ACQUISITION DE QUATRE PRINCIPAUTÉS ECCLÉSIASTIQUES
ment considérable et, en partie du moins, un arrondissement fort utile. L'évèché de Mindcn avec sa capitale fortifiée sur le moyen Weser était une étape précieuse entre la Vieille- Marche et les possessions rhénanes provenant de la succession de Julicrs, Clèves et Berg\ Celui de Cammin, situé en face de l'île de WoUin, à droite de l'embouchure la plus orientale de l'Oder, complétait la Poméranie ultérieure. L'archevêché de Mag-debourg et l'évèché de Halberstadt enfin comblaient, par leurs territoires continus qui s'étendaient des deux côtés de l'Elbe moyenne, une lacune regrettable entre la Vieille et la Moyenne-Marche, en même temps qu'ils avançaient la masse compacte des Etats brandebourgeois jusqu'aux pentes septentrionales du Harz, et le cercle mag-debourg-eois de la Saale, avec Halle, s'intercalait, le long de cette rivière, entre les possessions anhaltines et saxonnes. Ajoutons, pour être complets, que les droits suzerains exercés par les princes-évèques de Halberstadt sur les seigneuries de Regenstein et de Derenburg et sur une partie du comté de Hohenstein, permirent de réunir avant la fin du siècle ces différents territoires de la région du Harz, et que l'acquisition de la moitié du comté de Mansfeld, qui date de 1780 seulement, reposa également sur des titres empruntés aux chancelleries des anciens prélats de Halberstadt et de Maffdebourg.
La politique du grand-électeur, fort habile dans la dernière période de la guerre de Trente Ans, le fut davantage encore dans la première grande guerre du Nord, suscitée par l'ambition du roi de Suède Charles X Gustave, l'aventureux aïeul de l'aventureux Charles XH. Frédéric-Guillaume y déploya, pour acquérir et conserver la souveraineté dans son duché de Prusse, des ressources inouïes d'adresse et de courage; par contre, on ne saurait nier que sa mauvaise foi égala sa prudence, car il serait difficile de trouver ailleurs dans l'histoire une succession d'évolutions politiques aussi rapides et aussi complètes. Sa position, il est vrai, était des plus difficiles
entre les deux puissances rivales de Suède et de Pologne : il avait affaire d'une part à un suzerain orgueilleux, de plus en plus mal disposé pour un vassal entreprenant; de l'autre à un voisin ambitieux, qui venait de le léser dans ses droits. Quoique le roi de Pologne Jean-Casimir l'eût dispensé (1649), contre une grosse somme d'argent, de prêter en personne le serment d'allégeance et lui eût ainsi épargné le déplaisir de s'agenouiller devant lui, comme il avait dû le faire à ses débuts (17 octobre 1641) devant le roi Wladislas YII, il n'en désirait pas moins vivement, on le comprend sans peine, secouer le vasselage à l'endroit de la république polonaise; mais il se rendait fort bien compte aussi des dangers que pouvait lui faire courir la suprématie incontestée de la Suède dans le Nord, et sa prudence cauteleuse, laissée à elle-même, aurait préféré de beaucoup ne se compromettre d'aucun côté, en constituant un tiers parti, qui n'aurait eu à ménager que son propre intérêt.
Aussi reçut-il froidement les premières ouvertures de Charles-Gustave, quoiqu'il partageât au fond les principes politiques que vint lui développer en 1654 l'ambassadeur suédois Schlippenbach : « que Dieu ne parlait plus aux princes par des prophètes ou par des songes, mais qu'il y avait vocation divine partout où se présentait une occasion favorable d'attaquer un voisin et d'étendre ses propres frontières » ; même après les premières et foudroyantes victoires du roi de Suède, qui lui avaient livré la majeure partie de la Pologne et forcé à une fuite honteuse le roi Jean-Casimir (16oo), il essaya quelque temps encore de se tenir la voie ouverte des deux côtés, en négociant tout armé avec les deux cours et en se contentant d'occuper militairement la Prusse polonaise, par un accord avec les états du pays; mais l'expulsion de ses soldats de la Prusse polonaise, l'invasion de la Prusse ducale elle-même par l'armée suédoise, mirent promptemenl fin à ses hésitations : à Kœnigsberg, jusqu'aux portes de laquelle il avait pénétré, Charles-Gustave lui dicta un traité d'alliance (17 janvier 1656) par lequel il transportait