‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 19 sur 168 · GUERRES ET NÉGOCIATIONS DU GRAND-ÉLECTEUR · texte numérisé non relu

GUERRES ET NÉGOCIATIONS DU GRAND-ÉLECTEUR

rieure, ni du côté de la Basse-Silésie, les agrandissements qu'il avait médités.

Sa première intervention dans les grandes affaires européennes date de la guerre de Hollande, où il fut le principal allié de la maison d'Autriche contre la France et la Suède, les deux tuteurs que les traités de Westphalie avaient donnés au corps germanique. Dès l'année 1672 il arma pour les Provinces-Unies; mais, mal soutenu par l'empereur, il traita le 16 juin 1673 au village de Vossem, entre Bruxelles et Louvain, avec Louis XIV, qui non seulement lui restitua ses Etats rhénans envahis, mais le mit même pour la première fois en possession des forteresses du duché de Clèves, jusque-là occupées par les Hollandais; la forte place de Wesel elle-même, d'ahord encore retenue par les Français, lui revint après leur retraite générale des contrées du bas Rhin. Le grand-électeur cependant n'était pas habitué, nous le savons de reste, à se croire lié par les traités qu'il avait conclus : nous le retrouvons en armes contre la France dans le courant de l'année 1674, oij c'est lui qui envahit l'Alsace à la tète des troupes de la coalition. Battu à Turckheim par Turenne (janvier 1673), il prit quelques mois plus tard une brillante revanche sur les Suédois alliés à la France, qui avaient envahi la Marche depuis la Poméranie, en les surprenant par une marche rapide, qui en trois semaines le transporta de Schweinfurt en Franconie aux environs de Ruppin. Sa victoire de Fehrbellin, gagnée « avec Dieu » le 28 juin 1673 sur le général Wrangel, doit avant tout son intérêt historique à ce qu'elle est la première bataille gagnée par les Brandebourgeois réduits à leurs propres forces, et que par conséquent, selon l'expression de Frédéric H, « sa postérité date de cette fameuse journée le point d'élévation où la maison de Brandebourg est parvenue dans la suite »; mais elle eut aussi immédiatement des résultats militaires d'une grande importance.

Parla prise successive de Wolgast (1673), d'Anclam (1676), de Stetlin (1677), de Stralsund, de Greifswald et de Rugen (1678), les Suédois se trouvèrent chassés de la Poméranie

entière, et lorsque, pour faire une diversion, leur roi Charles XI envahit la Prusse ducale tout en l'offrant à la Pologne (décembre 1678). Frédéric-Guillaume, accourant par-dessus les glaces du FriscJi-Haff, lui fit, l'hiver aidant, si rude guerre, que dans l'espace d'un mois le pays fut délivré des envahisseurs étrangers, dont 3 000 à peine regagnèrent la Livonie (février 1679). Malheureusement pour son désir de garder la Poméranie citérieure conquise par ses armes, Louis XIV veillait sur les intérêts de ses alliés du Nord, autant que sur les siens propres : aux conférences de Nimègue ses ambassadeurs avaient réclamé la restitution intégrale de la Suède comme une condition absolue de la paix, et tour k tour la Hollande, l'Espagne, en dernier lieu l'empereur (3 février 1G79) l'avaient accordée dans leurs traités respectifs avec la France; l'électeur, resté seul en présence du grand roi, songea d'abord à continuer la lutte, sinon par les armes, du moins avec les ruses de la diplomatie; mais l'occupation de ses places fortes du Rhin et du Weser par des garnisons françaises le décida bientôt à céder; il s'exécuta parie traité de Saint-Germain-en-Laye du 29 juin 1679, qui de toutes ses conquêtes poméraniennes ne lui laissa que la petite ville de Garz sur l'Oder, avec la gloire d'avoir ruiné pour un quart de siècle le prestige militaire de la Suède.

Frédéric-Guillaume avait été abandonné au moment décisif par son allié l'empereur; il songea quelque temps à l'en punir, en profilant des bonnes relations avec la France que lui avait procurées la paix de Saint-Germain, pour faire valoir contre la maison d'Autriche des droits plus ou moins réels qu'il atfectait sur certaines parties de la Silésie. Nous connaissons de vieille date les prétentions de la maison électorale sur le duché de Jaegerndorf et sur les seigneuries d'Oderberg et de Beuthen, anciennes possessions des margraves d'Anspach, qui avaient été confisquées en 1621 par l'empereur Ferdinand II sur leur successeur, le margrave Jean-George de Brandebourg; mais depuis l'année 167o elle y en avait ajouté d'autres sur trois duchés de la Moyenne et

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