LA RÉPUBLIQUE BAT AVE ET LE ROYAUME DE HOLLANDE
eut neuf d'abord, Hollande (chef-lieu la Haye), Zéelande (chef-lieu Middelbourg), Utrecht (chef-lieu Utrechl), Gueldre (chef-lieu Arnheim), Overyssel (chef-lieu Zwolle), Frise (chef-lieu Leeuwarden), Groningue (chef-lieu Groningue), Drenlhe (chef-lieu Assen) et Brabant (chef-lieu Bois-le-Duc); un peu plus tard, la subdivision de la grande province de Hollande en département de l'Amstel au nord et département de la Meuse au sud en porta le nombre à dix.
La République batave n'était pas cependant au bout de ses tâtonnements constitutionnels; au commencement de l'année 1803, le bon plaisir du nouvel empereur des Français lui imposa une constitution beaucoup plus autoritaire, qui remettait le pouvoir exécutif à l'ambassadeur hollandais à Paris, M. de Schimmelpenninck, avec le titre de grand-pensionnaire, et plaçait à coté de lui comme pouvoir législatif des hautes jouissances ou Etats généraux; puis, au bout d'un an à peine. Napoléon F"", jugeant les voies suffisamment préparées, posa au peuple hollandais l'alternative d'accepter comme roi un de ses frères ou d'être incorporé à l'Empire français. Une députation envoyée à Paris pour parer le coup échoua contre la volonté arrêtée de l'empereur; on se résigna alors à la Haye et on y vota, sans nul enthousiasme, le traité du 24 mai 1806, à la suite duquel Louis Bonaparte fut solennellement déclaré roi constitutionnel de Hollande dans une audience aux Tuileries accordée aux députés bataves le 5 juin 1806. La révolution monarchique, si longtemps poursuivie par la maison de Nassau, était accomplie au prolit d'un Bonaparte!
Le nouveau roi de Hollande, Louis F'', qui fît son entrée solennelle à la Haye le 23 juin 1806, mais ne tarda pas à transférer sa résidence à Amsterdam, prit sa royauté au sérieux et réussit, chose rare pour un étranger, à se faire aimer par ses sujets; par malheur cette sympathie mutuelle qui s'établit entre eux et lui ne tarda pas à le brouiller avec son terrible suzerain. Les débuts du règne furent marqués par un accroissement de territoire : comme prix des services
rendus à la cause commune dans la guerre de Prusse, le traité de Fontainebleau du il novembre 1807 attribua à la Hollande la principauté ci-devant prussienne d'Ostfrise et la seigneurie voisine de Jever, qu'Alexandre 1" avait cédée à Tilsit : elles formèrent un onzième département. Mais d'autres articles du même traité qui établissaient un nouveau règlement de frontières avec l'Empire français et avec le grand-duché de Berg, s'ils étaient assez favorables du côté de celui-ci, abandonnaient à la France, en toute propriété, la ville de Flessingue, où jusque-là elle n'avait eu que droit de garnison et qui fut incorporée à l'Empire napoléonien par le sénatus-consulte du 21 janvier 1808. C'était là un fâcheux précédent, d'autant plus menaçant pour l'intégrité ou même l'existence de la Hollande, que la mésintelligence des deux frères s'envenimait de plus en plus, principalement à cause du blocus continental, décrété à Berlin le 21 novembre 1806; Louis, qui savait que le commerce avec l'Angleterre était pour ses sujets une nécessité de premier ordre, tolérait la contrebande; Napoléon ne se donnait guère la peine de cacher son intention d'annexer la Hollande pour en finir avec ce trafic interlope.
Le traité de Paris du 16 mars 1810, arraché à Louis après trois mois de négociations orageuses, lui imposa les plus dures conditions : défense de tout commerce maritime, introduction des douaniers français sur toutes les côtes, et de plus cession de la partie du royaume située sur la rive gauche du Rhin, sous le prétexte fallacieux inscrit à l'article 6 « qu'il était de principe constitutionnel en France que le thalweg du Rhin était la limite de l'Empire français ». La Hollande perdait du coup la Zéelande entière, le Brabant hollandais, la Gueldre à gauche du AVaal, ensemble près d'un demi-million d'habitants; on fit de la Zéelande le département français des Bouches-de-l'Escaut (chef-lieu Middelbourg), des territoires brabançons et gueldrois celui des Bouches-du- Rhin (chef-lieu Bois-le-Duc). Quelque grand que fût le sacrifice, il ne retarda que de quelques mois la catastrophe
REUNION DE LA HOLLANDE A L EMPIllE FRANÇAIS. 333
finale; une armée française s'approcha d'Amsterdam; le roi Louis, après avoir songé un instant à tomlier les armes à la main, abdiqua le 1'^' juillet 1810 en faveur de son fils aîné Napoléon-Louis, grand-duc de Berg-, pour lequel la reine Ilortense devait prendre la régence, et se retira en Autriche; mais dès le 9 juillet son abdication était rendue vaine par le décret de RamboLiillet, qui annonçait la réunion de la Hollande à l'Empire français.
