadets, et si le Hainaut resta uni à la Flandre sous Baudouin IX, qui fut empereur de Constantinople , et sous ses deux filles, Jeanne et Marguerite, celle-ci ne réussit pas à transmettre les deux pays aux enfants de son deuxième lit avec Guillaume de Dampierre , seuls réputés légitimes par elle : Gui de Dampierre ne lui succéda qu'en Flandre (1280), tandis que le Hainaut passait à la descendance du premier mariage de la comtesse avec Bouchard d'Avesnes. Ce Gui de Dampierre avait acquis précédemment le marquisat de Namur, mais il le céda en 1297 à un fils cadet; quant au comté de Flandre, il en fut complètement dépouillé par son suzerain Philippe le Bel (1299), qui, malgré la grande victoire des Flamands à Gourtrai (1302), retint la Flandre française (avec Lille et Douai), dans l'accommodement qu'il conclut en l^Oo avec Robert de Béthuno, le fils aîné et successeur du comte Gui.
Par suite de ce nouveau démembrement, qui venait s'ajouter à celui de l'Artois, et que l'acquisition de la seigneurie de Matines (1.357) fut loin de compenser, la Flandre du xiv^ siècle se trouvait sensiblement inférieure comme étendue à celle du xi" et du xn" siècle; elle n'en était pas moins une des plus belles et. des plus riches seigneuries de la chrétienté, et jouissait, grâce à son agriculture florissante, grâce surtout à l'industrie et au commerce de ses villes, d'origine assez récente cependant, d'une prospérité comparable à celle des grandes républiques municipales de l'Italie. Ypres, Bruges
et Gand, pour ne nommer que les plus importantes d'entre elles, étaient à la fois des centres industriels de premier ordre, qui travaillaient le lil du pays et la laine anglaise, et de grands marchés où s'échangeaient les produits de la France, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de l'Italie et des pays du Nord; Gand passait pour la ville la plus peuplée de l'Europe après Paris et Londres; à Bruges, oii dix-sept nations avaient leurs comptoirs, le luxe était tel, que la reine de France pouvait s'écrier avec dépit qu'elle n'y voyait que des reines. Cet essor inouï des villes flamandes explique d'autre part leur esprit remuant, toujours prêt à l'insurrection; leurs nombreuses populations ouvrières, entassées dans l'enceinte trop étroite de leurs murs, sans cesse en guerre, de métier à métier ou de ville à ville, étaient aussi peu disposées à l'obéissance envers leur souverain le comte qu'au respect des droits de suzeraineté du roi de France, et, au premier appel de la cloche du beffroi de Bruges ou du Roland gantois, s'assemblaient de grandes armées, capables de tenir la campagne, non seulement contre la noblesse flamande, mais contre toute la chevalerie française.
Avec la Flandre rivalisait comme importance le Brabant, qui la continuait à l'est, en se prolongeant au nord jusqu'à la Meuse inférieure. 11 représentait, en des proportions fort amoindries il est vrai, l'ancien duché national de Basse- Lorraine ou de Lothier, qui, après avoir au xi" siècle jeté un vif éclat avec Gozelon le Grand et Godefroy le Barbu, les illustres représentants de la maison des Ardcnnes ou de Yerdun, tomba en ruines plus promptement qu'aucun autre des duchés nationaux de la Germanie, par suite du triomphe de la féodalité; dès le commencement du xii'= siècle, lorsque le comte de Louvain et de Bruxelles Godefroy, également surnommé le Barbu ou encore le Grand, fut appelé (1106) par l'empereur Henri V à la dignité ducale, qu'il rendit héréditaire dans sa maison, son autorité ne dépassa guère les limites postérieures du Brabant. Mais le Brabant, avec ses quatre quartiers de Bruxelles, Louvain, Bois-le-Duc et
Anvers, dont le quatrième portait le titre particulier de marquisat du saint-empire, était à lui seul un vaste territoire; de plus, à la fin du xHi"" siècle, une guerre heureuse vint y ajouter sur la rive droite de la moyenne Meuse le duché de Limbourg-, séparé des terres brabançonnes par les possessions de l'évèque de Liège. La dynastie limbourgeoise avait jadis pendant un demi-siècle disputé à la maison de Louvain la dignité ducale en Lothier, jusqu'à ce qu'un accord, intervenu en 1155, lui eût laissé le titre ducal, fixé sur ses possessions patrimoniales; quand elle s'éteignit en 4282 dans la personne de la duchesse Ermengarde, le duc de Brabant, Jean I" le Victorieux, acbeta les droits de l'héritier légitime, le comte de Berg Adolphe VII, qui désespérait de les faire valoir contre les comtes de Gueldre et de Luxembourg, et sa grande victoire de Wœringen (1288), remportée sur une coalition formidable, assura la possession du Limbourg à sa maison, qui eut dorénavant pour cri de guerre : « Limbourg à qui l'a conquis ! » Ses successeurs furent moins heureux par rapport à la petite seigneurie de Malines, enclave du Brabant, qui devint vacante en 1333 par l'extinction de ses soigneurs; après l'avoir partagée d'abord avec les comtes de Flandre, ils furent ensuite dans le cas de la leur céder complètement (1357).
De même que leurs voisins flamands, les ducs de Brabant du XIV'' siècle profitaient de la richesse et de l'industrie de leurs sujets; mais, de même qu'eux aussi, ils avaient à compter avec leurs villes. Louvain fut, pendant quelques années, jusqu'aux troubles de 1382 qui ruinèrent sa prospérité, la plus grande ville manufacturière des Pays-Bas, dont, au siècle suivant, elle était appelée à devenir la première université (1426), et les libertés municipales néerlandaises n'étaient nulle part mieux réglées que dans le pays brabançon, où la joyeuse entrée signée en 1356 par la duchesse Jeanne et son mari, le duc AVenceslas de Luxembourg, était une vraie constitution synallagmatique.
