REGNE DE FREDERIC-GUILLAUME
provinces allemandes par la conquèlc de la Norvège, et la régence suédoise chargée de liquider sa désastreuse succession ne put plus songer qu'à traiter aux conditions les moins mauvaises avec ses nombreux ennemis. La paix de Stockholm, signée avec Frédéric-Guilkiume P'' le 1" février 1720, abandonna à la Prusse, contre deux millions d'écus, les bouches de l'Oder avec Steltin, Damm, Gollnow, Wollin, Usedom et le pays au sud de la Peene; en d'autres mots, tout ce que la paix de Westphalie avait rogné sur la Poméranie ultérieure et la moitié environ de la Poméranie citérieure. Un troisième quart de l'héritage de Bogislas XIV revenait ainsi à la maison de Brandebourg; la Suède n'en détenait plus que la partie septentrionale de la Poméranie citérieure avec l'ile de Rugen.
Les vinet dernières années du rèirno de Frédéric-Guillaume I"", loin d'être marquées par de nouvelles acquisitions, présentent môme le spectacle, assez insolite dans l'histoire territoriale des Hohenzollern, de quelques pas en arrière. Ils sont, il est vrai, de fort peu de conséquence, car on ne saurait attacher de l'importance à la vente faite, en 1720, à la Hollande du Grand-Frédéricsbourg, la colonie africaine du grand-électeur, et quant aux autres renonciations, ellesmêmes d'un intérêt assez minime, elles eurent lieu au profit d'une ligne cadette de la maison, les margraves franconiens d'Anspach. On se rappelle le contrat conclu en 1703 par Frédéric I" pour s'assurer à leurs dépens la succession éventuelle à Baireuth, l'autre principauté franconienne des ilohenzollern : en présence de l'opposition générale qui s'était élevée dans l'empire contre cette dérogation au droit féodal, son fds, après de longues négociations, y renonça contre une somme d'argent (1723). Il consentit même quelques années plus tard (1729) à augmenter directement le territoire de ses cousins d'Anspach, en cédant à son gendre, le margrave Charles- Guillaume-Frédéric, les seigneuries franconiennes de Gaildorf et de Speckfeld qui lui étaient arrivées en 1713, avec le comté souabe de Limburg, à l'extinction de l'ancienne T. n. ^
dynastie de ce nom, en vertu d'une expectative impériale de Tannée 1694.
Et cependant il est probable qu'avec un peu plus d'énergie et un peu moins de respect pour Sa Majesté l'Empereur, Frédéric-Guillaume I" déjà eût pu assurer à sa dynastie un bel accroissement dans le pays rhénan. Le partage de la succession de Juliers, Clèves et Berg, conclu en 1666 entre le grand-électeur et le duc de Neubourg Philippe-Guillaume, avait, nous l'avons dit plus haut, stipulé une alliance perpétuelle entre les parts respectives des deux maisons et maintenu à chacune d'elles, avec les titres et les armoiries du tout, des droits éventuels à la succession de l'autre. Or la ligne directe des comtes palatins de Neubourg, qui depuis 168o était devenue la dynastie électorale du Palatinat, approchait de sa fin; 1 occasion pour faire reconnaître à l'avance les droits sur Juliers, Berg et Ravenstein que le Brandebourg s'était réservés par la convention de 1666 était d'autant plus propice, que l'empereur Charles YI était extrêmement préoccupé d'assurer à sa pragmatique sanctioji la garantie du plus puissant des Etats de l'empire. On le savait parfaitement à Berlin; mais le roi n'était pas de force à ruser avec l'ambassadeur impérial, Seckendorf, qui avait pris sur lui un ascendant extraordinaire. Par l'alliance éternelle de Berlin du 23 décembre 1728, il donna la garantie demandée, et ne reçut en échange qu'une promesse de succession dans le seul duché de Berg; encore cette promesse, quoique plusieurs fois répétée dans les termes les plus formels, fut-elle finalement retirée par le cabinet de Vienne, qui se croyait assez sûr du roi de Prusse pour n'avoir pas à le ménager.
Malgré cette fâcheuse condescendance pour la maison de Habsbourg et quoiqu'il n'ait avancé que fort modestement dans la voie d'agrandissement ouverte par ses deux prédécesseurs, Frédéric-Guillaume I" n'en doit pas moins être comjité, lui aussi, parmi ceux qui ont facilité à Frédéric II la création définitive de la monarchie prussienne. C'est lui en effet qui, en continuant les errements du grand-électeur, a