GUERRE DE 1806 ET TRAITÉ DE TILSIT
avançait dans Tannée 1806, ménagé les susceptibilités et les prétentions du cabinet de Berlin. Dans les négociations avec l'Angleterre, où la mort de Pilt avait laissé la direction des affaires à Fox, il continuait à considérer l'électoral de Hanovre comme étant encore à sa libre disposition; il permettait au nouveau duc de Berg' et de Clèves, Joacbim Murât, de s'emparer des trois abbayes, sécularisées au profit de la Prusse, d'Ellen, d'Essenetde Werden, sous prétexte qu'elles faisaient partie du pays de Clèves; il formait la Confédération du Rhin, qui réunissait sous son protectorat toute l'Allemagne méridionale, et il ne voulait plus entendre parler du projet, jelé en avant par lui-même, d'une confédération du Nord, dont le roi de Prusse aurait été le protecteur avec le litre d'empereur de l'Allemagne septentrionale. Par suite le parti opposé à la France avait de jour en jour augmenté en nombre et en puissance, non seulement à la cour et dans l'armée, mais dans lous les rangs de la société prussienne; un vrai délire s'était emparé de Berlin, où toutle monde réclamait la guerre à grands cris, les uns au nom de la g-randeur prussienne, les autres au nom de la nationalité allemande; autour de la reine Louise et du prince Louis on se croyait encore au lendemain de Rosbach; des esprits plus sages, qui prévoyaient la défaite, pensaient du moins que mieux encore valait le malheur que l'opprobre. Seuls le roi et ses ministres étaient opposés à la guerre ; mais peu à peu ils furent eux aussi entraînés par le torrent. On réunit l'armée, tout en continuant à négocier à Paris (septembre 1806); puis, le 8 octobre 1800, un ultimatum prussien présenté à JXapoléon en son quartier général de Wurzbourg, où il venait de rejoindre ses troupes, somma l'empereur des Français de restituer les trois abbayes westphaliennes, de reconnaître en principe la ligue du Nord dans laquelle devaient entrer tous les Etats d'empire non dénommés dans l'acte de la Confédération du Rhin, et de retirer immédiatement de TAllemagne toutes les forces françaises, qui depuis la campagne de 1805 n'avaient pas cessé d'en occuper la moitié méridionale.
C'était de fait une déclaration de guerre; Napoléon n'y répondit qu'en donnant le même j our encore l'ordre de marcher en avant à tous les corps d'armée échelonnés sur la frontière prussienne. Il comptait sur la victoire d'autant plus sûrement qu'il connaissait à merveille les embarras et l'isolement de la Prusse, qui officiellement était encore en guerre avec l'Angleterre et la Suède, que ses principaux alliés allemands, la Saxe et la Hesse électorale, ne soutenaient qu'à contre-cœur ou avaient abandonnée au moment du danger, et à laquelle la Russie, unie à elle par les liens de la quatrième coalition, n'avait pas encore pu faire passer le moindre renfort ; néanmoins ni lui ni personne ne s'attendait, et ne pouvait s'attendre, à des succès aussi foudroyants que ceux qui marquèrent la campagne d'automne de 1806. L'incapacité inouïe de l'état-major prussien, la lâcheté ou la trahison de certains généraux, commandants de forteresses et chefs d'administration, déterminèrent dans l'espace de quelques semaines un désastre militaire et politique si instantané et si entier, qu'il s'en trouva presque ridicule !
Dès le septième jour de la guerre, le 14 octobre 1806, la double bataille d'Iéna et d'Auerstaedt brisa la puissance militaire prussienne; une panique sans égale paralysa toute résistance ultérieure; la plupart des places fortes de la monarchie ouvrirent leurs portes sans tirer un coup de canon; les Français entrèrent presque sans coup férir, à Berlin d'abord, à Varsovie ensuite; les populations allemandes se soumirent silencieusement; les Polonais de la Prusse méridionale et de la Nouvelle-Prusse orientale répondirent avec enthousiasme à l'appel aux armes que leur avait adressé l'empereur des Français. L'entrée en ligne des armées russes, si elle prolongea la guerre, ne parvint pas à rétablir les affaires de la Prusse : à Eylau (8 février 1807), les coalisés tinrent tête à Napoléon, mais à Friedland (14 juin 1807) ils furent complètement vaincus; Kœnigsberg à son tour dut recevoir les Français, et Frédéric-Guillaume III, réfugié sur la frontière russe, n'occupait plus que quelques lieues carrées de ses