‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 30 sur 168 · LE PREMIER PARTAGE DE LA POLOGNE · texte numérisé non relu

LE PREMIER PARTAGE DE LA POLOGNE

ries de Lauenburg-, Butow et Draheim, que Jean-Casimir avait jadis stipulé à AVehlau et à Bromberg avec le grandélecteur. Diplomatiquement la Prusse se trouva dorénavant en règ-le; elle avait essayé de s'y mettre juridiquement aussi, en déduisant ses droits incontestables sur les provinces envahies, dans un long mémoire justificatif, résumé dans les lettres patentes de prise de possession du 13 septembre 1772. Les raisons historiques qu'invoquait la chancellerie prussienne remontaient de cinq cents ans en arrière : la Pomerellie, disait-elle, aurait dû, à l'extinction de ses ducs en l'an 129o, passer comme héritage à leurs collatéraux féodaux les plus proches les ducs de Poméranie, que représentait le chef de la dynastie de IlohenzoUern, et les autres pays que le roi de Prusse s'annexait du même coup étaient réclamés, soit parce qu'ils avaient été usurpés au xv" siècle par les rois de Pologne sur la Nouvelle-Marche de Brandebourg, soit pour procurer au monarque auquel « il avait plu à la Providence » d'accorder les forces suffisantes pour faire valoir ses droits, un légitime et suffisant dédommagement de la jouissance des provinces soustraites depuis tant de siècles à lui et à ses ancêtres. Quant aux traités innombrables intervenus depuis trois cents ans entre ses prédécesseurs et la république, Frédéric en faisait complètement abstraction; au fond, il savait parfaitement que son seul droit c'était la force. L'iniquité de la conduite du grand-roi vis-à-vis d'un voisin désarmé mérite donc pleinement la flétrissure de l'histoire; néanmoins, pour ne pas dépasser la juste mesure, il faut faire une distinction essentielle entre le premier démembrement de la Pologne et les deux partages subséquents. La nécessité politique et militaire d'opérer la jonction territoriale entre le duché de Prusse et les Etats brandebourgeois peut passer pour une première circonstance atténuante; il y en a une autre, qui résulte de la nationalité allemande d'une grande partie des pays usurpés : dans la Warmie, dans la vallée inférieure de la Vistule, dans la Pomerellie même, les populations borusses ou slaves avaient été remplacées dès le

moyen âge par des colons allemands ou depuis lors plus ou moins germanisées à leur contact. Mais déjà dans le premier partage la Prusse s'annexa, sans ombre de droit, des provinces de pur sang polonais; le second et le troisième, qui ne furent que les conséquences logiques du premier, multiplièrent à l'infini le scandale de ce crime de lèse-nationalité, qui était en même temps une énorme faute politique.

La morale publique du xvnf siècle, beaucoup plus relâchée que la nôtre, se montra peu sévère pour les spoliateurs de la Pologne; on admira plutôt le coup de maître du grand calculateur de Potsdam. Lui-même, qui depuis l'acquisition de la Prusse polonaise changea, officiellement aussi, son titre de roi en Prusse contre celui de roi de Prusse, ne songea qu'à exploiter sa nouvelle conquête, pour mieux affermir l'Etat qu'il avait créé à neuf et pour le maintenir au rang que ses efforts inouïs avaient réussi à lui assigner parmi les grandes puissances de l'Europe . Territorialement il ne l'augmenta plus dès lors, si ce n'est par l'incorporation définitive de la moitié du comté de Mansfeld dans le Harz, que dès l'année 1370 ses trois suzerains, l'électeur de Saxe, l'archevêque de Magdebourg et l'évêque de Ilalberstadt, avaient mis sous séquestre et qu'à l'extinction de la vieille maison comtale en 1780 le roi de Prusse, en sa qualité de représentant des deux prélats, partagea avec la Saxe électorale; mais il ne cessa d'agrandir son rôle politique, en se posant comme le champion déterminé du nouveau système d'équilibre européen, dont l'antagonisme de la Prusse et de l'Autriche était dorénavant un des éléments principaux.

A deux reprises, la première fois par les armes (1779), la seconde par une simple protestation (1783), il empêcha l'accomplissement des projets ambitieux de Joseph II sur la Bavière, et il profita même de l'émoi causé dans l'empire par la seconde tentative de l'imprudent monarque pour grouper autour de la Prusse, par un acte formel, la plupart des souverains allemands de quelque importance. Sous prétexte de

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