‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 26 sur 168 · LA PRUSSE DE FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

LA PRUSSE DE FRÉDÉRIC II

Le grand-électeur avait acquis aux Hohenzollern la pleine souveraineté en Prusse et réuni en un même Etat, sous un gouvernement commun, les provinces allemandes et prussiennes de sa maison; son fils avait assuré un rang supérieur à la nouvelle création, en prenant le titre royal et en le faisant reconnaître par l'Europe; son petit-fils y avait patiemment développé les ressources essentielles des monarchies modernes, les finances et l'armée : il était réservé à son arrière-petit-fils de couronner l'œuvre des trois générations précédentes, en élevant le jeune royaume de Prusse au rang de puissance de premier ordre. Frédéric II, que tous s'accordent à appeler le Grand et que le patriotisme prussien a surnommé t Unique, est une figure à part dans l'histoire universelle, moins encore parce que dans l'espace d'un seul règne il a mis son petit royaume, né de la veille, de pair avec les vieilles monarchies et les grandes nationalités de l'Europe, que parce qu'il a réussi à le faire en plein système d'équilibre, au milieu des jalousies de nombreux Etats tous beaucoup plus puissants que le sien, et sans le concours d'une de ces révolutions qui parfois bouleversent et renouvellent le monde. Sans doute les circonstances lui vinrent en aide; mais son génie consiste précisément à avoir su admirable-

ment en profiter : capitaine hors ligne, il fit des conquêtes qui doublèrent ses États; administrateur consommé, il tira de son royaume des ressources inattendues; politique supérieur, il exploita avec une habileté diplomatique que ne surpassa que son indifTérence morale, ses alliés et ses ennemis. Sa création fut avant tout une création personnelle, l'œuvre d'une volonté souveraine ferme et persévérante, aussi exempte de défaillances que de scrupules, et c'est ce qui explique ce qu'elle eut longtemps d'artificiel et de voulu; mais l'influence de son génie fut assez puissante pour qu'à l'ombre du savant mécanisme mis en mouvement par lui seul, il se développât peu à peu une vraie nationalité prussienne, pleine de sève et de vie : les formes vieillies disparurent sous la dure étreinte de la domination étrangère; le peuple prussien survécut à la catastrophe, et il a continué avec pleine raison à se réclamer jusqu'à nos jours du grand Frédéric.

Frédéric II avait vingt-huit ans lorsque, le 31 mai 1740, la mort de son père à l'âge de cinquante-deux ans fit passer sur sa tête la couronne royale de Prusse. Nous n'avons pas à raconter ici l'histoire de sa jeunesse, son éducation française dirigée par sa mère, son antipathie d'humeur et ses querelles avec son père, sa fuite projetée pendant un voyage au Rhin, son arrestation et son procès comme déserteur, sa réclusion à Custrin, sa réconciliation avec le roi, et son séjour prolongé dans son asile des Muses, à Rheinsberg, dans le comté de Ruppin. Il ne sera pas inutile cependant d'écarter deux erreurs trop répandues relatives à cette première partie de sa vie. On a dit et répété, pour rendre plus odieuse encore son agression inique des Élats de Marie-Thérèse, qu'il n'avait dû la vie qu'à l'intervention de son parrain, l'empereur Charles VI; or il est positif que le conseil de guerre chargé de le juger refusa de prononcer sa condamnation et que Frédéric-Guillaume I", qui eut l'horrible courage de faire exécuter sous les yeux du jeune prince son complice et ami le lieutenant de Katt, n'eut jamais l'intention de faire mourir

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