LA RÉVOLUTION BELGE DE
politique et social différent que leur avait imprimé la scission de la fin du xvr siècle, opposition des mœurs, opposition des intérêts matériels, et surtout opposition de la confession religieuse; même avec de l'habileté, et le gouvernement de Guillaume I" en manqua trop souvent, il eût été difficile de concilier une hostilité réciproque pour ainsi dire instinctive. Dès le début la constitution commune élaborée pour les deux pays par une commission mixte et acceptée à l'unanimité par les Etats généraux des provinces du Nord, fut rejetée par la majorité des votes exprimés des notables belges et ne put être déclarée admise (2S août 18 lo) que par l'interprétation arbitraire d'une partie des votes négatifs et par la fiction qui ajouta aux voix de la minorité celles des membres absents. Bientôt éclatèrent les querelles du gouvernement hollandais avec le clergé belge, lesquelles prirent promptemcnt un caractère d'animosité extrême ; la question de l'instruction publique, à laquelle des deux côtés on attachait avec raison une très grande importance, passionna les esprits comme au temps de Joseph II; après avoir hésité quelque temps, les libéraux belges s'allièrent aux ultramontains contre ce qu'ils appelaient, les uns un gouvernement tyrannique, les autres un gouvernement liérélique; et alors le pays à peu près entier fut unanime dans son opposition : comme en France au même moment, la résistance légale prépara les voies à la révolution.
Cette révolution, contre-coup de celle qui au mois de juillet 1830 renversa le trône de Charles X, commença le 2o août suivant par l'insurrection du peuple de Bruxelles, au sortir d'une représentation de la Muette de Porlici; l'exemple de la capitale fut prompteraent imité par les autres grandes villes belges; partout fut arboré le vieux drapeau brabançon. On parut toutefois d'abord reculer devant les partis extrêmes; le gouvernement provisoire municipal de Bruxelles entra en négociations avec l'héritier présomptif du trône, le prince d'Orange, et à la fin du mois de septembre les Etats généraux de la Haye admirent en principe la séparation
administrative et même la séparation législative da Nord et du Sud. Malheureusement dans Tinlervalle il s'était passé à Bruxelles des faits irréparables : en face des menaces du roi aussi entiché de ses droits que son futur successeur était conciliant, les partis hostiles à une union quelconque avec la Hollande, c'est-à-dire à la fois les catholiques et les libéraux, les partisans de la république et ceux de l'annexion à la France, y avaient prévalu ; la tentative du prince Frédéric, deuxième fils de Guillaume P'", de s'en emparer de vive force avait échoué après une bataille de rues de quatre jours {23 à 26 septembre), et avait achevé d'exaspérer les esprits ; le 4 octobre 1830, le nouveau gouvernement provisoire proclama la ferme intention des provinces belges de former un État indépendant. Le prince d'Orange fit une dernière et assez singulière tentative de les conserver à sa dynastie, en leur offrant de sa mettre lui-même à leur têle; mais ses ouvertures furent aussi mal reçues à Bruxelles qu'à la Haye: Guillaume I", pour mieux accentuer son inébranlable volonté de maintenir ses droits, fit bombarder la ville d'Anvers du haut de la citadelle, et le Congrès national belge, après avoir décidé le 18 novembre 1830 que la Belgique devait devenir une monarchie constitutionnelle, exclut à l'avance, huit jours plus tard (24 novembre^ tout prince de la famille d'Orange du nouveau trône qu'il s'agissait d'élever.
Il appartenait à la diplomatie européenne, qui à Vienne avait créé le royaume des Pays-Bas, de prononcer en dernière instance dans ce débat entre un roi légitime et ses sujets révoltés. Peu d'années ou même peu de mois auparavant la Sainte-Alliance eût sans nul doute maintenu son œuvre à tout prix ; après le changement de dynastie opéré en France, la crainte de voir la question belge provoquer une guerre générale, que Louis-Philippe l" et les puissances du Nord redoutaient également, fit adopter d'autres résolutions. Les représentants des cinq grandes puissances réunis en conférence à Londres dès le 1"" novembre 1830 déclarèrent accomplie, le 20 décembre suivant, la dissolution du royaume