‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 23 sur 168 · RÈGNE DE FRÉDÉRIC-GUILLAUME I · texte numérisé non relu

RÈGNE DE FRÉDÉRIC-GUILLAUME I

nagé, de la branche franconienne de Baireuth, par lequel celui-ci lui cédait ses droits sur cette principauté en cas d'extinction du rameau régnant.

Tandis que Frédéric I", quelque inférieur qu'il fût à son père le grand-électeur, avait ainsi continué la politique envahissante de la maison de Brandebourg et acquis à sa dynastie, en dehors de la couronne royale, de nombreux sinon de g-rands territoires, il n'y a qu'un seul progrès territorial de quelque importance à inscrire au nom de son fils Frédéric- Guillaume P', bien que le règne de ce prince (1713-1740) corresponde à une époque diplomatiquement et même militairement fort agitée, et que déjà l'alliance prussienne pesât d'un certain poids dans la balance de l'équilibre européen. Il faut en chercher la cause principale dans le caractère sing-ulier de ce monarque excentrique, aussi ennemi de la guerre que g-rand ami des soldats, et qui ne sut jamais utiliser à son profit les éléments de puissance qu'il ne se lassa pas d'accumuler. On connaît de reste, parles portraits peu respectueux qu'ont tracés de lui ses enfants, son ignorance et son mépris des savants, son entêtement et sa sordide économie, sa dureté pour lui-même et pour les autres, qui dégénéra trop souvent en brutalité, en tyrannie, en cruauté même; tout le monde a entendu parler de la parcimonie de sa cuisine, de son Tahackscollegium ou tabagie qui lui tenait lieu de conseil' d'Etat, des coups de bâton qu'il administrait libéralement à tout le monde et plus particulièrement dans sa famille ; ce qu'on sait beaucoup moins, c'est son sens droit et son esprit pratique, dont son fils, bon connaisseur en pareille matière, a pu dire « que jamais homme no naquit avec un esprit aussi capable de détail ». c'est sa loyauté surtout, son respect pour tout ordre établi, son sentiment profond de sa responsabilité devant Dieu ; s'il a été mauvais diplomate, si toute sa vie il a été le jouet de la cour impériale, c'est qu'il était trop franc et trop consciencieux, trop rivé aussi aux vieilles traditions de subordination envers l'empereur et de dévotion pour la

maison d'Autriche; pour lui, le Suum cuique, qui est la devise de l'ordre de l'Aigle noire fondé par son père en souvenir de son couronnement, n'était pas un vain mot : il poursuivait âprement son droit, mais il respectait celui d'autrui. Son fils, le grand-roi, n'a pas eu de ces scrupules bourg-eois, et a laissé derrière lui une renommée tout autrement éclatante; mais il manque à sa gloire quelque chose qui honore la mémoire de son père, c'est d'avoir été un honnête homme!

Il fallut toute la folie de Charles XII pour forcer pour ainsi dire le nouveau roi de Prusse à s'étendre à ses dépens en Poméranie. Frédéric I*"", après le désastre de Poltava, avait fait le possible pour écarter la guerre des possessions suédoises de rOder, qu'il ne se souciait ni d'attaquer ni de défendre; l'entêté conquérant, réfug-ié en Turquie, n'avait voulu entendre à rien, et en refusant la neutralité de la Poméranie que l'empire offrait de lui garantir, il en avait ouvert lui-même l'accès à ses ennemis russes, polonais et danois (1711). Effrayé de la présence de leurs troupes dans un pays presque complètement entouré par les possessions brandebourgeoises, Frédéric-Guillaume P', au lendemain de son avènement, négocia avec le czar Pierre le Grand et le roi de Pologne Auguste II la convention de Schwedt du 6 octobre 1713, qui mettait sous séquestre prussien la forte 'place de Steltin et les autres villes que les Russes avaient prises déjà ou qu'ils pourraient prendre encore. Charles XII, enfin revenu à Stralsund (1714), refusa d'accéder à cet arrangement provisoire; le roi de Prusse, dès lors décidé à garder la capitale poméranienne, que son aïeul avait jusqu'au bout réclamée à Osnabruck et n'avait qu'à contre-cœur restituée à Saint-Germain-en-Laye, lui déclara la guerre à son tour et aida les Danois à l'expulser de la Poméranie entière (1715). Trois ans plus tard, le roi de Suède trouva la mort dans les fossés de Frederikshald (11 décembre 1718), au moment où, avec la connivence plus ou moins explicite de la Russie et de la Prusse, il essayait de se dédommager de la perte de ses

Page 1