‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 4 sur 168 · LE BRANDEBOURG DES ASCANIENS · texte numérisé non relu

LE BRANDEBOURG DES ASCANIENS

nouvelle marche, adjointe à l'ancienne et comprise avec elle sous la dénomination commune de marche de Brandebourg, qui ne tarda pas à faire disparaître le vieux nom de marche Septentrionale. Non seulement il conquit la majeure partie de ces pays, mais il les convertit définitivement et en commença la germanisation; il restaura les deux évèchés de Brandebourg et de Havelberg jadis fondés par Ottonle Grand, appela dans le pays les Templiers et les Hospitaliers, ainsi qu'une nombreuse noblesse allemande, et établit dans les villes et villages fondés par lui ou colonisés à neuf des artisans et des paysans tirés de la Saxe, de la Flandre, de la Hollande, de la Westphalie et des pays franconiens. La population wende qui, à l'exception de quelques familles assimilées à la noblesse tudesque, fut réduite en servitude, se fondit peu à peu dans la masse des envahisseurs, jusqu'à perdre tout souvenir de son ancienne nationalité.

Albert l'Ours mourut en 1170. Son fils cadet, Bernard, comte d'Anhalt et margrave de l'Est à \Mttenberg, puis duc de Saxe en remplacement de Henri le Lion, a été l'aïeul des princes et ducs d'x\nhalt encore régnants, des électeurs de Saxe ascaniens, éteints en 1422, et des ducs de Saxe-Lauenbourg qui ont duré jusqu'en 1689 : nous les retrouverons tous ailleurs. L'aîné, Otton, le fondateur du couvent de Lehnin, continua les margraves de Brandebourg ascaniens, qui ont régné avec gloire sur la majeure partie du nord-est de l'Allemagne, jusqu'à leur extinction, arrivée en 1320. Quoique divisés en deux lignes depuis le milieu du xm'^ siècle, ils surent rester unis, et leur politique persévérante leur permit d'opérer, par conquête, achat, engagement, mariage et inféodation, une série d'acquisitions notables, aux dépens de tous leurs voisins, Mecklembourg, Poméranie, Pologne, Silésie, Bohême et Misnie ; aussi furent-ils les seuls margraves de l'empire qui, lors de la formation du collège électoral au xm^ siècle, y aient été admis.

Sous eux la marche de Brandebourg s'agrandit considérablement à la fois au nord et à l'est; à la marche primitive, à

l'ouest de l'Elbe, et à la nouvelle marche d'Albert l'Ours qui, malgré son extension jusqu'à l'Oder par la conquête du pays de Lébus, est devenue, grâce à leurs progrès continus vers l'est, la Moyenne-Marche ou Miltelmark des temps postérieurs, vinrent s'ajouter trois autres marches encore : à savoir, sur la rive droite de l'Elbe, en aval du confluent de la Havel, avec Perleberg comme ville principale, la Marche antérieure ou Vormark^ primitivement appelée la Priegnitz, d'après un mot slave qui signifie terre riveraine ou alluviale ; puis, sur rUcker poméranienne, la Marche uckéranienne ou Uckermark, tout à l'entour de Prenzlau; enfin, au delà de rOder, des deux côtés deCustrin et du cours inférieur de la Warta, une nouvelle Nouvelle-Marche, qui, ç^omme Neumark, est restée en possession du nom, et dans laquelle on distingue le pays de Sternberg. Dans ces territoires nouveaux, comme dans les anciens, les margraves brandebourgeois, fidèles à la politique d'Albert l'Ours, activèrent de leur mieux la colonisation tudesque; ils y introduisirent de nouveaux moines, de nouveaux chevaliers, de nouveaux artisans et de nouveaux paysans allemands, au contact desquels se germanisa la population slave; l'évèché de Lébus, tout en restant de la province ecclésiastique de Gnesen, devint un diocèse allemand, et de nombreuses villes murées, fondées ou du moins dotées de privilèges par les électeurs, furent autant de centres germaniques : à celles que nous avons nommées déjà, il convient d'ajouter Potsdam, Spandau, Ruppin, Francfort-su rrOder, Landsberg-sur-la- Warta et surtout les deux citéssœurs de la Sprée, Berlin et Coeln.

Voilà pour les accroissements de la marche de Brandebourg; mais ses souverains ascaniens y ajoutèrent d'autres provinces encore. Au sud, sans compter quelques usurpations en Basse-Silésie, ils se firent céder par la couronne de Bohême, dans le cours du xnf siècle, le margraviat de Haute-Lusace; puis, profitant de la longue guerre de famille qui, à la fin du xm** et au commencement du xiv" siècle, mit la maison de Misnie à deux doigts de sa ruine complète, ils

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