LE ROYAUME DES PAYS-BAS
mais, celle élection faite, ils n'avaient plus de part à la direction générale des affaires, partagée entre leurs élus et le prince.
Dans l'intervalle les Français avaient été expulsés des provinces néerlandaises et même de la majeure partie de la Belgique; les forteresses qu'ils continuèrent à y occuper jusque après l'abdication de Napoléon P"' furent évacuées à leur tour en vertu de la convention conclue par le comte d'Artois, au nom de Louis XVIII, avec les puissances coalisées; dès lors la Hollande était complètement libre, la Belgique, que l'Autriche ne se souciait pas de reprendre, à la disposition de l'Europe. Les hommes d'Etat du temps, ceux de l'Angleterre surtout, crurent faire un chef-d'œuvre de politique en réunissant les deux moitiés des Pays-Bas en un seul et même Etat, capable de servir de boulevard avancé à l'Europe et d'opposer une digue sérieuse à de nouveaux envahissements français. Cet arrangement, déjà annoncé par un des articles du traité de Paris du 30 mai 1814, qui portait que la Hollande, placée sous la souveraineté de la maison d'Orange, recevrait un accroissement de territoire, fut déterminé, quant à ses bases fondamentales, pendant la visite que l'empereur de Russie et le roi de Prusse allèrent faire au mois de juin 1814 au prince-régent d'Angleterre à Londres : il s'agissait, pour parler avec le protocole officiel, de constituer les Provinces- Unies dans des proportions qui les missent à même de soutenir leur indépendance par leurs propres moyens; mais il s'agissait aussi, ce sont encore les termes du protocole, de fondre les deux pays dans une union intime et complète, c'est-à-dire de les introduire dans le nouvel État sur le pied d'une parfaite égalité. Le prince souverain des Pays-Bas accepta le don que lui faisait la diplomatie européenne, aux conditions posées par elle, par acte daté de la Haye le 21 juillet 1814, et le 16 mars 1815 il prenait par lettres patentes .'a dignité de roi héréditaire des Pays-Bas, sous le nom de Guillaume P'.
Quant à la constitution territoriale du nouveau royaume,
o36 LES PAYS-BAS.
elle ne fut fixée dans le détail que par le traité que le roi des Pays-Bas signa à Vienne le 31 mai 1815 avec les quatre grandes puissances, et qui fut reproduit dans l'acte final de Vienne; encore le second traité de Paris, du 20 novembre 181S. y apporta-t-il quelques modifications. En termes généraux le nouvel État néerlandais comprenait l'ensemble des territoires de l'ancienne république des Provinces-Unies , des anciens Pays-Bas autrichiens et de l'ancien évêché de Liège, tandis que les annexions napoléoniennes au royaume de Hollande, Ostfiise et Jever, n'en faisaient pas partie; mais des rectifications de frontières consenties à Vienne au profit de la Prusse rhénane et de la France, puis la nouvelle délimitation imposée à celle-ci au lendemain des Cent-Jours, déplacèrent quelque peu les limites traditionnelles des pays réunis sous le sceptre de Guillaume I". Parmi les cessions faites à la Prusse, la plus importante fut celle d'une partie du Luxembourg avec Saint-Vith; du côté de la France, le deuxième traité de Paris imposa à Louis XVIII, au profit des Pays-Bas, non seulement l'abandon des districts du Namur et du Ilainaut que lui avait laissés le premier, mais aussi la cession des territoires anciennement français de Philippeville , Marienbourg et Bouillon.
Dans ces frontières parfaitement arrondies, le royaume des Pays-Bas se divisa dorénavant en dix-huit provinces, toutes désignées par de vieux noms historiques, sans que cependant elles correspondissent toutes , tant s'en faut, aux anciens territoires dont elles empruntaient la dénomination. Dans le Nord, il est vrai, oii la Bépublique batave lors de sa seconde organisation départementale avait rétabli l'antique circonscription provîneiale et où même l'incorporation napoléonienne n'avait occasionné que des changements faciles à annuler, les provinces de Hollande, Zéelande , Utrecht, Gue]dre, Overyssel, Frise, Groningue, Drenthe et Brabant septentrional continuèrent purement et simplement les anciens Etats ou pays de ce nom, à cette seule exception près qu'on ajouta à la Zéelande la ci-devant Flandre hollandaise; mais dans le