PIN DU REGNE DE FREDERIC II
sauvegarder la constitution de l'empire, que plus que personne il avait contribué à ruiner sans retour, il fit signer, d'abord par les deux autres électeurs évangéliques, Saxe et Hanovre (23 juillet 1785), puis par treize autres États, catholiques et protestants, Mayence, Wolfenbuttel, Weimar, Gotha, Osnabruck, Anhalt, Deux-Ponts, Schwérin, Strélitz, Cassel, Darmstadt, Bade et Anspach, une association dont il avait lui-même écrit le projet, en le calquant sur le modèle de la ligue de Smalcalde. C'est le fameux Furstenbund ou association des princes, qui fut comme le testament politique de Frédéric II, et auquel il ne manqua peut-être, pour exercer une influence décisive sur les destinées de l'Allemagne, qu'une vie un peu plus longue accordée à son auteur. En tout cas il jeta un dernier rayon de gloire sur la vieillesse <lu grand-roi, qui l'année d'après, le 17 août 1786, quitta à l'âge de soixante-quatorze ans la scène du monde où il avait joué un si grand rôle, épuisé par un labeur incessant, mais aussi assidu et aussi énergique au travail qu'il l'avait été dans les plus belles années de son règne.
Jusqu'à son dernier soupir en effet, son activité prodigieuse ne s'était pas lassée; il était resté, non pas seulement en théorie, mais dans la pratique journalière, le premier serviteur et le premier magistrat de l'Etat. Beaucoup d'autres princes ont eu un pouvoir absolu, ont gouverné sans contrôle; nul n'a exercé plus entièrement, par lui-même, sans intermédiaires, du fond de son cabinet, l'autorité souveraine. Tous les rouages du mécanisme gouvernemental, dont il était à la fois l'unique moteur et le surveillant suprême, passaient sans cesse sous ses yeux attentifs; armée et politique, finances et administration, rien n'échappait à son investigation continue, à son intervention immédiate. On comprend l'admiration des contemporains de Louis XV pour ce roi vraiment roi, qui personnifiait en lui de la façon la plus éclatante le despotisme éclairé, si cher au xvni" siècle; les philosophes cosmopolites, qui dans les salons de Paris distribuaient la renommée, le prônaient comme un sage couronné; les Aile-
mands de tout pays et de tout rang s'inclinaient avec respect au nom du vieux roi Fritz, qui avait tiré leur patrie de sa torpeur séculaire; mais il était plus particulièrement le héros presque divinisé de l'Allemagne protestante du Nord, qui, fière de la gloire qu'il faisait rejaillir sur elle, lui pardonnait volontiers et son mépris pour la littérature allemande née de la veille, et son voltairianisme français, en vertu duquel il était prêtTà laisser chacun « aller au ciel par le chemin qui lui plairait ».
Et cependant, sous les apparences de vig'ueur et de puissance que revêtait la nouvelle monarchie prussienne créée par Frédéric [II, se cachaient hien des imperfections, bien des faiblesses. Le souvenir des victoires du roi, la continuité de ses triomphes diplomatiques, tout, jusqu'au spectacle de ses grandes revues de Potsdam, contribuait à tromper amis et adversaires sur la force réelle de la Prusse; mais au fond la création de Frédéric II était quelque peu artificielle, parce qu'elle ne reposait ni sur une base territoriale suffisante, ni sur une vraie nationalité.
Au moment de sa mort, le royaume de Prusse, qu'il avait reçu de son père avec une superficie de 120 000 kilomètres carrés et une population de deux millions et demi d'habitants, comptait environ 190 000 kilomètres carrés et un peu plus de cinq millions et demi de sujets. Les pays souverains commençaient à y dépasser comme importance numérique les territoires d'empire, car on attribuait aux premiers (Prusse, Silésie, Gueldre, Neuchâtel) 109 600 kilomètres carrés et 3|200 000 âmes ; aux autres (Marche électorale de Brandebourg, l[Nouvelle-Marche avec Cottbus et Crossen, Poméranie avec Cammin, Mansfeld prussien et Hohenstein, Magdebourg et Halberstadt, Clèves, la Mark, Ravensberg, Minden, Meurs/^Lingen, Tecklenburg, Ostfrise) 81 200 kilomètres carrés et 2 4G0 000 âmes seulement. La Prusse proprement dite, que le premier partage de la Pologne avait portée à 71 600 kilomètres carrés et à 1 550 000 habitants, faisait corps dorénavant avec les provinces brandebour-