L'INDEMNITÉ POUR LA RIVE GAUCHE DU RHIN
était pas moins tout à fait hors de proportion avec ses pertes. Frédéric-Guillaume II, en renonçant à la Gueldre, à Meurs el à la moitié occidentale de Clèves, avait abandonné environ 2 750 kilomètres carrés et 123 000 âmes; Frédéric- Guillaume III recevait en compensation plus d"un demi-million de nouveaux sujets, répartis sur 12 000 kilomètres carrés.
L'indemnité prussienne comprenait en efTet les deux évêchés entiers de Hildesheim et de Paderborn, la majeure partie de celui de Munster, avec la ville épiscopale, et les territoires mayençais de l'Eiclisfold et d'Erfurt; puis les abbaves de Quedlinbourg-, Herford, Essen, Werden, Elten et la prévôté de Cappenberg-; enfin les trois villes libres de Goslar, Nordhausen et Mulilhausen. Tous ces territoires, quoique appartenant à quatre cercles différents, étaient situés dans une seule et même zone, intermédiaire entre le Harz et le Rhin inférieur; les plus considérables d'entre eux, Hildesheim, Paderborn et Munster, établissaient une ligne de communication presque non interrompue depuis la principauté de Halberstadt jusqu'au duché de Clèves, et reliaient entre elles les provinces déjà antérieurement prussiennes de la Mark, de Ravensberg et Minden, de Tecklenburg et Lingen, tout en fortifiant la position de la Prusse vis-à-vis des Etats brunswickois et hessois; quant aux autres, ils s'annexaient presque tous à des dépendances anciennes ou récentes de la monarchie : ainsi Elten continuait au nord-ouest le pays de Clèves, Essen et Werden confinaient à la fois à Clèves et à la Mark, Cappenberg devenait une annexe de Munster, Herford de Ravensberg, Goslar de Hildesheim, Quedlinbourg de Ilalberstadt, tandis qu'au comté de Hohenstein se reliaient d'un côté Nordhausen, de l'autre l'Eichsfeld et Mulilhausen; seul le territoire d'Erfurt poussait au sud, en pleine Saxe thuringienne, une pointe isolée, et formait pour ainsi dire une pierre d'attente pour de nouveaux agrandissements.
L'alliance française avait ainsi permis à la Prusse d'affermir sa domination directe et plus encore son influence prépondérante dans l'Allemagne septentrionale; mais si la T. n. 7
puissance de la Prusse n'avait pas cessé de grandir, celle de la France avait augmenté dans des proportions tout autrement considérables. Elle s'était annexé la Belgique et la rive gauche allemande du Rhin; elle dominait en Hollande, en Suisse, en Italie; le moment approchait où son nouveau maître allait étendre sa main sur le reste de l'Allemagne aussi. La Prusse, peu à peu réduite à n'avoir que le choix entre un vasselage honteux et une lutte désespérée, hésita et voulut ruser d'abord; quand elle se décida à risquer la g-uerre, il était trop tard : sa défaite immédiate et totale stupéfia jusqu'à ses vainqueurs, et l'histoire continue à raconter avec étonnement sa chute, qui fut plus rapide et plus exceptionnelle encore que ne l'avait été son élévation!