LA DÉLIMITATION ENTRE LA HOLLANDE ET LA BELGIQUE
néerlandais, sauf à déterminer d'un commun accord, tant la question dynastique belge que les frontières respectives à donner aux deux nouveaux États, qu'appelait à la vie l'avortement de la combinaison de 1815. Tout d'abord on s'entendit pour interdire le choix d'un prince quelconque appartenant à une des cinq grandes dynasties européennes ou encore celui du duc de Leuchlenberg, petit-fils par adoption de Napoléon P'; puis le protocole du 20 janvier 1831 fixa une première délimitation, qui laissait au roi des Pays-Bas, sauf échange des enclaves, tous les territoires qui en 1790 formaient la république des Provinces-Unies, et en plus, avec la qualité de membre de la Confédération germanique, le grandduché de Luxembourg : le reste du royaume devait constituer, sous le nom de Belgique, un Etat indépendant, mais neutre.
Malgré son entêtement, et probablement avec l'arrièrepensée de laisser la responsabilité du refus à la partie adverse, le roi Guillaume 1" accéda à ce protocole du 20 janvier 1831. Le Congrès belge, au contraire, oîi la presque totalité des provinces de Luxembourg et de Limbourg s'était fait représenter (le reste n'avait été empêché d'en faire autant que par les garnisons de Luxembourg et de Maastricht), le rejeta comme sacrifiant ces deux pays; et, sans se laisser arrêter par les restrictions apportées par la Conférence de Londres au libre choix d'un roi, il désigna comme monarque futur le duc de Nemours, second fils de Louis-Philippe I" (3 février 1831). Le roi des Français, après des hésitations feintes ou réelles, refusa la couronne au nom de son fils (17 février); pendant quelques mois le baron Surlet de Ghokier exerça une régence purement nominale; puis un nouveau scrutin proclama le nom du prince Léopold de Saxe-Cobourg(4 juin 1831). Ce prince, d'une capacité politique hors ligne, semblait prédestiné à s'asseoir sur un trône : en 1816, à vingt-six ans, il avait été choisi comme époux par la princese héréditaire d'Angleterre, Charlotte- Auguste, morte l'année suivante bien avant son père George IV; plus récemment, en 1830, les puis-
sances protectrices de la Grèce lui avaient offert la couronne (le ce pavs, qu'il avait refusée parce qu'on n'avait pas voulu lui accorder les conditions territoriales qu'il jugeait indispensables pour assurer la stabilité du nouvel État hellénique. Il ne se montra pas plus empressé à accepter la royauté belge, et demanda avant tout aux grandes puissances une délimitation plus favorable pour son futur royaume. La Conférence de Londres se rendit jusqu'à un certain point à son vœu, en adoptant les {^articles du 2G juin 1831, qui, tout en maintenant en principe comme base du départagement la frontière de 1790, laissaient provisoirement les choses en l'état, jusqu'à la conclusion de Farrangement définitif entre la Hollande et la Belgique. Comme cet arrangement ne paraissait pas devoir se faire de sitôt et qu'on pouvait espérer par conséquent qu'il s'écoulerait, avant qu'il fût consommé, assez de temps pour changer la possession provisoire en possession définitive, le congrès de Bruxelles accepta le nouveau protocole (9 juillet 1831); le prince n'hésita plus dès lors; il vint à Bruxelles, prêta serment à la constitution sur la place du Marché de sa future capitale, et fut immédiatement après proclamé roi des Belges, sous le nom de Léopold I" (21 juillet 1831).
La Belgique s'élait refusée à souscrire au protocole du 20 janvier 1831, accepté par le roi Guillaume I"; celui-ci à son tour protesta contre les 18 articles du 26 juin 1831, admis [)ar le Congrès belge, et appuya sa protestation diplomatique par une démonstration militaire; le 2 août 1831, l'armée hollandaise sortait de ses lignes, battait les troupes belges à Hasselt et à Louvain, et menaçait Bruxelles. La rapide intervention d'une armée française l'empêcha d'occuper la capitale de la Belgique; et alors, s'arrêtant à un système intermédiaire de délimitation, la Conférence do Londres établit, en guise de sentence arbitrale, finale et irrévocable, le traité des 24 m^licles du 20 octobre 1831, qui partageait entre les deux royaumes les provinces litigieuses de Luxembourg et de Limbourg, en restituait la partie orientale au