LES PAYS-BAS A LA VEILLE DE L'INVASION FRANÇAISE
par Tabandon à la Prusse d'une partie de la Gueldre supérieure, stipulé par la paix d'Utreclit. Le reste se partageait à peu près également entre la république des Provinces- Unies et les Pays-Bas autrichiens, dont on évaluait la superficie respective à 34 000 et à 26 000 kilomètres carrés, habités d'une part comme de l'autre par environ deux millions d'àmes.
Les Pays-Bas autrichiens, vrai résidu de l'ancien cercle de Bourg-ogne, dont la république du Nord avait absorbé la moitié septentrionale et que les rois de France avaient fortement diminué au sud, ne comprenaient que peu do provinces entières ; seuls le marquisat d'Anvers et la seigneurie de Malines, l'un et l'autre depuis longtemps incorporés au Brabant, étaient complètement, le Limbourg-, le Luxembourg et le Namur à peu près intacts; la moitié septentrionale du Brabant et quelques districts de la Flandre du Nord avaient passé aux États généraux, la partie méridionale de la Flandre et du Hainaut à la France; de la Gueldre, il no restait à la Néerlande méridionale que le petit territoire de Rocrmonde. Gomme de tout temps d'ailleurs, elle était partagée en deux moitiés de fort inégale g-randeur par l'évèché-princier de Liège qui, s'allongeant le long- de la moyenne Meuse, ne laissait subsister qu'une étroite soudure entre le Luxembourg et le Limbourg- d'une part, le Namur et les autres pays de l'autre.
La république des Sept Provinces-Unies était, à la fois au point de vue historique et au point de vue territorial, beaucoup plus compacte. Ses sept Etats, Zéelande, Ilollando et Utrecht à l'ouest, Gueldre au centre, Overyssel, Frise et Groningue au nord-est, formaient, en y ajoutant le pays allié et protégé de Drenthe intercalé entre Overyssel et Groningue, un tout continu et conservaient exactement leurs anciennes limites, sauf que la Gueldre avait perdu son quartier supérieur, et s'était par contre incorporé l'ancien comté de Zutphen. A leurs territoires se reliait directement la majeure partie des pays de généralité placés sous leur
domination commune, à savoir les districts flamands de rÉcluse, Philippine, Axel et Huist, au sud de l'embouchure occidentale de l'Escaut, et toute la moitié septentrionale du Brabant, au sud de la basse Meuse, avec les grandes forteresses de Bergen-op-Zoom, Bréda, Bois-le-Duc et Grave; il n'v avait que les places fortes de Venlo et de Maastricht plus haut sur la Meuse, avec leurs dépendances peu considérables dans la Gueldre supérieure et dans le Limbourg, qui ne fussent pas rattachées au corps de la république, mais perdues au milieu de territoires d'empire, autrichiens, liégeois ou autres,
La situation g-éographique des Pays-Bas autrichiens les exposait naturellement aux premiers coups de la France révolutionnaire; leur rapide conquête fut singulièrement facilitée par l'apathie ou la connivence des populations, depuis longtemps habituées à ne pas se défendre elles-mêmes €t la veille encore en pleine insurrection contre la domination autrichienne. La victoire de Jemmapes (6 novembre 1792) les livra une première fois, avec leur enclave, l'évèché de Liège, à l'armée de Dumouriez, et déjà la Convention nationale avait décidé l'incorporation des uns et de l'autre au territoire de la République française, quand la bataille de Nerwinde (18 mars 1"93) changea momentanément la face des choses et ramena la guerre sous les murs des forteresses de la Flandre et du Hainaut français; grâce à €c revirement de fortune, le neveu de Joseph II, François II, qui venait de succéder à son père Léopold II, put venir à Bruxelles, y recevoir en personne le serment de fidélité de ses sujets bral)ançons, flamands et wallons (avril 1794). Mais ils en furent promplement déliés par la victoire de Jourdan à Fleurus (26 juin 4794), qui rejeta pour vingt ans les armées coalisées au delà de la Meuse et du Rhin; bientôt même, profitant des rigueurs d'un hiver exceptionnel qui couvrit d'une glace épaisse toutes les défenses naturelles de la Hollande, Pichegru put ajouter la conquête des provinces du Nord à celle des provinces méridionales. Là aussi les Fran-