‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 35 sur 168 · LA PRUSSE AU DIX-NEUVIEME SIECLE · texte numérisé non relu

LA PRUSSE AU DIX-NEUVIEME SIECLE

La monarchie prussienne moderne, telle que l'avait constituée Frédéric II et que les hommes d'État sortis de son école avaient continué à la développer, présentait dans les premières années du xix" siècle toutes les apparences de la solidité et de la puissance : la réputation de ses armées, peu ébréchée par la campagne de 1792, ne cessait d'inspirer le respect au dehors et la vanité au dedans; son administration passait pour un modèle d'ordre, de régularité, d'économie; sa diplomatie avait réussi depuis la paix de Bâle, non seulement à la garantir de tous les maux de la guerre européenne, mais encore à lui procurer, comme prix de son inaction, des agrandissements assez considérables; bien plus heureuse que l'Autriche, elle paraissait avoir gagné plutôt que perdu à la Révolution française. Mais ces apparences étaient singulièrement trompeuses; au dedans et au dehors la situation politique de la Prusse était en réalité fort peu enviable. Ses troupes, mal composées, mal nourries, mal habillées, étaient mal commandées surtout, par des généraux dont les états de service remontaient à un demi-siècle en arrière; la régularité minutieuse de sa bureaucratie ne laissait nulle place à l'initiative personnelle et avait étouffé chez la plupart des citoyens jusqu'au dévouement au pays; les Polonais, asservis

par traliison, ne rêvaient que révolte; les Allemands non prussiens, qui eux aussi avaient été trahis à Bâle, éprouvaient peu de sympathie pour la puissance qui, dans le malheur commun, n'avait cherché que son intérêt particulier; aucune alliance sûre enfin n'était acquise à un cabinet qui crovait encore à Tefficacité du système de bascule et s'agitait sans cesse, selon l'énergique expression de Napoléon I", entre « les deux géants voisins », la France et la Russie. Absence de principes politiques, défaut de cohésion nationale, infatuation des succès passés, voilà les causes principales qui expliquent comment, au premier choc, a pu s'effondrer, ainsi qu'une fantasmagorie, l'édifice de la grandeur prussienne, si laborieusement élevé par Frédéric le Grand.

Pendant toute la durée du Consulat, la cour de Berlin, fidèle à sa politique de stricte neutralité, avait conservé les meilleurs rapports avec la France; elle ne s'était même pas beaucoup émue de l'occupation du Hanovre, au renouvellement de la guerre franco-anglaise en 1803. Après la proclamation de l'Empire, les empiétements territoriaux de Napoléon P"- en Italie commencèrent à l'indisposer; pas assez cependant pour la faire sortir à la première occasion favorable de sa position expectante, et pour l'amener en temps utile à une politique nettement accentuée : pour son propre malheur, ses tergiversations ne cessèrent pas pendant toute la durée de la guerre de la troisième coalition.

Voulant garder les mains libres des deux côtés, elle refusa au début des hostilités d'entrer dans la lioue de l'AnsIeterre, de l'Autriche et de la Russie, et déclina en même temps les propositions de Napoléon l", qui lui otTrait le Hanovre pour prix d'une alliance complète (août 1803); elle prétendait ainsi maintenir, entre les deux parties belligérantes, sa situalion de puissance neutre, sauf à intervenir dans la lutte au moment choisi par elle. Mais la stratégie napoléonienne déjoua ce calcul : par ordre de l'empereur des Français, Bernadotte, au mépris de la neutralité prussienne, traversa avec l'armée d'occupation du Hanovre la principauté d'Anspach,

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