La troisième grande domination féodale des Pays-Bas du xiv' siècle était celle de Hainaut-HoUande, dont les seigneu-
ries étaient coupées en deux tronçons par les terres flamandes et brabançonnes. Le comté de Hainaut, qui en formait la partie méridionale, avait sa capitale à Mons et s'étendait jusqu'au delà de Valenciennes et d'Avesnes; il avait été, nous l'avons dit plus haut, à deux reprises uni à la Flandre, de 1067 à 1071 et de 1191 à 1280; puis, à peine rendu à une dynastie particulière, il devint une annexe de l'héritage hollandais de ses comtes. En effet, la sentence arbitrale par laquelle le roi saint Louis avait à l'avance (1246) partagé l'héritage de la comtesse de Flandre et de Hainaut Marguerite entre les enfants de ses deux mariages avec Bouchard d'Avesnes et avec Guillaume de Dampierre, n'eut son effet qu'en 1280 à la mort de la comtesse, et dès 1299 son petitfils et successeur immédiat en Hainaut, Jean d'Avesnes, succédait du droit de sa mère Alix au comté de Hollande; or, comme cette scigneutie était dans les Pays-Bas du Xord tout aussi prépondérante que la Flandre et le Brabant dans ceux du Sud, lui et ses descendants s'y établirent de préférence, comme au centre de leur puissance, et négligèrent d'autant le Hainaut. La Hollande n'avait pourtant été primitivement qu'un fort petit comté en pays frison , aux environs de Dordrecht, sa première capitale; mais les comtes de Frise ou de Hollande (le second nom, qu'on traduit soit par pays creux, soit par pays boisé, ne date que de la fin du xi« siècle) l'avaient successivement étendu au nord, aux dépens à la fois des évêques d'Utrecht et des Frisons occidentaux, jusqu'à ce qu'il atteignit finalement la Vlie, dont l'entrée du Zuiderzée tient aujourd'hui la place; d'autre part, ils y avaient ajouté, par conquête sur leurs voisins flamands, la Zéelande ou pays maritime, c'est-à-dire les îles aux embouchures de la Meuse et de l'Escaut; ils avaient même essayé, sans grand succès il est vrai, d'établir leur souveraineté sur les Frisons à l'est de la Vlie , dans les marais desquels le comte Guillaume H, celui-là même que le saintsiège opposait comme roi des Romains à l'empereur Frédéric H, était allé chercher la mort (1236). Les x\vesnes héritèrent de
ces prétentions sur la Frise, en même temps que du reste de la succession du comte Jean I", en qui était venue à manquer la dynastie indigène; ils réussirent aussi peu que leurs prédécesseurs à les faire valoir, et le troisième d'entre eux, Guillaume. IV'= du nom comme comte de Hollande, alla à son tour se faire tuer par les Frisons (1345). Comme il ne laissait pas d'enfants, sa succession entière, Ilainaut, Hollande, Zéelande et Frise (ce dernier titre désignant à la fois la Hollande septentrionale, qui lui appartenait réellement, etleVriesland ou Frise proprement dite, qu'il revendiquait), passa à la maison de Wittelsbach ou de Bavière par sa sœur Marguerite d'Avesnes, la seconde femme de l'empereur Louis le Bavarois.
C'était un bel héritage, les comtés septentrionaux surtout, où depuis le xni'' siècle les villes de Dordrecht, Rotterdam, Delft, Gouda, Leyde, Haarlem , Amsterdam, Zierikzée, Middelbourg et Flessingue avaient pris un grand essor maritime et commercial, en même temps qu'elles développaient leurs libertés communales. Malheureusement l'hostilité entre les villes et la noblesse commençait déjà à y donner naissance à des troubles, destinés à survivre au règne des Wittelsbach : pendant cent quarante ans la Hollande et la Zéelande allaient être désolées sans relâche par les querelles toujours renaissantes des Kabbeijauws et des Hoeks, c'est-à-dire des morues et des hameçons, noms de guerre bien dignes d'un peuple de pêcheurs.
Les territoires entre lesquels se partageait le reste des Pays-Bas au moment oii la maison de Bourgogne commença à y prendre pied, étaient loin d'avoir la même importance que les trois grandes dominations féodales, Flandre, Brabant et Hainaut-Hollande, dont nous venons de parler; aussi quelques mots pourront-ils suffire pour chacun d'entre eux.
Les évêques de Cambrai étaient souverains de leur ville épiscopale et de son territoire. Le petit pays de Namur, après avoir été un siècle durant une pomme de discorde entre les dynasties voisines de Luxembourg et de Hainaut, appartenait depuis 1297 à uue branche cadette des Dampierre
flamands, qui y avaient succédé aux Courlenay, eux-mêmes représentants des Baudouin de Hainaut et de Flandre ; il avait dès 1190 échangé son titre de comté contre celui de marquisat. D'une étendue beaucoup plus considérable, le comté de Luxembourg- dans les Ardennes, que l'empereur Charles lY venait d'ériger en duché (1354) en faveur de son frère Wenceslas, le mari de la duchesse Jeanne de Brabanl, n'était ce nonobstant qu'une annexe insignifiante des vastes possessions, bohémiennes et autres, acquises par sa dernière dynastie indigène (une branche cadette de la maison de Limbourg), depuis que le comte de Luxembourg Henri V était devenu l'empereur Henri YH. L'évèché de Liège, qui se prolongeait le long de la moyenne Meuse, en amont et surtout en aval de Namur, avait en Liège et en Binant des villes presque aussi industrieuses et tout aussi turbulentes que les cités flamandes.
