RÈGLEMENT DE LA SUCCESSION DE JULIERS
OÙ, plus d'une fois, il avait risqué le tout pour le tout; la Polog-ne trouva moyen, il est vrai, de ne pas livrer la ville d'Elbing-, mais elle n'essaya même pas de remettre en question sa pleine souveraineté dans la Prusse ducale, dont les états s'adressèrent en vain à la république pour en obtenir une intervention en faveur de leurs privilèges; pour leur duché prussien du moins, les HohenzoUern n'avaient dorénavant plus de compte à rendre à personne, sinon à Dieu.
Quelques années après la paix d'Oliva, qui assurait la nouvelle situation politique de la plus orientale de ses provinces, Frédéric-Guillaume l"' régularisa aussi, à l'autre extrémité de ses Etats, les questions territoriales qu'avait fait naître l'ouverture de la succession de Juliers, Clèves et Berg' et qui depuis plus d'un demi-siècle attendaient leur solution finale. Il a été parlé plus haut du partage provisionnel de Xanten, conclu en 1614 entre l'électeur Jean- Sigismond et le comte palatin ^yolfgang-Guillaume de Neubourg; nous avons dit en outre que cet accord n'avait pas pu être exécuté et que les deux maisons étaient restées en coposscssion du tout, pour autant que l'avaient permis les Espagnols et les Hollandais, qu'elles-mêmes avaient appelés dans le pays. La situation s'était améliorée depuis lors, en ce sens que l'occupation étrangère avait en partie cessé dès la dernière période de la guerre de Trente Ans, et que depuis la paix de Westphalie elle ne pesait plus que sur le seul duché de Clèves; mais l'indivision continuait : trois nouveaux partages provisionnels, successivement signés à Dusseldorf, en 1624, en 1629 et en 1647, n'avaient pas plus abouti que celui de Xanten, et en 1631 encore il y avait eu des hostilités momentanées entre les princes copossédants.
Enfin le 9 septembre 1666 le grand-électeur signa à Clèves, avec le duc de Neubourg Philippe-Guillaume, un traité définitif, qui ratifia l'accord de Xanten, à cette seule exception près que la part palatine, Juliers et Berg, était augmentée de la petite seigneurie brabançonne de Ravenstein, celle de
Brandebourg- réduite à Clèves, la Mark et Ravensberg, plus une somme d'argent en échange de Ravenstein; il était convenu en outre que toute la succession resterait unie par une alliance perpétuelle et que les deux maisons, qui devaient exercer en commun la direction du cercle de Westphalie, continueraient à porter l'une et l'autre les titres et les armoiries du tout. Ces dernières clauses, approuvées comme le reste en 1678 par l'empereur Léopold I", donnèrent lieu plus tard, à l'approche de l'extinction de la ligne directe de x\eubourg, à des revendications brandebourgeoises, non couronnées de succès, sur la part palatine; les premières réunirent définitivement aux Etats des Hohenzollern trois provinces westphaliennes. Le comté de Ravensberg, qui, autour des villes de Bielefeld et d'Herford, s'étendait depuis les sources de l'Ems jusqu'au moyen Weser, forma corps avec l'ancien évêché de Minden, qu'il continuait au sud; le grand comté de la Mark, avec Hamm, Soest, Iserlohn, établit la domination brandebourgeoise au cœur même de la Westphalie, des deux côtés de la Ruhr, depuis la moyenne Lippe jusqu'aux sources de la Wipper; enfin le duché de Clèves, prolongé sur les deux rives du Rhin inférieur, depuis Duisbourg et Wesel jusqu'à Emmerich et Clèves, fit des électeurs de la Marche les voisins directs de la république des Sept Provinces Unies. Ce voisinage ne laissait pas d'avoir ses inconvénients : même après le traité de 1666, les Etats-Généraux continuèrent à tenir garnison dans les forteresses du pays, et il fallut que Louis XIV portât en 1672 la guerre en Hollande, pour qu'elles fissent retour à leur légitime souverain.
La seconde moitié du règne du grand-électeur, quoiqu'elle n'ait pas été sans gloire, n'apporta que peu de modifications à l'assiette territoriale de ses États. Frédéric-Guillaume 1" y augmenta sa réputation militaire et son influence politique; mais le Brandebourg n'était pas encore de force à faire prévaloir ses intérêts sur les intérêts opposés de la France ou de l'Autriche, et il ne put réaliser ni sur la Poméranie cité-