LA SUCCESSION D ORANGE
Henri. Il ne pnt donc réunir immédiatement à ses Etats que les deux comtés westplialiens de Ling-en et de Meurs, le premier (avec Lingen) à droite de la moyenne Ems, le second (avec Crefeld) sur la rive gauche du bas Rhin, en lace de la ville clévoise de Duisbourg; un peu plus tard, la seigneurie d'Héristal près de Liège el celle de Turnhoul dans le pays d'Anvers. L'empereur et l'empire, dont le premier éleva à ce propos le comté de Meurs au rang de principauté, confirmèrent solennellement en l'année 1707 son droit à l'égard de ces quatre territoires, auxquels la maison de Nassau-Diez renonça par l'accord de 1732. Quant à la principauté d'Orange et à ses terres annexes en Franche-Comté, il n'en garda que le nom, qui continue à figurer dans le titre royal prussien; le pays fut solennellement cédé à la France par la paix d'Utrecht (11 avril 1713); mais en échange le même traité assigna à son fils Frédéric-Guillaume I", qui lui avait succédé six semaines auparavant (25 février 4713), la Gueldre dite espagnole ou quartier supérieur de la Gueldre (avec Gueldre comme chef-lieu), petit pays fertile et industrieux, arrosé par la Meuse et limitrophe des pays déjà prussiens de Clèves et de Meurs; quoiqu'il eût autrefois fait partie du cercle de Bourgogne, il lui fut cédé en toute souveraineté et non comme partie du saint-empire.
Les traités d'Utrecht valurent en outre à la Prusse la reconnaissance de son titre royal par la France et par l'Espagne, si bien qu'il ne lui fut plus contesté dès lors que par le pape, qui se prétendait seul apte à donner des couronnes, et par le grand maître teutonique, qui continuait à se dire le légitime propriétaire des anciens territoires de l'ordre. Enfin ils validèrent diplomatiquement l'acquisition de la principauté de Neuchâtel et Vallengin en Suisse, faite en 1707 par Frédéric I"', grâce bien plus au libre choix des populations qu'à des droits héréditaires plus que douteux.
L'histoire dynastique de ce petit pays, qui couvre une partie du Jura et borde à l'ouest la large nappe d'eau du lac
de Neucliâtel, est extrêmement compliquée; il nous faut cependant en exposer les faits principaux, pour expliquer comment il a été amené à se donner à un monarque lointain, en vertu de titres féodaux vieux de plus de quatre siècles.
La seigneurie, puis comté et principauté de Neuchâtel, dont Yallengin était une dépendance, figure depuis le xi" siècle parmi les territoires féodaux sortis de l'ancien royaume d'Arles; jusqu'à la fin du xiv" siècle, elle eut sa dynastie indigène. A l'extinction de celle-ci dans la personne de la comtesse Isabelle (1395), la maison bourguignonne de Chalon, qui à ce moment même succédait à la maison de Baux dans la principauté d'Orange, revendiqua Neuchâtel en vertu d'un accord conclu en 1288, en présence et sous les auspices de l'empereur Rodolphe I", entre le comte Raoul V de Neuchâtel et le baron d'Arlay, Jean I" de Chalon, par lequel le premier transmettait au second la seigneurie dominante sur le comté; mais les comtes de Fribourg-en-Brisgau d'abord (1395), puis les margraves de Bade-Hochberg-Sausenberg (1457), issus les uns et les autres d'une sœur cadette de la comtesse Isabelle, déjouèrent tous les efforts des Chalon pour se mettre en possession; l'intervention des républiques helvétiques de Soleure et de Berne, qui étaient en combourgeoisie avec Neuchâtel et craignaient un voisinage trop puissant, les obligea de continuer à se contenter d'une suzeraineté d'autant plus illusoire, que les états du pays s'étaient arrogé le droit d'en conférer l'investiture en dehors du suzerain.
Le dernier comte de Neuchâtel de la maison de Bade, Philippe, mourut en 1503; ses biens du Brisgau passèrent à ses agnats; mais les états neucluitelois proclamèrent sa fille Jeanne, qui épousa l'année suivante le duc de Longueville, Louis l" d'Orléans, et porta ainsi Neuchâtel à une branche illégitime de la maison royale de France. Les Suisses s'en emparèrent en 1512, lors des désastres de la fin du règne de Louis XII; mais en 1529, à la prière de François I", ils le rendirent à la comtesse Jeanne, pour en jouir, elle et ses