Plus au nord, les possessions des comtes de Gueldre, que Louis le Bavarois avait en 1339 élevés au rang ducal, comprenaient, des deux côtés de la Meuse avant son coude final, la Gueldre primitive ou quartier supérieur, objet de querelles continuelles avec le Brabant; entre la Meuse et le Rhin, la fertile Betuwe, l'ancienne île des Bataves, avec Nimègue; à l'est de l'Yssel, le comté de Zutphen; et depuis Arnheim jusqu'au Zuiderzée la triste et sablonneuse Yeluwe, usurpée sur les évêques d'Utrecht. Ceux-ci revendiquaient en vertu de vieilles donations impériales toute l'ancienne Frise, c'est-à-dire tout le pays au nord du Rhin inférieur; mais au sud du Zuiderzée les comtes de Hollande et de Gueldre ne leur avaient laissé que la contrée autour de leur ville épiscopale, l'évèché proprement dit ou bas évêché; à l'est du grand golfe, un seul des pays frisons, celui d'Overyssel ou d'au delà de l'Yssel, reconnaissait à peu près leur souveraineté et formait ce qu'on appelait l'évèché supérieur, avec les villes de Deventer, de Zwolle et de Kampon. Les cantons plus septentrionaux, à savoir la Frise proprement dite, que les comtes de Hollande comptaient assez gratui-
tement parmi leurs seig-neuries, et les pays de Groeningue et de Drenthe, que commençaient à convoiter les ducs de Gueldre, étaient en réalité tout aussi autonomes que les communautés de leur nationalité sises plus à l'est, avec lesquelles les avait unis jusqu'au commencement du xiv® siècle la grande association des Sept imys maritimes.
Telle était dans ses traits principaux la situation territoriale et dynastique des Pays-Bas vers la fin du xiv" siècle. Déjà, on vient de le voir, il s'était produit certaines agglomérations de territoires, et d'autres se préparaient; mais il n'était réservé à aucune des dynasties indigènes de mener à bien l'œuvre de la réunion des provinces néerlandaises; elle fut accomplie par doux maisons princières d'origine étrangère, qu'y appela successivement le hasard d'une alliance de famille. C'est sous les auspices et au profit des ducs français de Bourgogne et des archiducs allemands d'Autriche que, pendant les cent cinquante années suivantes, toutes les souverainetés que nous venons d'énumérer, à la seule exception de Tévêché de Liège, furent, par héritage, achat, cession ou conquête, soumises à une domination commune et englobées dans un ensemble de territoires, qui, sans la lacune du Liégeois, eût été parfaitement arrondi.
Le principal mérite en revient aux princes bourguignons, qui n'ont laissé que peu de chose à faire à leurs successeurs habsbourgeois. Branche cadette de la race royale des Valois, la seconde maison de Bourgogne a eu pour fondateur, personne ne l'ignore, Philippe le Hardi, le quatrième fils de Jean le Bon, auquel le roi son père assigna en apanage, par lettres patentes du 6 septembre 1363, le duché de Bourgogne, première pairie laïque de France, qu'il détenait lui-même depuis deux ans à titre de plus proche parent du feu duc Philippe de Rouvre, le dernier rejeton de l'antique maison capétienne de Bourgogne, issue d'un fils du roi Robert le Pieux. Ce prince et ses trois successeurs ont, on ne le sait
que trop aussi, pendant plus d'un siècle joué dans riiistoire de notre pays un rôle prépondérant, que nous n'avons pas à apprécier ici; leurs nombreuses acquisitions en dehors des Pays-Bas ne sont pas davanlage de notre sujet, et nous ne les indiquerons qu'en passant, pour donner une idée plus complète de leur puissance territoriale; mais nous allons suivre pas à pas leur marche envahissante dans les provinces néerlandaises,
Philippe le Hardi l'inaugura brillamment par son mariag-e avec Marguerite de Flandre, la fille et héritière du comte Louis de Mâle, qui, après avoir été mariée encore enfant à son prédécesseur en Bourgogne, Philippe de Rouvre, et être devenue veuve avant d'être femme, n'avait que dix-neuf ans lorsqu'il l'épousa à Gand le 19 juin 13G9. Grâce à celte alliance en elYet, dont il n'hésita pas à acheter les bénéfices futurs par la renonciation aux droits sur le comté de Bourgogne que lui avait conférés (1363) une donation de son oncle l'empereur Charles IV, il succéda en 1384 au riche héritage de son beau-père, avec lequel prenait fin la dynastie flamande des Dampierre. C'était avant tout le comté de Flandre, récemment aug-menté de la seigneurie de Malines; mais c'étaient en outre les comtés de Nevers et de Réthcl avec la seigneurie de Donzi, que deux mariages avaient valus à la fin du xiii* siècle aux ancêtres de Louis de Mâle, et ceux d'Artois et de Bourgogne avec la seigneurie de Salins, où le feu comte venait de succéder (1382) à sa mère Marguerite, la seconde fille du roi Philippe V le Long et de la comtesse Jeanne, qu'en avait investie elle-même en 1361 la mort de Philippe de Rouvre, le petit-fils de sa sœur aînée, appelée Jeanne comme leur mère et mariée dans la maison capétienne de Bourgogne.
De toutes ces seigneuries, il n'y eut que la Flandre qui fit difficulté à le reconnaître, malgré ou à cause de la sanglante défaite qu'à son instigation la chevalerie française, amenée au secours du comte Louis par le jeune roi Charles YI, avait, à Rosebecque, infligée aux milices flamandes (1382);
mais elle finit par s'accommoder avec lui par le Irailé de Tournai (1383), et le roi, son neveu, eut l'imprudente générosité de lui restituer en même temps la partie méridionale ou française du comté (avec Lille, Douai, Bétliune et Tournai), qui, depuis Tannée 1305, était incorporée au domaine royal. L'esprit turbulent des Flamands subsista; la Flandre n'en fut pas moins pour Pbilippe le Hardi et pour ses successeurs le plus productif de leurs domaines et un des principaux éléments de leur puissance.
