LA SOUVERAINETE EN PRUSSE
au roi de Suède son hommage pour le duché de Prusse, et ouvrait ses ports à son nouveau suzerain, qui en échange lui promettait l'évêché de Warmie comme fief suédois.
L'électeur n'en continua pas moins à négocier avec la république, d'autant plus que la fortune paraissait déserter son allié de la veille, rejeté vers la Prusse par le vigoureux effort d'une confédération polonaise (printemps 163G); mais le mauvais vouloir de Jean-Casimir et de ses conseillers, qui repoussaient avec indignation les prétentions d'un vassal félon, le décidèrent à resserrer les nœuds de l'alliance suédoise par le traité de Marienbourg (23 juin 1636), dont les articles secrets stipulaient des adoucissements à ses devoirs féodaux et l'abandon à son profit des territoires polonais de Posen et de Kalisz. Tout en rejoignant aussitôt le roi de Suède avec toutes ses forces, Frédéric-Guillaume, qui n'avait pas cessé de protester de ses intentions pacifiques, fit de nouvelles tentatives d'accommodement; la réponse polonaise fut
que « s'il se jetait aux genoux du roi, il aurait sa grâce
peut-être »; alors il n'hésita plus, et la vaillante coopération des Brandebourgeois valut à Charles-Gustave le succès final dans la grande bataille engagée, trois jours durant (28 à 30 juillet 1636), sous les murs de Varsovie. Ce fut l'électeur qui tira de cette victoire l'avantage le plus clair : effrayé des nouveaux armements de la noblesse polonaise et des préparatifs de guerre de ses voisins russes et danois, se défiant non sans raison du désintéressement de son seul allié, le roi de Suède, agissant en qualité de roi de Pologne par droit de conquête, se décida à lui céder la Prusse ducale et la Warmie en toute souveraineté, pour lui et pour ses descendants mâles, par le traité de Labiau sur le Kurisch-Hajf (20 novembre 1636).
Il croyait ainsi l'attacher définitivement à ses intérêts; ce fut le contraire qui arriva. Frédéric-Guillaume avait obtenu des Suédois tout ce qu'il pouvait en espérer, un titre plus ou moins légal à la souveraineté en Prusse; il s'agissait maintenant avant tout de faire ratifier celte souveraineté par la
république polonaise, et par conséquent de se rapprocher de la grande coalition qu'avaient formée avec elle l'empereur, la Russie et le Danemark. Les négociations entamées presque immédiatement dans ce sens furent facilitées par la résolution de Charles-Gustave de transporter le théâtre de la guerre de Poloo^ne en Danemark par une marche rapide à travers la Poméranie, et, dix mois après la conclusion du traité de Labiau, l'électeur signait un nouveau traité à Wehlau sur le Prégel (19 septembre 16o7), celte fois-ci avec le vrai roi de Pologne, Jean-Casimir. Par cet acte, Frédéric-Guillaume restituait à la république la Warmie et ses autres conquêtes; mais par contre le roi polonais renonçait pour lui et pour ses successeurs à la souveraineté dans la Prusse ducale pour tout le temps que dureraient dans les mâles les Hohenzollern brandebourgeois. Il cédait ou engageait en outre à son ancien vassal les seigneuries de Lauenburg et de Butow, situées sur les confins de la Poméranie et de laPomerellie, et la castellanie de Draheim (avec Tempelburg), intercalée entre la Poméranie, la Nouvelle -Marche et la Grande-Pologne; enfin il lui promettait de le mettre en possession d'Elbing, dès que cette ville aurait été évacuée par les Suédois. L'accord ainsi établi fut solennellement juré par les deux princes, le 6 novembre 1657, en plein air, dans un champ aux portes de Bromberg.
Rassuré dès lors du côté de la Pologne, Frédéric-Guillaume n'avait plus à craindre que la vengeance suédoise; pour la prévenir, il envahit la Poméranie citérieure de concert avec les Lîipériaux; mais les hostilités furent bientôt arrêtées, tant par l'intervention de la France, de l'Angleterre et de la Hollande que par la mort de Charles X Gustave, et après cinq ans de guerre les traités d'Oliva du 3 mai 1660 assurèrent une paix victorieuse à l'Etat brandebourgeois : la Suède y renonça à tous les droits sur la Prusse ducale qu'elle pouvait avoir acquis par les conventions de Kœnigsberg et de Marienbourg, et ratifia à son tour les traités de Wehlau et de Bromberg. Le grand-électeur sortait triomphant d'une lutte