‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 25 sur 168 · RÈGNE DE FRÉDÉRIC-GUILLAUME I · texte numérisé non relu

RÈGNE DE FRÉDÉRIC-GUILLAUME I

achevé crimprimer au royaume des Ilohenzollern le caractère militaire et administratif qui est resté son cachet distinctif ; l'armée, les finances, la bureaucratie prussiennes ont eu en lui leur principal organisateur. Il exigea et obtint une obéissance passive de la part de tous ses sujets sans exception; mais il leur donna aussi l'exemple du dévouement le plus complet à la chose publique; s'il réduisit anéantie pouvoir des états, s'il écrivit en marge d'une réclamation du maréchal de la diète prussienne les fameuses paroles : « J'établis la souveraineté comme un rocher de bronze », il voulut par contre que l'autorité absolue, qu'il exerçait par lui-même ou par ses délégués, ne servit qu'à ce qu'il regardait comme le bien de l'Etat. 11 tripla ses revenus, mais ce fut pour augmenter ses ressources militaires, non pour donner des fêtes splendides ou pour construire des bâtisses somptueuses; personnellement il ne dépensait presque rien, et il trouva moyen de laisser en mourant un trésor de neuf millions d'écus, destiné à parer aux cas imprévus, après avoir chaque année affecté les cinq sixièmes de son budget à l'entretien de son armée. Cette armée, sa préoccupation de tous les instants, il finit par la porter à plus de 80 000 hommes; sans doute il aimait trop ses cliers enfants bleus, parmi lesquels les géants de son régiment des gardes [Leibregiment) lui avaient coûté des millions, pour les exposer volontiers aux hasards de la guerre, et il est curieux de constater que ce Roi sergent, comme l'appelait son beau-frère George II d'Angleterre, ait été un monarque pacifique entre tous : il n'en a pas moins formé, de concert avec le prince Léopold de Dessau, l'infanterie la mieux disciplinée et la plus manœuvrière qu'on eiit encore vue en Europe.

Frédéric II profita, et du mécanisme administratif, et des finances, et de l'armée que le labeur quotidien de son père avait mis en si bel état, et qu'il perfectionna à son tour avec une application non moins soutenue; il profita en outre, lui le sceptique et le libre penseur, dos sympathies protestantes qui avaient récompensé le zèle de Frédéric-Guillaume I" pour la

cause de l'Église évangélique. Par conviction plus encore que par intérêt, le second roi de Prusse étendit en effet sa protection, autant qu'il le put, sur tous les protestants persécutés ou molestés; il essaya en vain d'empêcher les exécutions par lesquelles les jésuites de Thorn vengèrent leur collège dévasté (1724); mais lorsque en 1732 l'archevêque de Salzbourg expulsa de ses Etats 15 000 pauvres montagnards luthériens, il leur ouvrit un asile dans la Lithuanie prussienne, et dans mainte autre occasion il intervint vigoureusement pour maintenir les droits de ses coreligionnaires. Il en résulta, la conversion au catholicisme de la maison électorale de Saxe aidant, que la direction réelle des protestants de l'empire passa à la maison de Brandebourg : autre élément de force nullement méprisable, que Frédéric- Guillaume P"" légua à son successeur.

Celui-ci, quelque graves qu'eussent été les difTérends qui, pendant des années, tinrent éloignés l'un de l'autre le père et le fils, ne s'est pas montré avare d'éloges pour l'œuvre paternelle, une fois qu'il a pu mieux l'apprécier et la juger plus impartialement; voici, en effet, les paroles par lesquelles il termine ses Mémoires de Brandebourg : « S'il est vrai de dire qu'on doit l'ombre du chêne qui nous couvre à la vertu du gland qui l'a produit, toute la terre conviendra qu'on trouve dans la vie laborieuse de ce prince et dans les mesures qu'il prit avec sagesse les principes de la prospérité dont la maison royale a joui après sa mort ». D'autre part, le génie de Frédéric II n'est pas resté lettre complètement close pour l'esprit quelque peu borné de son père : « C'est lui qui me vengera un jour! » s'écria-t-il, quand il se vit définitivement joué par l'Autriche dans l'affaire du duché de Berg, et la fille de Charles YI ne tarda pas à apprendre, à ses dépens, combien le vieux roi avait deviné juste!

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