Le fondateur de la maison valésienne de Bourgogne, qui arrondit en 1390 son apanage bourguig-non en achetant aux Armag^nac le comté de Charolais, ne fit pas pour lui-même d'autres acquisitions aux Pays-Bas; mais il y prépara à sa dynastie la succession dans un autre héritage, qui ne le cédait guère comme importance à l'héritage flamand. La dernière survivante de la maison de Louvain, Jeanne, qui depuis 13oo était duchesse de Lolhier, Brabant et Limbourg' marquise d'Anvers ou du saint-empire et comtesse de Louvain, n'avait pas eu d'enfants de ses deux mariages avec le dernier comte de Ilainaut et do Hollande de la maison d'Avesncs, Guillaume II ou IV, et avec le duc de Luxembourg Wenceslas; sa plus proche parente était par conséquent sa nièce Marguerite de Flandre, la femme de Philippe le Hardi, dont la mère appelée également Marguerite, la femme de Louis de Mâle, était comme elle fille du duc de Brabant Jean HI le Fainéant. Dès 1389 elle la déclara sa seule et unique héritière, et le 7 mai 1404, dix jours seulement après la mort de Philippe, elle lui résigna ses Etats par une donation entre vifs, qui lui laissait la liberté de désigner comme successeur un de ses fils à son choix.
Comme ce choix se fixa sur le second, Antoine, lequel succéda en effet à sa mère en 4405, mais ne prit le titre de duc de Brabant que l'année suivante à la mort de sa grand' tante Jeanne, les possessions néerlandaises déjà si considérables de la maison de Bourgogne se trouvèrent à la seconde génération partagées presque également entre
deux lignes, l'aîné des fils de Philippe le Hardi, Jean sans Peur, ajoutant aux deux Bourgognes les comtés de Flandre et d'Artois avec la seigneurie de Malines, tantlis que son frère Antoine gouvernait les terres brabançonnes, Brabant, Limbourg et Anvers. Momentanément cette ligne cadette parut même devoir primer l'aînée, aux Pays-Bas du moins : le duc Antoine devint en 1411 duc de Luxembourg du chef de sa seconde femme Elisabeth de Gœrlitz, et lorsqu'il se fut fait tuer pour la France à Azincourt (1413), le mariage de son fils aîné et successeur, le duc Jean, avec l'héritière de Hainaut et de Hollande, Jacqueline de Bavière (1417), ouvrit aux Bourgogne-Brabant de plus vastes perspectives encore. Mais Jean de Brabant n'était pas à la hauteur de son rôle ; ses tristes aventures comme mari et comme souverain ne tardèrent pas à laisser le champ libre à l'ambition de son cousin germain, le troisième duc de Bourgogne, Philippe le Bon.
Philippe le Bon, que l'assassinat de son père Jean sans Peur au pont de Montereau mit à vingt-trois ans en possession de la Bourgogne et de la Flandre (1419), a, par sa funeste alliance avec les Anglais, mis la France à deux doigts de sa perte; aux Pays-Bas son activité fut à la foismoins fatale à sa patrie et plus profitable à sa famille. De tous les princes qui ont mis la main à l'unification des provinces néerlandaises, il est incontestablement celui qui l'a le plus avancée; non seulement il a réuni entre ses mains les deux héritages flamand et brabançon, déjà dévolus à la maison de Bourgogne, mais il y a adjoint, sans compter des territoires de moindre importance, la troisième grande domination féodale des Pays-Bas, celle de Hainaut-Hollande.
Parlons du Brabant d'abord. L'incapacité du duc Jean lui fît donner dès 1420, comme riauard ou lieutenant, son frère, un autre Philippe de Bourgogne, qui du droit de leur mère était comte de Saint-Pol ; ce fut ce frère aussi qui lui succéda à sa mort sans enfants, arrivée en 1327. Mais le troisième duc bourguignon de Brabant ne tarda pas à disparaître
à son tour sans laisser de postérité (1430); et alors son cousin -germain, le duc de Bourgogne Philippe le Bon, se mit en possession du Brabant, du Limbourg- et d'Anvers, au détriment des héritiers légitimes, les princes de la ligne de Bourgog-ne-Nevers. Le troisième fils de Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre, Philippe comte de NcA^ers et de Réthel, avait en elîet été substitué par sa mère à son frère Antoine dans les arrangements qu'elle avait pris pour l'héritag-e brabançon, et c'étaient par conséquent ses enfants (lui aussi avait été tué à Azincourt) qui y étaient légitimement appelés; mais Philippe le Bon, abusant de la jeunesse des deux orphelins, dont il se trouvait être le tuteur pour avoir été trois années durant (1422-1425) le mari de leur mère Bonne d'Artois, se fit préférer à eux par les Etats des pays brabançons, et ne leur laissa, avec leur modeste établissement de Ne vers et de Réthel, que le triste surnom de jjrinces sans terre.
Les moyens employés par le duc de Bourgogne pour se mettre en possession du Hainaut, de la Hollande, de la Zéelande et de la Frise, héritage d'une autre cousine germaine, Jacqueline de Bavière, ne furent guère plus honorables. Ces quatre seigneuries avaient, nous l'avons dit plus haut, passé en 134o de la maison d'Avesnes à celle de Wittelsbach, et étaient depuis cette époque, la Hollande et la Zéelande surtout, le théâtre de guerres civiles continuelles. Le deuxième comte de la nouvelle dynastie, le duc de Bavière-Straubing Albert, laissa en mourant (1404) trois enfants : Guillaume IV ou VI, qui lui succéda et n'eut de sa femme Marguerite de Bourgogne qu'une fille unique, la comtesse Jacqueline, un autre fils Jean, surnommé sans Pitié, qui fut évèque élu de Liège, et une fille du nom de Marguerite, qui épousa le duc de Bourgogne Jean sans Peur et fut mère de Philippe le Bon. Celui-ci était par conséquent doublement cousin germain de Jacqueline; il n'en fut pas moins pour la malheureuse jeune femme un ennemi acharné, et ce sont ses persécutions surtout qui ont fait
d'elle, pour les Hollandais du moins, un personnage presque aussi sympathique que Marie Stuart, avec laquelle elle a eu en commun la beauté, l'esprit et la vaillance, et avec la tragique destinée de laquelle la sienne, à l'échafaud près, a de singulières analogies.
