CHAPITRE III
Autant les quatre-vingts années qui s'écoulèrent depuis la paix d'Utrecht jusque vers la fin du xvni' siècle, avaient été pauvres en modifications territoriales pour l'une et l'autre moitié des Pays-Bas, autant la période suivante apporta, sous l'influence do la Révolution française, des changements aussi considérables que fréquents à toutes leurs conditions d'existence. Les provinces du Sud furent tout d'abord annexées à la France républicaine ; celles du Nord, après leur transformation successive, de république des Sept Provinces- Unies en république batave, et de république batave en royaume de Hollande, furent à leur tour changées en départements français par Napoléon I"; et l'héritage bourguignon entier se trouva de la sorte de nouveau réuni, mais réuni au prix de toute individualité politique, dans la vaste agglomération de pays qui formait l'empire napoléonien. A ce premier bouleversement ne tarda pas à en succéder un autre : les provinces qui avaient constitué la république septentrionale prolifèrent des revers du grand conquérant pour revendiquer victorieusement leur autonomie nationale, la consolidèrent en attribuant le pouvoir souverain à la famille de Nassau, et furent récompensées de leurs efforts pour la cause commune de l'Europe coalisée contre Napoléon 1" par
radjonclion des Pays-Bas autrichiens et du Liégeois : l'union des deux groupes de provinces fut donc maintenue, ou, pour mieux dire, rétablie, non plus dans la sujétion étrangère, mais dans l'unité d'un Élat indépendant. La nouvelle création cependant ne parvint pas non plus à se consolider; deux siècles et plus d'un développement historique diamétralement opposé avaient rendu complètement étrangères les unes aux autres les provinces qui jadis avec Guillaume d'Orange avaient conquis contre Philippe II leur liberté politique et relideuse, et celles que le duc de Parme avait conservées à l'Espagne et au catholicisme; leur incompatibilité d'humeur, manifestée dès les premiers jours de leur constitution commune, éclata au grand jour par la révolution belge de 1830, et se traduisit par la création d'un royaume particulier de Belgique, qui depuis lors tient la place des Pays-Bas espagnols et autrichiens du xvii" et du xvm" siècle, tout comme le royaume des Pays-Bas, réduit à la partie septentrionale d.u royaume de même nom fondé en 1815, continue l'ancienne république des Sept Provinces-Unies,
Telles sont en deux mots les révolutions politiques et géographiques, par l'exposé desquelles il nous reste à mener jusqu'à notre temps l'histoire territoriale des nrovinces néerlandaises; avant de les examiner cependant, il ne sera pas inutile de rappeler brièvement l'étendue et les grandes divisions des Pays-Bas tant belges que bataves à la veille de leur invasion par les armées de la République française; nous rattacherons de la sorte plus facilement à l'ordre de choses antérieur les nombreuses mutations territoriales que nous aurons à signaler.
Des dix-sept provinces que Charles-Quint avait autrefois réunies en un seul Etat par la Pragmatique sanction d'Augsbourg, une seule, l'Artois, avait été complètement distraite des Pays-Bas par son annexion à la France; cinq autres, la Flandre, le Ilainaut, le Namur, le Luxembourg et la Gueldre, avaient subi des pertes partielles, les quatre premières du chef des usurpations françaises du xvn® siècle, la dernière