Cette réunion, qui mettait lin môme à l'ombre d'autonomie que les Pays-Bas septentrionaux avaient réussi à sauvegarder jusque-là, fut réglée, en dépit des vaines protestations (lu monarque détrôné, par le sénatus-consulte du 43 décembre 1810, qui réalisa dans le domaine des faits la fameuse théorie géographique, émise un an auparavant dans le Moniteur du 14 décembre 1809, « que la Hollande, en sa qualité d'alluvion des grandes arlèros françaises, le Rhin, la Meuse et l'Escaut, n'était réellement qu'une portion de la France ». Ce qui restait du royaume depuis les cessions du commencement de l'année forma les sept départements français des Bouches-de-la-Meuse (chef-lieu la Haye), du Zuiderzée (chef-lieu Amsterdam), de l'Yssel-Supérieur (cheflieu Arnheim), des-Bouches-d(i-rYssel (chef-lieu Zwolle), de la Frise (chef-lieu Leeuwarden), de l'Ems-Occidental (chef-lieu Groningue) et de l'Ems-Oriental (chef-lieu Aurich). De même que les deux déparlements précédemment créés sur la rive gauche du Rhin, ils correspondaient exactement aux départements hollandais des années précédentes (lesquels eux-mêmes n'étaient que les anciennes provinces), à la différence près que les petits pays d'Ulrecht et de Drentlie étaient respectivement adjoints h la Hollande septentrionale et à Groningue, et que la Gueldre ne dépassait plus le Waal.
Les Belges s'étaient laissé incorporer à la France sans trop de mauvais vouloir et s'étaient promptement francisés ; il n'en fut pas de même des Hollandais, bien que, pour les consoler de leur déchéance politique, on proclamât Amsterdam
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la troisième ville do l'empire après Paris et Rome, et qu'on leur envoyât un représentant particulier de l'empereur dans la personne de l'ex-consul Lebrun, devenu prince architrésorier; nulle part peut-être la domination napoléonienne ne fut aussi universellement abhorrée qu'aux Pays-Bas néerlandais, dont elle achevait la ruine commerciale et financière. Aussi le pays se couvrit-il de sociétés secrètes, où les orang-isles et les républicains d'autrefois se rencontraient comme alliés, et lorsque, après la bataille de Leipzig, l'armée coalisée que commandait Bulow se fut avancée vers les frontières des anciennes Provinces-Unies, un mouvement populaire, né à Amsterdam (15-16 novembre 1813), mieux accentué à la Haye (17 novembre), se communiqua rapidement à travers toute la Néerlande, sans que les quelques troupes françaises chargées de la contenir pussent y mettre sérieusement obstacle. Comme en 1672 et en 1747, la révolution avait pour signe de ralliement la cocarde jaune et pour cri de guerre le vieil Oranje boven (vive Orange!); le débarquement à Scheveningen (30 novembre 1813) du prince d'Orange Guillaume, fils du feu stalhoudcr héréditaire Guillaume Y, lui donna son chef naturel. Il ne manquait pas de Hollandais, dans les classes moyennes et supérieures de la société surtout, qui eussent désiré le retour de l'ancienne constitution avec ses états provinciaux souverains et son stathoudérat mal défini ; mais la voix populaire se prononçait hautement dans un autre sens, et dès le 2 décembre 1813 les commissaires du gouvernement provisoire proclamaient prince souverain des Pays-Bas l'héritier du sang et du nom des anciens stathouders, au milieu des acclamations du peuple d'Amsterdam. Il était bien entendu cependant que cette souveraineté serait limitée par une constitution librement débattue, et en effet une assemblée de notables vota presque h l'unanimité, le 29 mars 1814, le pacte fondamental du nouvel État, auquel le prince prêta serment le lendemain. On y avait tenu compte des anciennes institutions en accordant aux états provinciaux l'administration jn'ovincialc et l'élection des États généraux;