Elle n'avait que seize ans quand elle succéda à son père en 1417, et était déjà veuve depuis l'année précédente du dauphin de France Jean; pour l'épouser, son oncle Jean sans Pitié quitta l'évèché de Liège, conquis au prix de flots de sang; elle le refusa, et donna sa main au deuxième duc bourguignon de Brabant, Jean (1417). Mal lui en prit : le prétendant évincé se vengea en usurpant sur le nouveau couple la majeure partie de la Hollande; le mari préféré lui marqua sa reconnaissance par d'indignes traitements. A bout de patience, elle passa la mer, lit casser son mariage par l'antipape Benoît XIII, et épousa le régent d'Angleterre, Humphroy, duc de Glocester (1423); mais Philippe le Bon, auquel le duc de Brabant avait abandonné la défense des intérêts de la maison de Bourgogne, obtint de Martin V une sentence qui la séparait solennellement de Glocester, et, honteusement abandonnée par celui-ci, trahie et livrée par les bourgeois de Mous, elle fut emprisonnée au château de Gand. Elle réussit à s'en échapper déguisée en homme, et gagna la Hollande, où Jean sans Pitié venait de mourir (1425); les deux princes bourguignons y portèrent la guerre, la chassèrent de ville -en ville, et finalement en 1428, un an après la mort de Jean de Brabant, Philippe le Bon s'imposait à elle comme ruward et héritier de la totalité de ses Etats. Elle s'était en même temps engagée à ne plus contracter mariage; en prenant néanmoins en secret un quatrième mari, le gouverneur bourguignon de Hollande et de Zéelande, François, sire de Borselle (1432), elle effraya Philippe et lui fournit du même coup les moyens d'en finir avec elle : à peine averti, le duc fit saisir et condamner à mort son vassal félon, et pour le sauver la pauvre comtesse se résigna (1433) à abandonner ses comtés en toute propriété
à Philippe, que trois ans plus tard la mort de Jacqueline vint délivrer de toute inquiétude de ce côté (1436). Voilà comment la maison de Bourgogne s'implanta à la fois dans le Hainaut et dans les pays hollandais.
L'acquisition par Philippe le Bon du pays de Namur et du LuxemlDOurg n'occasionna pas de si grandes péripéties. Le JNamur, il l'avait acheté dès 1421 au marquis Jean III, dernier représentant de la branche cadette, namuroise, des Dampierre flamands, et il l'occupa sans difficulté à la mort de celui-ci (1428). Quant au Luxembourg, qui vint clore la longue liste de ses acquisitions néerlandaises, il en prit possession en 1443, du vivant même de la duchesse Elisabeth de Goerlitz, en qui l'illustre dynastie impériale et royale des Luxembourg ne s'éteignit que huit ans plus tard (1451). Cette princesse, la nièce des empereurs Wenceslas et Sigismond, étant restée sans enfants de ses deux maris, Antoine de Bourgogne, duc de Brabant, et Jean sans Pitié de Bavière- Hollande, avait, dès la mort du second (1425), promis sa succession à Philippe; mais sa cousine germaine et héritière naturelle, une autre Elisabeth, fille de l'empereur Sigismond et A'euve de l'empereur Albert II, en disposa de son côté en faveur de son gendre, le duc de Saxe Guillaume, auquel les Luxembourgeois ouvrirent leurs portes. La duchesse indignée alla à Dijon chercher aide et protection; la ville fut surprise parles Bourguignons (1443), et immédiatement après une cession en bonne et due forme incorpora le duché aux Etats de Philippe, auquel le duc de Saxe lui-même finit par céder ses droits (1462).
De la sorte se trouvait aux deux tiers consommée, avant même le milieu du xv'' siècle, la réunion des Pays-Bas; des dix-sept provinces qui en firent partie à l'époque de leur plus grande extension, il y en avait déjà douze qui obéissaient ou étaient censées obéir au petit-fils de Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre, à savoir la Flandre, l'Artois et Matines, le Brabant, le Limbourg et Anvers, le Hainaut, la Hollande, la Zéelande et la Frise, le Namur et le Luxem-
bourg. Il était en outre duc et comte de Bourgogne, seigneur de Salins et de Charolais, et le traité d'Arras (septembre 1435) avait payé sa réconciliation avec Charles YII de l'engagement d'un grand nombre de comtés, de seigneuries et de villes (Mâcon, Auxerre, Bar-sur-Seine, Guines, Boulogne, Pontliieu, Saint-Quentin, Péronne, Corbie, Amiens, Abbeville, Roye, Montdidier), qui arrondissaient à merveille l'une et l'autre moitié de ses vastes domaines. Le grand duc, comme on l'appelait, se titrait par la grâce de Dieu, pour ses terres d'empire du moins; ses ambassadeurs avaient, au concile de Bàle, le pas sur les électeurs. Nul prince en Europe ne pouvait rivaliser comme richesse avec le souverain de la Flandre, dont les troubles encore fréquents ne parvenaient pas à diminuer la prospérité, et où Bruges, la Venise septentrionale, était toujours le grand entrepôt des laines anglaises, du bois et du fer du Nord, des tissus néerlandais et des denrées coloniales apportées par les Italiens. Aucune autre cour n'avait des magnificences comparables aux chapitres de l'ordre de la Toison d'Or, que Philippe avait institué à Bruges le 40 janvier 1430 « à la gloire de Dieu, à la révérence de sa glorieuse Mère et en l'honneur de monseigneur Saint- André » ; et la bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles est jusqu'aujourd'hui un vivant témoignage de l'intérêt qu'on y portait aux sciences et aux lettres.
