‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 130 sur 168 · LA RÉPUBLIQUE DES SEPT PROVINCES-UNIES · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE DES SEPT PROVINCES-UNIES

Giicldre (avec Zutpheii), qui avait pris pour stathouder son frère Jean de Nassau, et les districts ruraux [Omelande) de celle de Groningue ; la ville de Groningue et les provinces de Frise et d'Overyssel, ainsi que le pays de Drentlie, celui-ci cependant comme pays protégé seulement, y accédèrent dans le cours de l'année; puis aussi les villes flamandes ou brabançonnes de Gand, Bruges, Ypres, Anvers et Matines. Ces dernières ont été dans la suite détachées de la ligue par la politique et les armes d'Alexandre Farnèse ; les provinces septentrionales au contraire ont persisté dans l'union ou y sont revenues après en avoir été séparées, et c'est ainsi que les événements postérieurs ont fait de l'acte de confédération d'Utrecht le point de départ de la république des Sept Provinces-Unies, bien qu'à l'origine il fût loin d'avoir une si grande portée. Il n'y était pas encore question en effet d'une rupture complète avec Philippe II, quelque inévitable qu'elle fût dès lors : ce n'est que le 26 juillet 1581 que les représentants de la Hollande, de la Zéelande, d'Utrecht, de la Gueldrc, de la Frise et d'Overyssel, de concert avec leurs alliés du Brabant et de la Flandre, mais en l'absence de députés de Groningue, dénoncèrent définitivement l'obéissance au roi par l'acte d'abjuration de la Haye, où, après avoir énuméré tous leurs griefs, ils déclaraient ne plus reconnaître ni le titre, ni la juridiction d'un souverain qui, au lieu d'être pour eux un père et un protecteur, ne leur avait été qu'un tyran. Quant à donner à la confédération une constitution proprement dite, on n'y songea même pas ; il était entendu que des députations des états particuliers de chacune des provinces unies se réuniraient en Etats généraux pour délibérer avec le prince d'Orange sur les intérêts de la communauté; l'influence prépondérante revenait naturellement à la province de Hollande, de beaucoup la plus riche et la plus peuplée de toutes; de là l'habitude prise de bonne heure et perpétuée jusqu'à nos jours d'appliquer son nom à la confédération entière.

En même temps qu'il réunissait eu un faisceau plus étroi-

tenient uni les provinces du Nord, le prince d'Orange allait chercher en France un nouveau protecteur pour les Pays- Bas, à la place de l'archiduc Mathias dont personne ne voulait plus, elle 16 septembre 1580 un accord signé à Tours en transférait la souveraineté, mais avec une autorité singulièrement restreinte, au duc d'Anjou, qui déjà, deux ans auparavant, avait été une première fois appelé par les membres catholiques de l'union de Gand. Anjou ne vint à Anvers, après de longs retards (1582), que pour assister aux progrès du prince de Parme dans la Flandre occidentale, et pour échouer, plus honteusement encore que don Juan, dans une tentative pour se mettre en possession réelle de sa résidence et des villes flamandes voisines (1583). Sa retraite, que sa mort suivit à une année d'intervalle (1584), fut par conséquent assez indifférente pour le sort des Pays-Bas; il n'en fut pas de même de la disparition de Guillaume, qu'après bien des tentatives d'assassinat soudoyées par Philippe II, le Franc-Comtois Balthazar Gérard réussit à frapper mortellement à Delft, le 10 juillet 1584, au moment même où les états de Hollande et de Zéelande allaient, après de longues négociations, le proclamer solennellement leur comte et souverain. Il avait été jusque-là l'âme de l'insurrection, le centre de l'union, le père de la patrie; sa mort prématurée (il n'avait que cinquante et un ans) abandonnait les provinces à elles-mêmes et laissait le champ libre à Farnèse, qui venait de faire capituler Bruges et menaçait du même sort Gand, la dernière des grandes villes de Flandre qui conservât son indépendance.

