LES HOIIENZOLLEIIN EN SOUABE ET EN FRANCÛNIE
fournir des lances ou à prêter de l'argent à des empereurs batailleurs et besogneux, ils se faisaient richement payer leurs services en concessions de terres et en droits de tout genre : héritages, achats et engagements venaient sans cesse multiplier leurs domaines. Ainsi se constituèrent insensiblement les deux burgraviats au-dessous et au-dessus des monts, des deux côtés du Jura franconien : le premier, au sud-ouest de Nuremberg, avec Anspach ou Onolzbach comme capitale; le second, au nord-est de la ville, à l'entour de Baireuth et de Culmbach, et jusqu'à Hof dans le Voigtland. L'étendue et l'importance des deux territoires les mettaient bien au-dessus des comtés ordinaires : l'empereur Charles IV, qui avait donné une de ses filles en mariage au burgrave Jean II (1336), éleva en 1363 les Zollern franconiens au rang de princes d'empire.
Ils n'en restaient pas moins au commencement du xv" siècle une dynastie fort secondaire, perdue dans les rangs de l'aristocratie princière de l'Allemagne. Il était réservé à l'habileté politique du burgrave Frédéric Vide les faire entrer dans l'oligarchie électorale du saint-empire, par l'acquisition du margraviat de Brandebourg, qui lui-même est devenu avec les siècles le point de départ territorial de la monarchie prussienne; mais, avant de parler de cette nouvelle transplantation des Hohenzollern, delaFranconie dans la Marche, il nous faut jeter un coup d'oeil préliminaire sur l'histoire antérieure du pays de Brandebourg.
De même que le marquisat d'Autriche, avec lequel elle a eu longtemps un développement parallèle, la marche de Brandebourg se rattache par ses origines, sinon au règne de Charlemagne, du moins à ceux des premiers rois et empereurs de la maison de Saxe. Les efforts de Henri I" et d'Otton le Grand pour propager à la fois la domination germanique et la religion chrétienne au milieu des Slaves païens de la rive droite de l'Elbe inférieure, Obotrites, Wilses, Liutizes, Has'éliens, Rédariens, n'eurent qu'un succès éphé-
mère; mais sur la rive gauche du fleuve, dans le limes sorahicus du marquis et duc Géro, fut établie d'une façon durable, autour des villes et châteaux de Soltwedel ou Salzwedel, de Stendal et de Tangermunde, une marche du Nord, marca aquilonalis ou A^ordmark, qui depuis est devenue YAlUnark ou \'ieilIe-Marche de Brandebourg. Son rôle fut modeste pendant les deux siècles suivants, où elle obéit tour à tour à des seigneurs des maisons de Walbeck, de Stade et de Ploetzkau : Saxons et Slaves poussaient alternativement leurs incursions sur l'un et l'autre bord de l'Elbe; la grande forteresse païennne de Brannibor ou Brandebourg, construite au milieu des marais et des forêts de la Havel, et que déjà Henri I" avait une première fois occupée en 927 ou en 928, échappait sans cesse à ses conquérants chrétiens.
La gloire d'avoir conquis définitivement la redoutable citadelle (1157), et d'avoir par là pour ainsi dire fondé à neuf la marche septentrionale , appartient à l'Ascanien Albert le Beau ou Albert l'Ours, l'un des guerriers les plus illustres du xu" siècle. Issu des nobles seigneurs de Ballenstedt et d'Anhalt par son père Otton le Riche, des ducs de Saxe billungiens par sa mère Eilike, une des filles du dernier Billung Magnus et son héritière à Soltwedel, il prélendit successivement à la marche de l'Est (Ostmark) ou de Wittenberg, puis à la marche du Nord ou de Stendal, et fut en elTet investi de la seconde en 1134, par l'empereur Lolhaire II, qu'il avait fidèlement servi en Italie. Conrad III lui conféra en outre le duché de Saxe en opposition avec les \Yelfs (1138), et s'il dut y renoncer bientôt (1142), il gagna du moins à cette élévation passagère la dignité d'archicamérier du royaume et le plein exercice des droits ducaux dans toute l'étendue de son margraviat. Par sa valeur et par sa prudence, Albert l'Ours se montra digne de ces honneurs exceptionnels; il assura irrévocablement, s'il ne l'acheva pas, la conquête des contrées de la Havel, où le Havelland proprement dit et le pays de Ruppin au nord, la Zauche et le pays de Teltow au sud, le pays de Barnim à l'est, formèrent une