La maison de Bourgogne était dorénavant, tout en restant française par la langue et par les mœurs, presque aussi puissante dans l'empire qu'au royaume de France. La nature indécise de sa situation politique entre les deux nations voisines n'était qu'un demi-mal, parce qu'elle lui permettait de se réclamer alternativement de chacune de ses deux mouvances; mais une cause incontestable de faiblesse résidait dans la non-continuité de ses nombreux territoires, qui formaient deux grands groupes, les pays néerlandais et les pays bourguignons. Le fils de Philippe le Bon, Charles le Téméraire, qui lui succéda en 1467, après avoir déjà eu la haute main dans le gouvernement pendant les dernières années de
la vie de son père, poursuivit avec une ardeur fébrile, pendant un règne de dix ans, le double but de réunir entre eux les deux tronçons de ses possessions, et de créer entre la France et l'Allemagne un Etat complètement indépendant; mais trop fidèle à sa devise « Je l'ay empris », il embrassa de trop vastes desseins, ameuta contre lui tous ses voisins, et finit par aller se perdre misérablement contre les Suisses, « dont le pays entier ne valait pas les mors de ses chevaux ». Il n'avait pu, lors de leur entrevue à Trêves (1473), arracher au prudent empereur Frédéric III son couronnement comme roi de Bourgogne, Austrasie ou Lotharingie, dont la couronne était déjà exposée en public; l'Alsace autrichienne, qu'il s'était fait engager par Tarchiduc Sigismond, lui échappa de son vivant; sa conquête du duché de Lorraine ne servit qu'à amener sa ruine; de toutes ses acquisitions, la seule qui subsista après sa mort (et encore ne fut-elle pas définitive), est celle du duché de Gueldre et du comté de Zutphen, que lui engagea en 1472 le vieux duc dépossédé Arnould d'Egmond, après avoir été retiré par lui des mains de son abominable fils, le duc Adolphe.
Charles le Téméraire, en périssant dans sa déroute de Nancy le 5 janvier 1477, à l'âge de quarante-quatre ans seulement, laissait à sa fille et héritière unique, Marie, une succession singulièrement embarrassée au dehors et au dedans. Louis XI, qu'il avait si souvent humilié, se hâta de mettre la main sur le duché-apanage de Bourgogne et sur les engagements d'Arras, tout en offrant comme époux à Marie son fils, le dauphin Charles; les Flamands, que le fou duc avait contenus par ses rigueurs, prirent leur revanche, envoyèrent à l'échafaud, malgré les pleurs et les supplications de leur jeune dame, ses principaux conseillers, et prétendirent la marier au duc Adolphe de Gueldre, qu'ils avaient fait sortir de sa prison; les autres provinces attendaient l'événement. Mais Marie, avec une fermeté au-dessus de ses vingt ans, sut résister à la fois aux obsessions des envoyés français et aux menaces de ses sujets, écarta dédaigneusement l'enfant que
lui proposaient les uns, fut débarrassée des poursuites du parricide, qui était le candidat matrimonial des autres, par sa mort sous les murs de Tournai, et le 18 août 1477 elle épousait le fils de l'empereur Frédéric III, le beau et chevaleresque Maximilien d'Autriche, plus jeune qu'elle de deux ans, que déjà son père lui avait fiancé. Mariage d'une importance capitale pour les Pays-Bas, où il substituait à la maison française de Bourgogne la maison allemande des Habsbourg.
Le jeune couple et sa descendance restèrent en effet en possession de tout l'héritage bourguignon, à la seule exception du duché de Bourgogne et des engagements de 1433. L'intégrité en fut il est vrai encore une fois compromise par la mort prématurée de Marie, enlevée à vingt-cinq ans des suites d'un accident de chasse (27 mars 1482), et le traité d'Arras du 3 décembre 1482, que Louis XI put imposer à Maximilien, grâce à la connivence de ses « compères » de Gand, constitua l'Artois, la Franche-Comté et le Gharolais comme dot de la jeune Marguerite d'Autriche-Bourgogne, fiancée à deux ans au dauphin Charles; mais celui-ci, qui l'année suivante devint le roi Charles VIII, n'épousa pas plus la fille qu'il n'avait épousé la mère, renvoya l'archiduchesse aux Pays-Bas pour contracter mariage avec Anne de Bretagne, et, après avoir fait mine de garder la dot sans la femme, il restitua les trois provinces par le traité de Sentis du 23 mai 1493, afin d'être libre de faire son expédition de Naples. D'autre part, malgré bien des traverses occasionnées surtout par l'esprit d'insurrection des Flamands, qui en 1488 par exemple tinrent Maximilien, tout roi des Romains qu'il était , pendant de longues semaines prisonnier dans la Craenenburg à Bruges, la régence de celui-ci, au nom de son fils Philippe le Beau, raffermit en fin de compte l'autorité souveraine dans les provinces bourguignonnes de la Néerlande, et en déclarant le jeune prince majeur à dix-sept ans (1493), il put les lui remettre intactes (à la seule exception de la Gueldre) et à peu près pacifiées.
Le court règne de Philippe le Beau, dont le mariage avec Jeanne la Folle, la fille de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille (1496), prépara l'adjonction des Pays-Bas à la monarchie espagnole, ne produisit que des changements insignifiants dans leur situation tant extérieure qu'intérieure. Il n'en fut pas de même de celui de son fils aîné Charles, Charles I" comme roi d'Espagne et Charles-Quint comme empereur romain; aucun des souverains des Pays-Bas, à l'exception de Philippe le Bon, n'a fait autant pour leur agrandissement et pour leur consolidation. Né aux Pays-Bas, en parlant volontiers la langue, aimant à y résider, il entretint et développa leur prospérité, tout en continuant à y fortifier l'ascendant monarchique, et surtout il leur donna leur forme territoriale définitive, en ajoutant cinq nouvelles provinces aux douze qui obéissaient déjà au troisième duc bourguignon, et en les réunissant toutes les dix-sept en un seul et même Etat.