« Mon Dieu, aie pitié de moi, et de ce pauvre peuple ! » telles avaient été les dernières paroles de Guillaume; ce pauvre peuple se montra assez énergique pour mériter la protection divine. Le jour même de l'assassinat, les états de Hollande déclarèrent qu'ils continueraient à défendre la bonne cause jusqu'aux dernières extrémités ; quelques semaines plus tard, les Etats généraux de l'union, où manquaient cependant les envoyés de la Gueldre, d'Overyssel et

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de Groning-ue, nommèrent un conseil d'Élat, à la tète duquel ils placèrent, à défaut du lils aîné du Taciturne, Philippe- Guillaume, qu'Albe avait envoyé prisonnier en Espagne, son second fils, Maurice de Nassau, un jeune homme de dix-huit ans, qui par sa mère était le petil-fils du grand adversaire de Charles-Quint, l'électeur Maurice de Saxe. Il paraissait presque impossible cependant de continuer la lui le sans aide étrangère; fidèle à sa politique de conciliation, Parme avançait pas à pas, ne demandant que la restauration du catholicisme et ratifiant tous les anciens privilèges; déjà Gand s'était rendu aux mêmes comlitions que Bruges ; il assiégeait maintenant à la fois Anvers et Bruxelles. On s'adressa d'abord au roi de France, en lui offrant solennellement la souveraineté des Pays-Bas; mais Henri III, déjà aux prises avec la Ligue alliée à Philippe II, n'osa pas provoquer une déclaration de guerre formelle de son redoutable voisin, et, après de longues hésitations, il finit par refuser; dans l'intervalle, Bruxelles avait été réduite par la famine (10 mars 1585); peu après c'était le tour de Matines; et enfin, après des prodiges de ténacité des deux côtés, Anvers capitulait également le 17 août 1585.

C'en était fait des Pays-Bas méridionaux; déjà les Espagnols envahissaient les provinces septentrionales ; une intervention du dehors était plus urgente que jamais; à défaut de la France, on s'adressa à l'xVngleterre. On obtint en effet d'Elisabeth, sinon qu'elle acceptât la souveraineté des provinces insurgées, du moins qu'elle leur envoyât des secours; en échange et comme garantie de ses frais on lui livra les deux forteresses zéelandaises de Flessingue et de Rammekens, ainsi que la forte place de Brielle en Hollande, qui, toutes trois, ne firent retour aux Pays-Bas que trente et une années plus tard (1616). En vertu de ces conventions, le favori de la reine, Robert Dudley, comte de Leicester, débarqua avec une armée le 20 décembre 1585; il fut immédiatement investi du gouvernement général par les états de l'union ; mais il songea bien plus à augmenter son pouvoir

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personnel qu'à combattre Alexandre Farnèse, désormais duc de Parme par suite de la mort de son père, et lorsque, au bout de deux ans dintrigues et de querelles, il quitta les Pays-Bas (fin 1587), les affaires des Provinces-Unies étaient en apparence plus désespérées que jamais. Les Espagnols, maîtres de toute la Flandre et de tout le Brabant, sauf Ostende et Bergen-op-Zoom, occupaient^ déjà dans le nord Nimègue et Zutphen en Gueldre, Deventer en Overyssel, la province entière de Groningue ainsi que le pays de Drenthe, et menaçaient, par Bois-le-Duc, Bréda, Gertruidenberg et rÉcluse, le cœur même de l'union, la Hollande et la Zéelande. D'autre part, dans les territoires qu'ils n'avaient pas reconquis encore, l'intervention de Leicester avait avivé d'une manière désastreuse les ferments de discorde autrefois contenus par la sagesse de Guillaume le Taciturne, soulevé les petites provinces contre la suprématie de la Hollande et opposé, sous des bannières tant politiques que religieuses difTérentes, la classe populaire désireuse d'obéir à un pouvoir central fortement constitué et imbue des principes du calvinisme le plus strict, aux familles patriciennes, maîtresses des magistratures urbaines, lesquelles étaient plus tolérantes en matière de dogme et profondément attachées à l'autonomie provinciale.

Telle étant la situation des choses, le duc de Parme, s'il avait été le maître absolu de ses mouvements, aurait eu de grandes chances pour réduire les derniers restes aussi des Pays-Bas insurgés : la politique trop ambitieuse de Philippe II, dont les vastes combinaisons embrassaient l'Europe entière, ne lui permit pas d'en profiter. Au moment le plus critique pour l'union, Alexandre Farnèse dut s'absorber tout entier dans les immenses préparatifs nécessités par l'armée qui devait conquérir l'Angleterre, et lorsque le souffle de Dieu, pour rappeler la devise de la médaille frappée par les Etats généraux, eut dissipé V Invincible Armada sur laquelle elle devait s'embarquer (1588), il lui fallut à deux reprises mettre ses meilleures troupes et son propre génie stratégique

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