LA PRUSSE AU COMMENCEMENT DU XIX" SIECLE
et, coupant par cette marche hardie la ligne de retraite de l'armée autrichienne, il aida puissamment à obliger celle-ci à mettre bas les armes par la capitulation d'Ulm. Le moment était venu pour la Prusse de prendre un parti viril, et en effet Frédéric-Guillaume III, non content d'une protestation publique contre la violation du territoire prussien par les Français (14 octobre I8O0), ouvrit aux armées russes, qui venaient au secours de l'Autriche, le passage à travers la Silésie; bien plus, il signa à Potsdam, le 3 novembre I8O0, avec le tsar Alexandre P*" en personne, un accord, en suite duquel l'armée prussienne entière fut mise sur le pied de guerre et le comte de Haugwitz dépêché au quartier général français, pour y faire connaître les conditions de paix que le roi de Prusse entendait faire prévaloir en qualité de médiateur armé : c'était l'état de choses établi à Lunéville, sauf que l'Italie autrichienne devait être avancée de l'Adige au Mincio. Mais le plénipotentiaire prussien ne fut reçu par Napoléon P' qu'au lendemain de la suspension d'armes qu'il avait accordée aux Austro-Russes vaincus à Austerlitz, et, en face d'une situation militaire totalement changée, il crut faire preuve d'habileté diplomatique en faisant de sa propre autorité une volte-face politique complète; sans attendre de nouvelles instructions de Berlin, il signa avec les ministres français, le jour même 011 les colonnes prussiennes devaient envahir les frontières des alliés allemands de la France (15 décembre 1805), le traité de Schoenbrunn ou de Vienne, qui portait alliance offensive et défensive entre les deux États, et attribuait à la Prusse, contre la cession d'Anspach, de Neuchâtel et du reste de Clèves, destinés à la Bavière, à Berthier et à Murât, l'électorat de Hanovre tout entier.
Pris en lui-même, cet échange constituait une excellente affaire; la nouvelle acquisition, avec ses 31 400 kilomètres carrés et ses 950 000 habitants, était environ cinq fois plus étendue et cinq plus peuplée que les provinces cédées; de plus, en donnant à la Prusse le pays entre les embouchures de l'Elbe et du Weser, elle assurait sa position sur la mer du
Nord bien mieux que ne l'avait fait la réunion de TOstfrise; enfin la disparition d'entre les souverains allemands des électeurs de Hanovre, rois d'Angleterre, supprimait les uniques rivaux possibles des monarques prussiens dans toute l'étendue de la basse Allemag-ne. Mais les circonstances dans lesquelles l'échange s'opérait en faisaient à la fois une honte et un danger pour la Prusse, et Napoléon P' ne l'ignorait pas quand il l'offrit ou pour mieux dire l'imposa à M. de Haugwitz, sans lui laisser le temps de la réflexion : il comptait bien, au moven de ce présent perfide, forcer l'Autriche à une paix désastreuse, et du même coup compromettre la Prusse avec l'Angleterre. Les deux prévisions se réalisèrent : la première par le traité de Presbourg, dès le 26 décembre I8O0; la seconde, quelques mois plus tard, par la déclaration de guerre de George III à Frédéric-Guillaume III. Celui-ci, par scrupule de conscience et aussi par appréhension des hostilités avec l'Angleterre, n'avait d'abord voulu accepter le Hanovre qu'en guise de dépôt jusqu'à la paix, et avait renvoyé le comte de Haugwitz à Paris pour négocier en ce sens; mais la réponse impériale avait été catégorique : « annulation pure et simple du traité de Schoenbrunn, ou acceptation pure et simple du Hanovre ». Haugwitz, agissant une seconde fois contre ses instructions, avait alors consenti, par le traité de Paris du 15 février 1806, à l'occupation définitive, et cette fois-ci le roi s'était exécuté : les nouvelles lettres patentes de prise de possession prussienne ne parlèrent plus ni de dépôt, ni de séquestre ; en outre, l'Elbe et le Weser furent fermés au commerce anglais. En présence de ces faits, le gouvernement britannique, sans tenir compte des excuses et des assurances de regret des ministres prussiens, déclara la guerre à la Prusse et la lui fit déclarer par la Suède; néanmoins les hostilités n'eurent pas le temps de commencer sérieusement, par suite delà rupture presque simultanée entre la Prusse et la France.
L'Autriche désarmée, la Prusse brouillée avec l'Angleterre, Napoléon I" avait de moins en moins, à mesure qu'on