Du côté de la France, malgré ses guerres victorieuses contre François I", Charles-Quint n'augmenta guère ses États néerlandais, car s'il mit garnison à Cambrai (1343), il laissa à son fils le soin de l'incorporer au Hainaut après sa reprise sur les Français (1393); mais les traités de Madrid (1326) et de Cambrai (1329), s'ils ne lui firent pas récupérer le duché de Bourgogne, malgré les stipulations formelles du premier, le débarrassèrent du moins de la suzeraineté française pour la Flandre et pour l'Artois, ainsi que des droits qu'à divers titres le roi de France prétendait sur tout ou partie des deux provinces. Leur séparation d'avec la couronne de France, depuis longtemps effective, fut dès lors officielle aussi, quoique François P"" se donnât encore une fois, le 13 janvier 1336, la puérile satisfaction de citer devant un lit de justice Charles, comte de Flandre et d'Artois et pair de France; lorsque plus tard nos rois se firent céder l'Artois et la Flandre méridionale, ils invoquèrent d'autres droits que les anciennes relations féodales.
Au nord des Pays-Bas, au contraire, toutes les provinces
depuis les confins de la Hollande jusque dans le voisinage de l'Ems furent, pendant le règne de Charles-Quint, les unes pour la première fois, les autres d'une façon définitive, incorporées à l'héritage bourguignon. L'empereur n'y intervint qu'exceptionnellement de sa personne; mais il eut successivement pour le représenter à Bruxelles deux femmes d'un grand esprit politique, sa tante l'archiduchesse Marguerite et sa sœur la reine douairière de Hongrie Marie; c'est à elles principalement que revient l'honneur de ces dernières acquisitions, qui étendirent la domination habsbourgeoise sur les possessions des évéques d'Utrecht et des ducs de Gueldre, ainsi que sur les communautés frisonnes voisines.
Et d'abord la Frise proprement dite, dont les comtes de Hollande et leurs successeurs bourguignons et autrichiens portaient le titre depuis des siècles, sans avoir jamais réussi à y exercer sérieusement la seigneurie , arriva réellement sous sa domination. Pour se soustraire aux entreprises de Philippe le Bon, ses habitants s'étaient en 14o7 réclamés de l'empire, et Frédéric HI les avait pris sous sa protection spéciale; mais en 1492 Maximilien P'' en avait conféré le gouvernement héréditaire au duc do Saxe Albert, comme récompense des services qu'il en avait reçus contre les rebelles flamands et hollandais, et celui-ci enfin parvint à établir plus sérieusement chez eux l'autorité princière, au moyen des bandes allemandes qu'il introduisit dans le pays. Comme cependant les ducs de Gueldre prétendaient également à la Frise, la difficulté de se maintenir en possession en face de leur hostilité déclarée détermina en lolo le fils d'Albert, le duc George de Saxe, à vendre ses droits à l'archiduc Charles. Les villes de Leeuwarden et de Harlingen prêtèrent le serment d'allégeance au jeune souverain des Pays-Bas; le duc Charles de Gueldre fut obligé de se désister de ses prétentions; et en 1523 la soumission de la Frise était un fait accompli, sous la seule réserve de ses grandes libertés communales.
Ce n'était là, si l'on veut, qu'une récupération; Tacquisi-
tion de la principauté ecclésiastique d'Utrecht adjoignit aux Pays-Bas bourguignons des territoires qui n'y avaient jamais appartenu. Les princes-évêques d'Utrecht, autrefois les plus puissants ou même les seuls seigneurs au nord du Rhin inférieur, ne maintenaient depuis longtemps qu'avec peine les restes de leur domination temporelle, menacée à la fois par la Hollande et par la Gueldre. Déjà en 1483 l'un d'entre eux, le bâtard de Bourgogne David, avait plus ou moins volontairement, comme prix de sa restauration, conféré à Maximilien Favouerie de son temporel; en 1528, un de ses successeurs, le comte palatin du Rhin Henri, que le duc de Gueldre avait dépouillé de ses États et chassé de sa ville épiscopale, prit le grand parti d'abdiquer complètement entre les mains de la régente des Pays-Bas, Marguerite d'Autriche. Celle-ci fit immédiatement valoir les nouveaux droits de sa maison, en envoyant des troupes qui n'eurent pas grand'peine à expulser les garnisons gueldroises tant de l'évèché d'Utrecht proprement dit que de la seigneurie d'Overyssel; et depuis lors les deux pays figurèrent comme treizième et quatorzième provinces dans l'ensemble des Pays-Bas habsbourgeois.
Les pays frisons de Drenthe et de Groningue, qui continuaient l'Overyssel au nord, passaient également de vieille date, nous l'avons dit précédemment, pour des dépendances de l'évèché d'Utrecht; mais l'autorité des prélats y avait toujours été plus que précaire, et depuis le commencement du xvi^ siècle ce n'étaient plus eux, c'étaient les ducs de Saxe en leur qualité de gouverneurs héréditaires de la Frise, les comtes d'Ostfrise et les ducs de Gueldre qui menaçaient l'autonomie des petites républiques frisonnes. Le duc Charles de Gueldre avait fini par prévaloir; mais, las de sa tyrannie, les iiabitants invoquèrent la protection de la régente des Pays- Bas, Marie; la reine de Hongrie ne la leur refusa pas, et en 1536 une renonciation solennelle du duc valida l'incorporation aux Pays-Bas autrichiens dos deux pays de Groningue et de Drenthe, qui ensemble formèrent la quinzième province.
