‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 15 sur 168 · ACQUISITION DE LA POMÉRANIE ORIENTALE · texte numérisé non relu

ACQUISITION DE LA POMÉRANIE ORIENTALE

éventuel des états poméraniens en faveur de l'électeur Joachim I" Nestor. Aussi, aux approches de la mort de Bogislas XIV, l'empereur Ferdinand II le proclama-t-il de nouveau solennellement dans un des articles de la paix de Prague (1633), et son successeur Ferdinand III ne fit-il aucune difficulté pour donner à l'électeur George-Guillaume l'investiture de l'héritage devenu vacant (1637); mais en fait la Poméranie entière resta entre les mains des Suédois, qui s'y étaient étahlis dès leur débarquement en Allemag-ne (1630), et qui prétendaient bien la garder cà la conclusion de la paix, comme le prix du sang- de leur roi Gustave-Adolphe, mort pour la défense des libertés germaniques. La couronne de Suède s'était mise officiellement en possession au lendemain do la mort du dernier duc, et le gouverneur suédois de Stettin avait menacé de faire clouer les lettres patentes de prise de possession brandebourg^eoise sur la tête du trompette qui les apporterait. Malgré les protestations de l'électeur Frédéric- Guillaume P"", malgré celles des états poméraniens qui demandaient d'un commun accord que la totalité du pays passât à l'héritier lég-itime, les négociateurs allemands d'Osnabruck n'osèrent ou ne purent faire vider complètement aux conquérants venus du Nord une contrée qui leur convenait entre toutes. L'électeur dut se contenter de la Poméranie ultérieure ou orientale à peu près entière, avec Stolpe, Goeslin, Colberg et Stargard; la Poméranie citérieure ou occidentale avec l'île de Rugen, plus la capitale du duché, Slettin, et les bouches de l'Oder avec les petites villes de Garz, Damm, Gollnow et l'ile de Wollin, durent être abandonnées par lui à la Suède, soit par le traité lui-même, soit au règlement de frontière de l'année 1653.

Ce ne fut pas cependant, comme nous l'avons indiqué déjà, sans un notable dédommagement : sur la masse des biens ecclésiastiques de l'Allemagne du Nord livrés à la sécularisation, un archevêché et trois évêchés furent en guise d'indemnité assignés au Brandebourg, sous les nouveaux titres de

duché (le Magdebourg et de principautés de Halberstadt, de Minden et de Cammin, pour y être incorporés soit immédiatement, soit à la mort de leurs titulaires. La chose ne souffrit guère de difficulté pour les trois évèchés, qui furent successivement évacués par leurs garnisons suédoises; mais il n'en fut pas de même pour le grand archevêché de Magdebourg-, que la maison électorale de Saxo avait quelque raison de se croire acquis et qu'elle ne laissa échapper qu'à regret. Profitant du désir de l'empereur Ferdinand II de se concilier le chef attitré des luthériens allemands, l'électeur saxon Jean- Georg'e I*"" en avait fait nommer administrateur son second fils, le prince Auguste, lors de la déposition de Christian- Guillaume de Brandebourg- (1628) ; puis, à la paix de Prague (1633), il avait obtenu pour lui-même la cession des quatre bailliages magdebourgeois de Querfurt, Dahme, Juterbogk et Burg. Les stipulations d'Osnabruck, qui ne laissaient à la Saxe que ces quatre petits bailliages et l'administration du reste pour la durée de la vie du prince Auguste, furent donc naturellement fort mal reçues à Dresde, oij pendant des années encore on caressa l'espoir de conserver l'archevêché entier; à la fin cependant il fallut s'exécuter : Magdebourg reçut garnison brandebourgeoise dès l'année 1666, avec l'assentiment plus ou moins volontaire de l'administrateur et de la bourgeoisie, et en 1680, à la mort du prince Auguste, la prise de possession définitive de l'archevêché-duché par le grand-électeur s'opéra sans contradiction. Une convention avec la branche apanagée de Saxe-Weissenfels y réunit même de nouveau quelques années plus tard, en 1687, un des quatre bailliages distraits, celui de Burg au nord-est de Magdebourg, qui se trouvait complètement enclavé dans les possessions brandebourg eoises.

L'acquisition des quatre principautés ecclésiastiques de Magdebourg, Halberstadt, Minden et Cammin, quoique Frédéric-Guillaume I" s'obstinât à les déclarer une indemnité insuffisante pour la partie de la Poméranie abandonnée à la Suède, ne laissa pas d'apporter à l'État électoral un accroisse-

Page 1