‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 29 sur 168 · LE PREMIER PARTAGE DE LA POLOGNE · texte numérisé non relu

LE PREMIER PARTAGE DE LA POLOGNE

On ne saurait en dire autant des lucratives, mais honteuses acquisitions que valut à Frédéric II le premier partage de la Pologne. Il y gagna l'arrondissement le plus désirable pour ses Etats, en reliant par l'absorption de la Prusse polonaise et d'une partie de la Pologne proprement dite la Prusse ducale à la Poméranie et à la Marche; mais en même temps il chargea sa mémoire d'un méfait tout autrement grave encore que ne l'avait été l'usurpation de la Silésie.

Depuis longtemps la république polonaise à son déclin, déchirée par les factions et troublée par les intrigues étrangères, paraissait destinée à devenir la proie de ses ambitieux voisins : le dernier des Jagellons, Jean-Casimir V, l'avait prédit en pleine diète aux sénateurs et aux nonces polonais, au lendemain de l'invasion de Charles X Gustave (1661); dans la seconde guerre du Nord un projet de partage, qu'on a attribué tantôt au ministre prussien Ilgen, tantôt à un homme d'État russe, avait été agité entre Pierre le Grand et Frédéric I" (1710); le roi Auguste II, pour assurer héréditairement à la maison de Saxe la couronne de Pologne, avait fait lui-même aux cours voisines des ouvertures analogues dans les dernières années de son règne (1732. 4733); mais la responsabilité directe et immédiate du premier démembrement de la Pologne incombe à Frédéric II. Le désir d'empêcher la ruine de la Turquie, qui ne pouvait lui profiter en rien, tout en menaçant de l'entraîner dans une guerre avec l'Autriche comme allié de la Russie, et la crainte de voir la tsarine établir de plus en plus sa domination exclusive dans la Pologne entière, avant tout cependant la perspective de s'agrandir sans danger au moyen de provinces d'une convenance parfaite, telles sont les raisons principales qui tirent mûrir en lui la fatale pensée de procéder, de concert avec les deux cours impériales de Saint-Pétersbourg et de Vienne, à la spoliation d'un voisin inoffensif, d'une puissance amie et alliée. Il n'ignorait pas que la république, plongée dans la guerre civile par suite de la confédération de Bar, était incapable de résister à la coalition des trois

cabinets; quant aux scrupules moraux, il se vantait de ne pas les connaître quand il s'agissait du bien public : il a osé écrire dans ses Mémoires « qu'il aurait fallu être sans adresse ou plongé dans un engourdissement stupide pour ne pas profiter d'une occasion aussi avantag-euse ».

Des pourparlers préliminaires entre lui et Catherine II, auxquels probablement Joseph II n'a pas été complètement étranger, aboutirent à la convention secrète de Saint-Pétersbouro- du 11 février 1772 entre la Prusse et la Russie; le 4 mars 1772, le machiavélisme de Frédéric forçait Marie- Thérèse à signer un acte d'accession, et le 3 août 1772 le traité de partage définitif était conclu à Saint-Pétersbourg-. La part de la Prusse, dont elle se mit en possession le 13 septembre 1772, comprenait d'une part toute la Prusse polonaise ou royale, c'est-à-dire l'évêché de W armie et les trois palatinats de Pomerellie, de Culm et de Marienbourg-, à la seule exception des deux villes de Thorn et de Danzick; de l'autre, les districts septentrionaux de la Grande-Pologne proprement dite et de la Cujavie, avec la ville de Bromberg-; en tout environ 33 000 kilomètres carrés et 600 000 âmes. C'étaient des territoires fertiles, peuplés, commerçants, qui donnaient à la Prusse tout le bassin de la basse Yistule, sauf Danzick, et dont l'acquisition oiTrait en outre l'avantage énorme de supprimer la solution de continuité entre les provinces orientales et centrales de la monarchie. Ils furent incorporés au royaume souverain de Prusse, sous les noms de Prusse Occidentale et de district de laNetze; le seul évèché de Warmie, enclave g-éograpliique de l'ancien duché de Prusse, lui fut adjoint, et désig-né avec lui par la dénomination nouvelle de Prusse Orientale.

La spoliation de la Pologne, consommée de fait dès le mois de septembre 1772, fut régularisée un an plus tard au moyen du traite du 18 septembre 1773, par lequel, au nom de la république polonaise, la diète fédérée de Varsovie céda à Frédéric II les territoires occupés par lui et renonça de plus au retour éventuel, tant du duché de Prusse que des seigneu-

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