Toutes les contrées dont nous venons de parler arrivèrent,
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on le voit, aux Habsbourg par l'entremise des ducs de Gueldre, qui ne les conquirent que pour les céder à leurs trop puissants voisins; le duché de Gueldre lui-même, avec son annexe le comté de Zutplien, eut finalement le même sort. On se rappelle que dès 1472 il avait été réuni aux Pays- Bas bourguignons par Charles le Téméraire, et qu'il y était même resté compris après sa mort, le duc dépossédé de Gueldre, Adolphe, ayant été tué devant Tournai au lendemain de la bataille de Nancy (1477); mais à partir de l'année 1492 le fils d'Adolphe, Charles d'Egmond, rentra plus ou moins complètement en possession de l'héritage paternel, et pendant près d'un demi-siècle de guerres presque continues il s'y défendit avec une obstination qui l'a fait comparer à Annibal et à Mithridate; bien plus, il s'empara tour à tour, nous venons de le voir, de tout ou partie des pays d'Ltrecht, d'Overyssel, de Frise, de Groningue et de Drenthe, en mettant à profit l'alliance de la France, trop heureuse de créer à la maison d'Autriche des embarras dans ses possessions néerlandaises. A la longue cependant il ne put se maintenir dans aucune de ses nouvelles acquisitions contre la supériorité de forces par trop écrasante des Habsbourg, et successivement il dut évacuer la Frise (1517), Utrechl et Overyssel (1528), Groningue et Drenthe (1536). Restaient ses pays patrimoniaux de Gueldre et de Zutphen, dont le traité de 1528, en même temps qu'il les mettait sous la suzeraineté commune de la Hollande et du Brabant, assurait la réversion à Charles-Quint. Pour les soustraire à une incorporation, que son âge et sa maison vide d'enfants présageaient prochaine, le duc Charles ne vit pas de meilleur moyen que de les donner à la France; mais ses sujets refusèrent d'accéder à cette résolution désespérée et l'obligèrent à se démettre en faveur d'un prince voisin, l'héritier présomptif de la maison de la Mark-Clèves, Guillaume, qui fut en effet solennellement inauguré à Arnheim, quand ce dernier mécompte lui eut brisé le cœur (1538). Comme le nouveau duc succéda dès l'année suivante (1539) à son père Jean HI le Pacifique dans
les duchés de Clèves, de Juliers et de Berg-, ainsi que dans les comtés et seigneuries annexes, il se trouva un instant le seigneur de beaucoup le plus puissant dans toute la vallée inférieure du Rhin, et digne à tout égard du nom de Guillaume le Riche, qu'on lui donne communément; néanmoins il ne fut pas de force à continuer longtemps une lutte inégale. En prenant lui aussi, à l'exemple de son prédécesseur, les armes en faveur de François P'', il comptait sur l'assistance de la ligue de Smalcalde; Charles-Quint acheta la neutralité de celle-ci par de feintes concessions, inonda de ses troupes les États héréditaires de la maison de Clèves, moins hérissés de forteresses que le pays de Gueldre, et décida de la sorte le duc Guillaume à lui céder sa nouvelle acquisition (io43). Abandonnées par lui, les villes gueldroises, qui depuis si longtemps tenaient tête aux armes autrichiennes, ouvrirent leurs portes; les états de Gueldre et de Zutphen jurèrent fidélité à l'empereur en sa qualité de souverain des Pays-Bas; et leur soumission paracheva en 1344 la réunion des dix-sept provinces néerlandaises.
Il restait cependant dans la région comprise entre le Pas de Cahiis et le Dollart, le Zuiderzée et les Ardennes, une contrée qui ne reconnaissait pas la souveraineté autrichienne ; mais ni Charles-Quint, ni aucun de ses successeurs n'ont eu l'occasion do la réunir à leurs possessions des Pays- Bas, et la principauté ecclésiastique de Liège est restée jusqu'à la Révolution une enclave soustraite à leur autorité. Les ducs de Bourgogne y avaient pourtant pendant tout le xv° siècle exercé une espèce d'avouerie, que motivait l'incapacité des évêques de se défendre seuls contre leurs turbulents citadins; mais ni eux, ni leurs successeurs habsbourgeois ne trouvèrent un prétexte plausible pour lui faire subir le même sort qu'à l'évêché d'Ulrecht, où la conquête gueldroise fraya le chemin à la conquête autrichienne; aussi, nous l'avons vu ailleurs, les princes-évêques de Liège ont-ils figuré jusqu'au bout parmi les membres souverains du saintempire, au cercle de Westphalie.
Les Pays-Bas habsbourgeois, au contraire, formaient, depuis la diète de Cologne de 1512, le cercle de Bourgogne ^ sans que toutefois leur situation dans l'empire fût nettement déterminée. Charles-Quint, non content de leur avoir donné^ leur configuration géographique définitive, s'occupa aussi de mieux assurer leur union, tout en fixant, de la façon la plus favorable à leurs intérêts particuliers, leurs rapports avec le saint-empire. La Pragmatique sanction qu'il proclama en 1348 à la diète d'Augsbourg déclara indissolublement unis et transmissibles par voie de primogéniture les quatre duchés^ de Brabant, Limbourg, Luxembourg et Gueldre, les deux marquisats de Namur et Anvers, les six comtés de Flandre,. Hainaut, Artois, Hollande, Zéelande et Zutphen, et les^ cinq seigneuries de Frise, Matines, Ltrecht, Overyssel et Groningue; elle mettait à leur charge deux parts d'électeur dans les frais communs de l'empire, mais stipulait pour tout le reste leur souveraineté absolue. Les dix-sept provinces devaient ainsi constituer un seul et même Etat, placé sous la protection de l'empire, mais d'ailleurs pleinement indépendant. Quant à leur organisation intérieure, s'il tâcha d'étendre l'autorité princière et de centraliser l'administration, s'il châtia durement la révolte des Gantois (1339-1340) et se montra implacable sur l'article de la religion, Charles- Quint, Flamand lui-même, respecta les vieilles traditions de liberté des pays néerlandais, dont chacun avait ses états, différemment composés, mais caractérisés presque tous par une prépondérance marquée de l'élément citadin sur l'élément nobiliaire et clérical : du consentement de ces états,, parfois réunis en Etats généraux à Bruxelles, dépendait la levée des impôts extraordinaires. Grâce à ce gouvernement, en somme assez bénin, la prospérité des Pays-Bas continua à être pendant la première moitié du xvi*" siècle un objet d'admiration et do jalousie pour le reste de l'Europe; Anvers, qui depuis les troubles du temps de Maximilien avait supplanté Bruges comme centre des échanges de l'Occident, était peutêtre avec Venise la ville la plus riche de l'époque, et les dix-
sept provinces alimentaient le trésor impérial mieux que tous les royaumes réunis sous le sceplre de Charles-Quint, sans en excepter le Mexique et le Pérou, que conquéraient pour lui à ce moment même Cortez et Pizarre.